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DISSOLUTION ÉTUDIÉE ET ÉVOQUÉE PAR L’EXÉCUTIF – FEINDRE DE RESOUDRE UNE CRISE ET EN PROVOQUER UNE AUTRE

MENACER ET INTIMIDER (LA DISSOLUTION A ÉTÉ ÉTUDIÉE ET ÉVOQUÉE … )

Elle a été étudiée au sommet de l’exécutif, elle a été évoquée publiquement par des proches du pouvoir et le calendrier budgétaire peut transformer cette option théorique en nécessité politique.

En janvier, une source gouvernementale avait indiqué au Monde que Lecornu avait demandé au ministre de l’Intérieur d’étudier concrètement l’organisation de législatives anticipées aux dates des élections municipales.

La dissolution n’est pas « décidée », mais elle n’est certainement pas une simple rumeur.

NOTRE DOSSIER

A. L’ACTUALITÉ BRÛLANTE D’UNE DISSOLUTI- LE BON PLAISIR DE MACRON

B. LES CONSÉQUENCES POUR LE FUTUR PRÉSIDENT – LE PLAISIR POUR LA PROVOCATION DE MACRON

C. QUI A INTÉRÊT À UNE DISSOLUTION

D . Et le futur président ?

A. L’ACTUALITÉ BRÛLANTE D’UNE DISSOLUTION – LE BON PLAISIR DE MACRON

Au 14 septembre 2026, l’hypothèse d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale est de nouveau très présente dans les milieux politiques.

Le contexte est aujourd’hui beaucoup plus propice à une dissolution qu’il ne l’était il y a quelques mois : le gouvernement de Sébastien Lecornu doit faire adopter un budget 2027 extrêmement difficile, l’Assemblée reste profondément fragmentée et la popularité d’Emmanuel Macron comme celle de Lecornu est au plus bas. 

1. Pourquoi la dissolution revient maintenant

La situation parlementaire est structurellement bloquée depuis la dissolution du 9 juin 2024. Le gouvernement ne dispose toujours pas d’une majorité stable, et l’exécutif doit préparer un budget 2027 qui devrait être présenté le 30 septembre.

Le gouvernement cherche environ 30 milliards d’euros d’efforts ( cad d’économies sur les dépenses budgétaires, de fiscalité supplémentaire, de baisse des prestations sociales et retraites … ) d’économies,dans un contexte où les marges fiscales et politiques sont extrêmement réduites. 

C’est précisément ce calendrier qui constitue le principal déclencheur potentiel.

Trois moments doivent être surveillés :

  • avant le 30 septembre : hypothèse d’une dissolution utilisée comme moyen de pression politique ;
  • octobre-novembre : confrontation sur le budget 2027 et éventuelles motions de censure ;
  • fin 2026-début 2027 : si aucune majorité durable ne se dégage, la dissolution pourrait redevenir une solution de sortie de crise.

2. Il existe surtout une « menace de dissolution »

C’est un élément important.

En janvier 2026, Sébastien Lecornu avait déjà utilisé l’hypothèse de dissolution comme moyen de pression contre les députés menaçant son gouvernement. Cette stratégie avait été qualifiée de « menace contre-productive » parce qu’elle irritait même une partie du socle parlementaire dont le gouvernement avait besoin. 

Plus intéressant encore : en janvier, une source gouvernementale avait indiqué au Monde que Lecornu avait demandé au ministre de l’Intérieur d’étudier concrètement l’organisation de législatives anticipées aux dates des élections municipales.

Cela montre que, contrairement à certaines dénégations publiques, le scénario a bien été étudié au sommet de l’État. 

3. Mais Macron n’a pas intérêt à dissoudre immédiatement

Il y a une contradiction fondamentale.

Une dissolution pourrait clarifier le rapport de forces, mais elle pourrait aussi produire une Assemblée encore plus ingouvernable.

Une analyse de Public Sénat publiée en juin 2026 relevait ainsi que plusieurs conseillers du camp présidentiel avaient évoqué la possibilité d’une dissolution avant la présidentielle de 2027, notamment pour compliquer une éventuelle arrivée du RN au pouvoir. Mais des constitutionnalistes estimaient qu’une telle utilisation de l’article 12 pourrait détourner l’esprit de la Constitution. 

C’est donc un scénario à double tranchant.

Macron pourrait obtenir :

Dissolution → élections → majorité relative ou majorité RN → nouvelle configuration politique.

Mais il pourrait également obtenir :

Dissolution → progression du RN/LFI → absence de majorité → crise aggravée.

Dans ce deuxième cas, le président aurait brûlé son dernier véritable levier parlementaire.

4. Le facteur déterminant : le calendrier constitutionnel

Il ne faut pas oublier que la Constitution interdit une nouvelle dissolution dans l’année suivant les élections législatives suivant une dissolution.

La dissolution de juin 2024 avait donc créé une période d’interdiction d’un an. Cette période est désormais largement dépassée : juridiquement, Emmanuel Macron dispose de nouveau de l’article 12.

L’Assemblée nationale rappelle que la dissolution de 2024 avait été décidée sur le fondement de l’article 12. 

Autrement dit :

le verrou juridique n’existe plus.

Le véritable verrou est désormais politique.

5. Ce qui est particulièrement intéressant aujourd’hui : Lecornu

Le rôle de Lecornu mérite une attention particulière.

Il est simultanément :

  • Premier ministre ;
  • ancien ministre des Armées ;
  • proche du président ;
  • chargé de produire un budget ;
  • confronté à une Assemblée sans majorité ;
  • et potentiellement exposé à une motion de censure.

Les oppositions ont déjà prévenu qu’elles pourraient censurer son gouvernement, même si le RN et le PS ont adopté une position plus attentiste que LFI. 

Il existe donc un scénario très simple :

Budget impossible → censure → nouveau gouvernement impossible → dissolution.

C’est probablement le scénario institutionnel le plus crédible.

6. Les « confidences » sont-elles crédibles ?

Je distinguerais trois catégories.

Niveau 1 — établi :

Le scénario d’une dissolution a été étudié au sein de l’exécutif. La demande faite au ministère de l’Intérieur en janvier 2026 en est une indication particulièrement forte. 

Niveau 2 — crédible :

Plusieurs responsables et conseillers présidentiels ont évoqué une dissolution avant 2027. Public Sénat a documenté ces discussions en juin. 

Niveau 3 — non démontré :

L’idée selon laquelle Macron aurait déjà fixé une date précise, ou qu’une dissolution serait programmée immédiatement après le vote du budget, n’est pas actuellement établie par les sources publiques que j’ai pu vérifier.

Il faut donc se méfier des affirmations du type « Macron a décidé », « la dissolution est actée » ou « les dates sont déjà arrêtées ».

7. Le scénario qui me paraît actuellement le plus sérieux

Je ne placerais pas la probabilité maximale sur une dissolution immédiate.

Je verrais plutôt une séquence :

Septembre → présentation du budget

Octobre-novembre → négociations parlementaires

motions de censure / risque de blocage

si Lecornu ne parvient pas à stabiliser une majorité : pression croissante sur Macron

dissolution comme solution de dernier recours

Cela explique aussi pourquoi l’Élysée peut simultanément laisser filtrer que la dissolution existe comme option tout en affirmant qu’elle n’est pas décidée.

C’est politiquement beaucoup plus efficace.

8. Le véritable enjeu : 2027

Et c’est là que votre dossier sur la fin du macronisme devient intéressant.

Une dissolution en 2026 ne serait pas simplement une réponse à une crise parlementaire. Elle pourrait être conçue comme une opération de reconfiguration du paysage politique avant la présidentielle de 2027.

C’est exactement ce que certains conseillers présidentiels ont laissé entendre : utiliser une dissolution pour modifier le rapport de forces avant la présidentielle. Public Sénat a explicitement documenté cette hypothèse. 

Mais il y aurait un risque considérable pour Macron : provoquer lui-même une nouvelle victoire électorale du RN et offrir à celui-ci une légitimité parlementaire supplémentaire quelques mois avant la présidentielle.

LES SCÉNARIOS AU 14 septembre 2026

Crédibilité actuelle

Pas de dissolution et tentative de faire voter le budget

élevée

Dissolution après une crise budgétaire/censure

assez élevée

Dissolution avant le vote du budget

possible mais moins probable

Dissolution immédiatement annoncée

faible

Date de dissolution déjà arrêtée secrètement

non démontré

Dissolution utilisée comme stratégie de recomposition avant 2027

hypothèse politiquement sérieuse

À surveiller dans les prochains jours pas tant une déclaration de Macron mais le comportement du RN et surtout celui du PS face au budget Lecornu. Si une combinaison RN + gauche devient mathématiquement capable de faire tomber le gouvernement, la pression en faveur de la dissolution augmentera brutalement.

Et il y a un élément supplémentaire : la popularité de Macron et de Lecornu vient précisément d’atteindre des niveaux historiquement bas dans le baromètre publié le 12 septembre. 

En résumé : la dissolution n’est pas « décidée », mais elle n’est certainement pas une simple rumeur. Elle a été étudiée au sommet de l’exécutif, elle a été évoquée publiquement par des proches du pouvoir et le calendrier budgétaire peut transformer cette option théorique en nécessité politique.

B. LES CONSÉQUENCES POUR LE FUTUR PRÉSIDENT – LE PLAISIR POUR LA PROVOCATION DE MACRON

La conséquence pour le prochain président pourrait être considérable. Une nouvelle dissolution en 2026 ne serait pas seulement une opération sur l’Assemblée actuelle : elle pourrait conditionner le rapport de forces avec lequel le président élu en 2027 commencerait son mandat.

Le point essentiel est le suivant : une dissolution ne remet pas en jeu le mandat présidentiel de Macron, mais elle peut profondément modifier la majorité — ou l’absence de majorité — dont héritera son successeur.

1. Le prochain président pourrait être élu sans majorité

C’est le scénario le plus déstabilisant.

Si une dissolution aboutissait encore à une Assemblée fragmentée :

Président élu en 2027 → majorité introuvable → gouvernement minoritaire → négociations permanentes → censures possibles.

Le nouveau président pourrait donc disposer d’une forte légitimité présidentielle mais d’une faible capacité à gouverner.

C’est une situation très différente de celle de 2017, lorsque Macron avait obtenu une majorité parlementaire très importante immédiatement après son élection.

2. Une dissolution peut au contraire donner une majorité au futur président

Tout dépendrait du résultat.

Si elle produisait une majorité nette avant 2027, le prochain président pourrait hériter d’une Assemblée déjà structurée.

Mais il y aurait un paradoxe : la majorité issue de la dissolution ne serait pas nécessairement celle du futur président.

Par exemple :

2026 : majorité RN ou alliance de droite
→ 2027 : président issu d’un autre courant
→ cohabitation ou conflit politique immédiat.

Le prochain président pourrait donc être contraint de gouverner avec une Assemblée élue avant lui.

3. Le risque majeur : une « pré-présidentielle » législative

C’est probablement l’enjeu politique le plus intéressant.

Une dissolution en 2026 pourrait devenir une sorte de premier tour parlementaire de la présidentielle de 2027.

Elle permettrait aux électeurs de tester grandeur nature :

  • le RN ;
  • la gauche ;
  • LR ;
  • Horizons ;
  • Renaissance ;
  • les différentes candidatures présidentielles.

Une victoire spectaculaire du RN aux législatives créerait par exemple une dynamique politique très difficile à inverser avant 2027.

Inversement, une défaite du RN pourrait considérablement modifier la présidentielle.

4. Pour Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Le Maire, etc., le calcul serait radicalement différent

C’est là que la dissolution devient directement liée à la succession de Macron.

Un candidat comme Édouard Philippe pourrait chercher à apparaître comme le candidat capable de reconstruire une majorité parlementaire.

Gabriel Attal pourrait, lui, être confronté à un problème différent : être associé au bilan des dix années Macron tout en essayant d’incarner une rupture.

Une dissolution avant 2027 obligerait donc les prétendants à se positionner beaucoup plus tôt.

5. Mais il existe un risque encore plus profond pour le futur président

Il pourrait hériter d’une Assemblée ayant perdu confiance dans le principe même de stabilité gouvernementale.

Après 2024, puis éventuellement une nouvelle dissolution, le message envoyé aux électeurs serait :

« Les élections législatives ne permettent pas de dégager une majorité stable. »

Cela pourrait alimenter une demande de transformation institutionnelle :

  • scrutin proportionnel ;
  • retour à un scrutin majoritaire aménagé ;
  • modification de l’article 49.3 ;
  • modification du calendrier électoral ;
  • réforme du rôle du président ;
  • éventuellement réforme constitutionnelle plus large.

Le prochain président pourrait donc être contraint de faire la réforme institutionnelle que Macron n’aura pas réalisée.

6. Et il y a un paradoxe constitutionnel

Si Macron dissout encore et que cette dissolution échoue à produire une majorité, son successeur pourrait être dans une situation particulièrement inconfortable.

Parce que l’article 12 prévoit qu’après une dissolution, une nouvelle dissolution ne peut intervenir dans l’année qui suit les élections.

Donc, imaginons :

fin 2026 : dissolution
→ élections législatives
2027 : présidentielle
→ nouveau président
→ Assemblée sans majorité
→ impossibilité de dissoudre immédiatement à nouveau.

Le nouveau président pourrait donc être enfermé pendant plusieurs mois avec l’Assemblée issue de la dissolution de son prédécesseur.

C’est probablement la conséquence institutionnelle la plus importante.

7. C’est pourquoi la dissolution pourrait être un véritable « cadeau empoisonné »

On pourrait avoir :

Macron 2026 :
« Je rends la parole aux Français pour sortir du blocage. »

Puis :

Président 2027 :
« Je dois gouverner avec l’Assemblée que mon prédécesseur a fait élire et je ne peux pas la dissoudre immédiatement. »

Dans cette hypothèse, Macron laisserait à son successeur non seulement une dette et un déficit considérables, mais également une architecture parlementaire potentiellement très difficile à gouverner.

C’est précisément pourquoi, à mon sens, une nouvelle dissolution doit être analysée non seulement comme une question de fin de mandat Macron, mais comme une question de transmission du pouvoir présidentiel en 2027.

C. QUI A INTÉRÊT À UNE DISSOLUTION

1. Emmanuel Macron : intérêt tactique, mais risque historique

Intérêt : moyen à court terme, potentiellement élevé à moyen terme.

Macron a un problème fondamental : il ne peut pas être candidat en 2027. Il ne peut donc plus défendre directement son bilan par une nouvelle candidature.

Une dissolution lui permettrait cependant de tenter de maîtriser les conditions de sa sortie.

Il pourrait chercher à obtenir trois choses :

  • sortir d’une situation parlementaire devenue ingouvernable ;
  • empêcher que les derniers mois de son quinquennat soient entièrement dominés par les censures et le blocage budgétaire ;
  • influencer indirectement le paysage dans lequel son successeur sera élu.

Mais le risque est énorme.

Si le RN gagnait fortement les législatives, Macron serait accusé d’avoir lui-même accéléré son ascension.

Si l’Assemblée restait fragmentée, il aurait démontré que la dissolution de 2024 n’avait pas été corrigée.

Et si une majorité hostile se dégageait, il pourrait terminer son mandat avec une cohabitation.

Donc : Macron a intérêt à conserver la dissolution comme menace ; il n’a pas nécessairement intérêt à l’utiliser.


2. Édouard Philippe : intérêt potentiellement important

Pour Édouard Philippe, le calcul est plus subtil.

Il a besoin d’une rupture avec Macron, mais pas d’une rupture totale : son électorat potentiel appartient encore largement au centre et à la droite modérée issus de la majorité présidentielle.

Les analyses récentes du paysage 2027 soulignent justement que Philippe et Attal doivent encore gérer cet héritage macroniste tout en essayant de construire leur propre identité. 

Une dissolution pourrait être intéressante pour Philippe si elle produisait :

une nouvelle majorité de centre-droit / droite → affaiblissement du macronisme présidentiel → espace pour Philippe.

Il pourrait alors dire :

« Le macronisme est terminé ; il faut maintenant reconstruire une majorité de gouvernement. »

Mais il y a un danger considérable :

si le RN sort renforcé de la dissolution, Philippe pourrait se retrouver enfermé dans un duel avec le RN dès 2027.

Il devrait alors incarner le « vote utile » contre le RN, ce qui pourrait être favorable électoralement… mais extrêmement difficile politiquement.

Philippe : plutôt favorable à une dissolution si elle affaiblit le macronisme sans donner une victoire écrasante au RN.


3. Gabriel Attal : situation beaucoup plus ambivalente

Pour Gabriel Attal, la dissolution serait probablement plus risquée.

Il est dans une position paradoxale :

il doit prendre ses distances avec Macron pour exister en 2027, mais il reste dépendant du socle macroniste.

C’est exactement le problème identifié par les analyses récentes : Philippe et Attal ne peuvent pas rompre complètement avec Macron parce que ce socle reste indispensable à leur candidature. 

Une dissolution pourrait donc :

+ accélérer la fin du macronisme et lui permettre de devenir le nouveau chef du centre ;

mais :

l’obliger à assumer directement le bilan de Macron au moment où celui-ci devient électoralement coûteux.

Pour Attal, le meilleur scénario serait probablement une dissolution qui produirait une Assemblée de centre-droit sans domination RN.

Le pire :

RN très haut + macronistes laminés.

Dans ce cas, Attal perdrait précisément le socle parlementaire dont il a besoin pour 2027.


4. Le RN : probablement le parti qui a le plus à gagner… mais aussi quelque chose à perdre

Pour Rassemblement national, la dissolution est a priori attractive.

Le RN est actuellement en position de force dans la dynamique présidentielle, tandis que les partis traditionnels restent fragmentés. Les analyses de septembre 2026 décrivent notamment le RN comme en tête des intentions de vote pour 2027. 

Une dissolution lui offrirait :

une répétition générale de 2027.

Il pourrait transformer une bonne dynamique présidentielle en implantation parlementaire.

Mais il existe un piège.

Si le RN obtient beaucoup de députés sans majorité absolue, il pourrait démontrer qu’il est incapable de gouverner sans alliance.

Cela pourrait soit le renforcer, soit au contraire faire apparaître ses limites.

Et l’affaire Bardella/Farage récente montre que le RN doit également gérer des contradictions lorsqu’il passe de la posture d’opposition à celle de parti susceptible de gouverner. 

RN : plutôt favorable à la dissolution, surtout s’il pense pouvoir transformer sa dynamique présidentielle en victoire législative.


5. La gauche : situation beaucoup plus divisée

C’est probablement le bloc le moins homogène.

Pour LFI, une dissolution peut être attractive parce qu’elle permettrait de capitaliser immédiatement sur la confrontation avec Macron.

Mais pour le PS et les sociaux-démocrates, le calcul est beaucoup plus délicat.

Pourquoi ?

Parce qu’une législative anticipée peut favoriser une logique de vote utile au profit des deux extrêmes :

RN ↔ LFI

au détriment du centre gauche.

Et c’est précisément ce que les dernières analyses de la présidentielle commencent à montrer : le risque d’un duel extrêmement polarisé RN–Mélenchon est désormais pris au sérieux. 

Le PS aurait donc intérêt à éviter une dissolution si elle intervient avant d’avoir construit une candidature et une stratégie commune.

Gauche radicale : plutôt favorable.

PS/social-démocratie : plutôt prudente, voire défavorable.

D . Et le futur président

C’est probablement le facteur le plus important.

Une dissolution en 2026 peut être bonne pour un candidat à la présidentielle mais mauvaise pour le président élu en 2027.

Exemple :

Dissolution 2026 → RN devient premier groupe → présidentielle 2027 → candidat centriste élu → Assemblée dominée par le RN.

Le nouveau président commence alors son mandat avec une cohabitation potentielle.

À l’inverse :

Dissolution 2026 → centre-droit reconstitué → Philippe/Attal bénéficie de cette dynamique → présidentielle 2027 → majorité parlementaire compatible.

Dans ce cas, la dissolution aurait indirectement préparé la succession.

Les intérêts à une dissolution avant la présidentielle de 2027, je mettrais :

1. RN — intérêt électoral immédiat très important.
2. Philippe — intérêt stratégique si la dissolution accélère la recomposition de la droite et du centre.
3. LFI — intérêt à exploiter la crise, mais risque de polarisation.
4. Macron — intérêt institutionnel, mais risque historique considérable.
5. Attal — intérêt possible, mais exposition maximale au bilan Macron.
6. PS — intérêt plutôt faible tant que la recomposition de la gauche n’est pas achevée.

Et surtout, il faut distinguer « avoir intérêt à une dissolution » de « souhaiter que Macron la décide ».

Le RN peut avoir intérêt à la dissolution tout en ayant intérêt à ce que Macron soit celui qui prenne la responsabilité politique de la provoquer.

Philippe peut avoir intérêt à une recomposition tout en préférant que Macron porte seul le coût de l’échec.

Et Macron peut brandir la dissolution précisément pour empêcher les autres de l’obliger à la choisir.

C’est pourquoi le véritable indicateur, dans les prochaines semaines, sera le comportement des différents groupes lors du budget 2027. Si le RN, le PS et LFI convergent suffisamment pour rendre le budget de Lecornu pratiquement impossible à adopter, la question changera de nature : la dissolution ne serait plus seulement une arme politique, mais pourrait devenir l’ultime mécanisme constitutionnel de sortie de crise

Mais ouvrirait une situation de crise pour le futur Président qui devrait pouvoir dissoudre et disposer d’une majorité.

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