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BUDGET : LE MENSONGE, MÊME OFFICIEL, RESTE UN MENSONGE : 6,5 Mds supportés par les entreprises, ou plutôt 20 Mds ?

LES RÉALITÉS SONT TÊTUES : DÉCRYPTAGE DES CONTRE VÉRITÉS

Les 6,5 Md€ ou 10 Md€ affichés par l’exécutif ne peuvent pas être présentés comme le montant de toutes les mesures nouvelles qui touchent les entreprises.

Le Medef, lui, chiffre 20 Md€ de prélèvements supplémentaires ou mesures défavorables aux entreprises. Il inclut notamment :

  • les différentes taxes sectorielles ;
  • le gel de certains allègements de cotisations patronales ;
  • l’élargissement de l’assiette de certaines cotisations ;
  • les prélèvements sur la participation, l’intéressement et la PPV ;
  • diverses mesures affectant les entreprises.

Le point particulièrement important est le gel des allègements de cotisations patronales et l’élargissement de leur assiette, que le Medef chiffre à environ 6,6 Md€. 

«Soyons précis» : le gouvernement lance son compte de fact-checking sur X… et s’attaque au Medef 

TITRE LE FIGARO QUI POURSUIT : Ce lundi matin, le gouvernement a publié son premier post sur son nouveau compte de fact checking sur le réseau social X. Le but affiché est de « rétablir les faits, directement et rapidement», notamment après la présentation du projet de budget 2027 qui a suscité de vives réactions.

«Soyons précis» : derrière ce nom aux airs d’injonction de maître d’école se cache le nouveau compte X de «fact-checking»lancé par le gouvernement ce lundi 5 octobre. Ce compte a vu le jour en réaction aux nombreuses interprétations et «informations fausses ou trompeuses»qui circulent à propos du budget 2027, présenté la semaine dernière. Le gouvernement entend bien rétablir la vérité.

L’objectif affiché par Matignon est de «rétablir les faits, directement et rapidement, en s’appuyant sur des données vérifiables et des sources officielles». Ce compte s’inscrit dans une démarche d’objectivation d’une erreur factuelle par «des références précises aux textes, rapports et données publiques». Déjà suivi par plus de 1 500 followers en quelques heures, le compte X gouvernemental de vérification des faits a publié son premier post en fin de matinée ce lundi matin. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la première personnalité visée par ce nouveau projet d’information peut surprendre. Le grand gagnant ? Le président du Medef (Mouvement des entreprises de France), Patrick Martin.

Le patron du Medef pour la première vérif’

Également président du groupe Martin Belaysoud Expansion, l’homme d’affaires accusait dans un post Linkedin les responsables politiques d’ignorer les signaux d’alerte envoyés par les marchés financiers et dénonçait les mesures du budget 2027. «Ce sont bien 20 milliards de prélèvements supplémentaires que supporteront nos entreprises au titre des mesures déjà actées courant 2026 ou prévues pour 2027», mettait-il en garde, avant de dénoncer un «nouvel affaiblissement structurel de notre tissu productif». Le gouvernement a immédiatement réagi en affirmant que le montant correspondant à l’effort supplémentaire des entreprises pour le budget 2027 s’élève à 6,5 milliards, soit «trois fois moins» que les 20 milliards annoncés par Patrick Martin.

Il aura fallu environ quatre heures pour que le compte X du Medef réagisse au post du compte gouvernemental dans les commentaires. «Soyons précis, justement», ironise la plus importante organisation patronale représentative en France. La publication rappelle que les 20 milliards correspondent bien à «l’effort demandé aux entreprises par rapport au droit existant, sur la base de ce qui avait été promis aux entreprises lors de l’examen des PLF 2025 et 2026» et que le gouvernement ne peut pas faire comme si ces «hausses temporaires» étaient devenues «la norme». Une image de calculs de Rexecode à partir des PLF et PLFSS 2027 accompagne ce commentaire. Parole contre parole, ou plutôt chiffres contre chiffres : tout est affaire d’interprétation.

PRÉTENDRE FAIRE LA CHASSE AUX FECK ET AFFICHER DES CONTRE VÉRITÉS GROSSIÈRES

Dans l’article du Figaro, l’Etat affiche 6,5 Mds, d’effort demandé aux entreprises, dans celui de l’Opinion 10 Mds.

L’Etat ne stabilise pas ses calculs et ne les explicite pas davantage. Il affiche de surcroît des affirmations contradictoires qui contestent les 20 Mds affichés par le Medef.

Les deux chiffres ( État 10 et Medef 20 ) ne mesurent pas de la même manière . L’honnêteté devrait conduire l’Etat à expliquer les nuances de calculs en toute transparence.

Idem lorsqu’il oppose 6,5 à 20.

1. Le duel : 10 Md€ contre 20 Md€

Roland Lescure affirme que l’effort demandé aux entreprises en 2027 est « de l’ordre de 10 milliards d’euros ». Il précise que ce calcul inclut notamment une surtaxe d’IS ramenée à 5 Md€ et une contribution visant certaines grandes entreprises du fret maritime. 

Le Medef, lui, parle de près de 20 Md€ de prélèvements supplémentaires ou mesures défavorables aux entreprises. Il inclut notamment :

  • les différentes taxes sectorielles ;
  • le gel de certains allègements de cotisations patronales ;
  • l’élargissement de l’assiette de certaines cotisations ;
  • les prélèvements sur la participation, l’intéressement et la PPV ;
  • diverses mesures affectant les entreprises.

Le point particulièrement important est le gel des allègements de cotisations patronales et l’élargissement de leur assiette, que le Medef chiffre à environ 6,6 Md€. 

2. Pourquoi les deux chiffres divergent-ils autant ?

Parce que Bercy adopte une vision amputée de certains coûts affectant les entreprises ( en « solde budgétaire net des mesures nouvelles » ), tandis que le Medef raisonne en coût brut pour les entreprises.

Prenons la surtaxe sur l’IS.

Le gouvernement prévoit que son rendement passe à environ 5 Md€, contre 7,3 Md€ précédemment. Cela représente donc, pour les grandes entreprises concernées, une baisse de prélèvement d’environ 2,3 Md€.

Le Medef peut comptabiliser les autres hausses à leur valeur brute.

Bercy, lui, peut raisonner :

hausses de prélèvements – baisses de prélèvements = effort net.

Cela explique une partie substantielle de l’écart.

3. Le chiffre de 10 Md€ est donc incomplet : le mensonge partiel est mensonge

Il est incomplet et inseincere si on veut mesurer l’ensemble de la ponction économique supportée par les entreprises.

4. Le cas des 6,6 Md€ est particulièrement révélateur : allègements de cotisations et élargissement de l’assiette

C’est probablement le meilleur exemple pour comprendre l’ampleur de la tromperie de l’exécutif.

Le Medef inclut dans son calcul 6,6 Md€ liés au gel des allègements de cotisations et à l’élargissement de l’assiette.

Si cette mesure augmente effectivement les prélèvements supportés par les entreprises, il est artificiel de l’exclure d’une analyse économique de leur charge.

5. Ce que dit le Haut Conseil des finances publiques ne conforte pas l’exécutif dans ses présentations trompeuses

Le HCFP apporte une troisième grille de lecture.

Pour 2027, il estime l’effort structurel à environ 28 Md€, dont :

  • 17 Md€ en recettes ;
  • 11 Md€ en dépenses.

Mais le gouvernement présente parallèlement un effort de 43 Md€ par rapport à une trajectoire « à politique inchangée », dont :

  • 18 Md€ de recettes ;
  • 25 Md€ de dépenses.

Le HCFP insiste précisément sur le fait que 43 Md€ ne constitue pas l’effort de redressement effectif. 

Le choix de la base de comparaison peut faire varier énormément le chiffre annoncé.

6. Une présentation honnête serait donc celle-ci :

Mesure- Ordre de grandeur – Ce qu’elle mesure

Chiffrage Bercy

≈ 10 Md€

Effort net retenu par le gouvernement

Chiffrage Medef

≈ 20 Md€

Ensemble des prélèvements/charges identifiés par le patronat

Dont cotisations/allègements

≈ 6,6 Md€

Mesures sociales affectant les entreprises

Surtaxe IS

5 Md€

Rendement prévu en 2027

Ancienne surtaxe IS

7,3 Md€

Référence antérieure

Effort structurel total

≈ 28 Md€

Mesure HCFP de l’ajustement budgétaire

Mesures vs politique inchangée

≈ 43 Md€

Autre méthodologie gouvernementale

7. Alors : vrai ou faux ?

Le Medef ne sort pas le chiffre de 20 Md€ de nulle part : il agrège des mesures que Bercy ne traite pas dans son calcul.

8. Le vrai sujet est encore plus intéressant

Il faut regarder qui paie réellement les 10 à 20 Md€.

Une partie peut être supportée par :

l’entreprise → baisse de marge

ou :

l’entreprise → hausse des prix → consommateur

ou :

entreprise → baisse des salaires futurs / embauches / investissement

ou :

entreprise → diminution du dividende

ou encore :

État → transfert vers les entreprises ou inversement.

CONCLUSION

L’affirmation de Bercy de 6,5 Mds ou de 10 Mds n’est pas défendable mais construit selon un périmètre volontairement tronqué et trompeur.

Le chiffre de 20 Md€ du Medef est défendable si l’on prend le périmètre large des mesures qui augmentent les prélèvements ou réduisent les allègements dont bénéficient les entreprises.

Certes on peut distinguer combien sont réellement des :

-prélèvements nouveaux,

– combien sont des non-baisses d’impôts ou de cotisations,

– combien sont des transferts,

– combien sont compensés par des baisses ailleurs et

– combien ont finalement un effet économique sur les entreprises.

RECALCUL : trois chiffres différents

On peut maintenant construire trois agrégats.

« Prélèvements bruts pesant sur les entreprises »

En retenant les principaux postes effectivement documentés :

6,6 Md€ allègements/assiette

  • 2,1 Md€ autres cotisations
  • 0,8 Md€ infrastructures
  • 1,1 Md€ complémentaires santé
  • 0,3 Md€ produits sucrés
  • 0,3 Md€ fret maritime
  • autres mesures sectorielles

On arrive déjà à environ 11–12 Md€, avant certaines mesures supplémentaires.

Ce chiffre est donc nettement supérieur aux 6,5 Md€ de Bercy.

« Ensemble des prélèvements affectant l’économie productive » 20 Mds

Si l’on ajoute les mesures que le Medef considère comme affectant les entreprises mais dont la charge peut finalement être répercutée :

  • sur les consommateurs ;
  • sur les salariés ;
  • sur les actionnaires ;
  • sur les assurés ;
  • sur les prix ;

on arrive à l’ordre de grandeur de 20 Md€ revendiqué par le Medef.


Il y a donc un mensonge grossier dans le discours gouvernemental

Le compte « Soyons précis » affirme :

« l’effort supplémentaire prévu en 2027 est de 6,5 Md€ ».

Mais cette affirmation doit être interprétée avec beaucoup de précautions.

Car le HCFP chiffre à lui seul :

8,5 Md€ de mesures nouvelles sur les cotisations sociales, dont 3,7 Md€ pour l’intégration des compléments de salaire et 2,9 Md€ pour le gel des allègements. 

Autrement dit :

6,5 Md€ ne peut pas être présenté comme le montant de toutes les mesures nouvelles qui touchent les entreprises.


9. Tableau des principaux agrégats

(Niveau de mesure – Montant – Interprétation )

– Prélèvements nouveaux tous agents – HCFP

17,2 Md€

Chiffre officiel global

– Dont cotisations nouvelles

8,5 Md€

Très largement entreprises/employeurs

– Dont allègements + compléments salariaux

6,6 Md€

Chiffre central du conflit Medef/Bercy

– Taxes sectorielles identifiées

≈ 2–3 Md€

Entreprises mais incidence variable

– Baisse de surtaxe IS

≈ –2,3 Md€

Allègement des grandes entreprises

– Effort net entreprises, ordre de grandeur

≈ 9–10 Md€

Lecture restrictive déc Bercy

– Charge économique brute calculée par le Medef dans un périmètre élargi )

≈ 20 Md€

Périmètre plus large

Effort structurel total de la France

≈ 28 Md€

HCFP, tous agents

Mesures vs politique inchangée

43 Md€

Autre méthode gouvernementale

NB : Les 17,2 Md€ et 28 Md€ sont directement documentés par le HCFP. 


Conclusion : qui dit vrai ?

Medef :

Les 20 Md€ ne constituent pas 20 Md€ d’impôts nouveaux nets sur les entreprises. Le chiffre agrège des mesures de nature différente, dont certaines taxes peuvent être répercutées sur les consommateurs et dont certaines sont compensées par des baisses ailleurs.

Bercy

Le chiffre de 6,5 Md€ est trop étroit pour décrire l’ensemble des mesures nouvelles affectant les entreprises. Le HCFP confirme déjà 8,5 Md€ de mesures nouvelles sur les cotisations sociales, dont 6,6 Md€ pour le gel des allègements et l’élargissement de l’assiette. 

Le chiffre de 10 Md€ avancé par Roland Lescure est, lui, plus cohérent avec une approche en effort net, après prise en compte notamment de la baisse de la surtaxe IS. 

Point scandaleux de la présentation gouvernementale actuelle :

Le Medef présente l’effort brut, mais Bercy masque une majeure partie des mesures affectant les entreprises.

Bercy combat le chiffre de 20 Md€ en mettant en avant 6,5 Md€, alors que les documents du HCFP montrent eux-mêmes que 8,5 Md€ de mesures nouvelles concernent déjà les cotisations sociales, avant même d’examiner l’ensemble des taxes sectorielles. 

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