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PIB HABITANT : LE VRAI, LE FAUX – DANS TOUS LES CAS LA FRANCE RECULE

Publié le 26 août 2026 TF1

Sur le réseau social X, une publication nous assure que la France est aujourd’hui « plus pauvre que la moyenne européenne ».Des données d’Eurostat relatives au PIB par habitant sont mises en avant.Si les conclusions de ce message sont globalement justes, les données utilisées et la manière dont elles sont présentées posent problème.

Consulté plus de 2,5 millions de fois en l’espace de 24 heures, un message(nouvelle fenêtre) posté sur le réseau X met en avant une forme de déclassement de la France par rapport à ses voisins, sur le plan économique. Notre pays est désormais « plus pauvre que la moyenne européenne », nous explique-t-on, chiffres à l’appui. Le compte à l’origine de cette publication présente des données relatives au « PIB par habitant », montrant une moyenne au sein de l’UE qui s’établit à 41.600 euros. La France, quant à elle, apparaît en retrait, avec 40.768 euros.

Des chiffres en partie trompeurs

Contrairement à ce que suggère cette publication, le PIB par habitant n’est pas à proprement parler un indicateur qui traduit la richesse d’une population. Il serait plus juste de le présenter comme le volume moyen de production économique attribuable à chaque habitant sur une année. Un indicateur d’activité économique en somme, utile pour comparer des capacités productives ou allouer des fonds structurels. Il ne s’agit pas d’un solde de compte ni d’un revenu, pas davantage que d’un niveau de vie.

Le PIB par habitant, c’est la valeur de tout ce qui est produit dans un pays en un an – biens, services, activité des entreprises comme des administrations – divisée par le nombre d’habitants. Les institutions l’expriment de deux façons :

  • En euros : la conversion est directe, mais la comparaison est trompeuse, puisqu’un même panier de courses ne coûte pas la même chose à Sofia et à Copenhague. Cette unité surestime mécaniquement les pays où la vie est chère ;
  • En standards de pouvoir d’achat (SPA) : une monnaie fictive commune, calibrée pour qu’une unité permette d’acheter partout la même quantité de biens. C’est l’unité à privilégier pour comparer des pays entre eux, et celle qu’utilise Eurostat dans ses classements.

La publication sur X effectue une confusion entre ces différentes manières de présenter le PIB par habitant. Elle explique en effet que les chiffres avancés sont présentés en SPA, tout en partageant des montants en euros. Malgré cette imprécision, il est vrai que le PIB par habitant en France est désormais inférieur à celui de la moyenne de l’UE. Ce dont témoigne l’infographie qui suit, basée sur des données provisoires compilées par Eurostat (et qui seront révisées fin 2026).

En l’espace d’une dizaine d’années, on constate plusieurs évolutions significatives au sein de l’UE. La progression très marquée du PIB par habitant irlandais, ou bien encore le léger recul de la France : en 2016, notre pays se trouvait légèrement au-dessus de la moyenne de l’UE, contrairement à 2025 où il apparaît légèrement en dessous.

Un indicateur qui présente ses limites

Pour expliquer le léger déclin de la France, Simon-Pierre Sengayrac évoque plusieurs facteurs. Auprès de Ouest-France, le co-directeur de l’observatoire de l’économie de la Fondation Jean-Jaurès met en avant(nouvelle fenêtre) une « productivité du travail qui a baissé ces dernières années », mais également « un taux d’investissement qui n’est pas très bon non plus ». 

Si le PIB par habitant fait partie des indicateurs économiques de référence, il n’en demeure pas moins qu’il présente des limites. Tout d’abord, rappelons qu’il s’agit d’une moyenne : en conséquence, un pays peut voir son PIB par habitant progresser alors même que son revenu médian stagne. Par ailleurs, on constate qu’il est parfois faussé dans certains pays, comme au Luxembourg, où travaillent de très nombreux frontaliers. Ces derniers contribuent donc à son PIB sans faire partie de sa population résidente.

L’autre exemple le plus parlant concerne l’Irlande, où des multinationales américaines, surtout dans le numérique et la pharmacie, ont installé le siège juridique de leurs brevets et de leurs marques, attirées par une fiscalité avantageuse. En pratique, les redevances encaissées dans le monde entier au titre de ces brevets sont comptabilisées comme des exportations irlandaises. En clair, le PIB prend en compte une production que le pays n’a pas réalisée, pour des revenus qui repartent en grande partie vers des actionnaires étrangers. La mesure traditionnelle du PIB ne permettant pas de rendre compte fidèlement de l’activité économique réelle de l’Irlande, un nouvel indicateur a été mis en place en 2017 par l’institut national de la statistique irlandais. Il a été nommé « revenu national brut modifié », ou « Modified Gross National Income »

Si le PIB par habitant ne permet pas de juger efficacement du niveau de vie des populations, un autre indicateur se révèle plus approprié pour en rendre compte : la consommation individuelle effective. Eurostat, qui la publie, la présente lui-même comme mieux adaptée pour décrire le bien-être matériel des ménages. Elle comptabilise l’ensemble des biens et services dont bénéficient réellement les habitants, y compris ceux financés par la collectivité (santé, éducation…), que le PIB ignore. Le changement de perspective est significatif : l’Irlande, deuxième pays de l’UE pour le PIB par habitant, retombe(nouvelle fenêtre) exactement dans la moyenne européenne. La France, elle, se situe 3 % au-dessus de cette moyenne, alors qu’elle était 2 % en dessous sur le PIB par habitant. Elle figure ainsi parmi les huit seuls pays de l’UE dont la consommation individuelle dépasse la moyenne européenne.

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