
Les Suisses rejettent à une large majorité le renforcement de leur neutralité
Les électeurs suisses ont largement refusé la proposition visant à inscrire une neutralité plus stricte dans la Constitution.
Les électeurs suisses ont nettement rejeté dimanche, lors d’un référendum, le projet destiné à renforcer la neutralité du pays. Près de 70 % des votants se sont prononcés contre cette proposition, rapporte Euronews.
D’après les résultats définitifs communiqués par les autorités fédérales, le texte a été refusé dans l’ensemble des 26 cantons suisses.
La proposition prévoyait notamment de réduire la marge de manœuvre de la Suisse en matière de sanctions internationales, en liant la faisabilité de telles mesures qu’en cas de validation par les Nations unies.
Une telle disposition aurait notamment rendu plus difficile l’adoption de sanctions contre la Russie, l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et disposant à ce titre d’un droit de veto.
Les défenseurs de l’initiative, principalement soutenus par l’UDC (Union démocratique du centre), parti classé à droite de l’échiquier politique suisse, considéraient que Berne s’était progressivement rapprochée de l’Union européenne et de l’OTAN, particulièrement depuis le début de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine.
À l’annonce des résultats, le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a toutefois assuré que le scrutin ne constituait pas un rejet du principe de neutralité.
« La Suisse était neutre hier, elle est neutre aujourd’hui et elle le restera », a-t-il ajouté.
L’initiative avait été soutenue par Christoph Blocher, milliardaire âgé de 85 ans et personnalité majeure de l’UDC. Les affiches défendant cette « initiative pour la neutralité » reprenaient notamment le slogan « Non à la guerre ».
Selon Euronews, la défaite du texte était largement considérée comme probable avant même le scrutin. D’après plusieurs médias suisses, le Département fédéral des affaires étrangères, à Berne, avait même anticipé en interne plusieurs semaines auparavant l’issue du vote.
Malgré ces perspectives défavorables, Christoph Blocher a engagé des moyens financiers importants pour défendre l’initiative.
Selon le quotidien suisse Berner Zeitung, le milliardaire aurait dépensé 3,8 millions de francs suisses pour la campagne. Le journal présente cette somme comme le montant le plus important jamais investi par une seule personne dans une campagne référendaire en Suisse.
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Le résultat du vote a rapidement suscité des réactions critiques chez les opposants à l’initiative.
Pour Susanne Vincenz-Stauffacher, membre du Conseil national suisse, inscrire une définition aussi stricte de la neutralité dans la Constitution aurait empêché les autorités d’adapter leur réponse aux circonstances, notamment face à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.
Elle a également estimé qu’une conception aussi rigide de la neutralité aurait pu empêcher la Suisse de sanctionner un État considéré comme agresseur.
Selon elle, une telle situation aurait paradoxalement conduit le pays à ne plus être véritablement neutre, mais à se retrouver indirectement du côté de l’agresseur.
Marianne Binder, membre du Centre et conseillère aux États pour le canton d’Argovie, a pour sa part vivement critiqué Christoph Blocher, estimant qu’il avait perdu le contact avec les réalités du débat sur la neutralité suisse.
La Suisse applique depuis plusieurs décennies une politique de neutralité et ne fait partie d’aucune alliance militaire.
La définition et les modalités de cette neutralité font néanmoins l’objet de débats politiques récurrents, particulièrement depuis le déclenchement de l’invasion russe de l’Ukraine.
Le gouvernement suisse défend aujourd’hui le principe d’une « neutralité coopérative ». Dans ce cadre, la Suisse reste militairement non alignée, tout en conservant la possibilité d’adopter des sanctions lorsqu’elle estime qu’elles sont nécessaires pour faire respecter le droit international.
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Damien Ernst , Samuel Furfari etJean-Pierre Favennec
Le ministre suisse de la Défense, Martin Pfister, s’est également prononcé pour un approfondissement de la coopération entre la Suisse et l’OTAN.
Le texte soumis au vote proposait, lui, d’inscrire dans la Constitution le principe d’une « neutralité perpétuelle et armée ». Il aurait aussi limité la coopération militaire avec l’OTAN aux seuls cas où la Suisse serait confrontée à la perspective imminente d’une attaque.
Si les électeurs ont donc refusé les nouvelles contraintes proposées, le principe même de la neutralité continue de bénéficier d’un large soutien dans la population suisse.
Selon le dernier sondage cité dans le cadre de la campagne, 82 % des personnes interrogées se déclaraient toujours favorables au maintien de la neutralité suisse.
Le scrutin de dimanche s’inscrivait plus largement dans une journée de votations consacrée à plusieurs questions nationales et locales dans l’ensemble du pays.
La démocratie directe suisse prévoit en effet que les citoyens soient généralement appelés à se prononcer quatre fois par an sur des projets de loi, des modifications constitutionnelles ou encore diverses questions relevant des politiques publiques.