
ARTICLE – Baisse de l’impôt sur le revenu : la mesure choc qu’étudie Edouard Philippe
Selon nos informations, les équipes du candidat Horizons à l’élection présidentielle réfléchissent activement à une mesure pour augmenter le pouvoir d’achat. Il s’agit de faire en sorte que « le travail paie mieux »
Publié le 2 octobre 2026 Marc Vignaud Christine Ollivier L’OPINION
Gabriel Attal en a fait un slogan de campagne. Le candidat Renaissance promet d’aller « droit au brut ». Autrement dit, de rapprocher le salaire brut du salaire net. Edouard Philippe, lui, n’a pas encore dévoilé de mesure phare pour augmenter le pouvoir d’achat, préférant pour l’instant s’en tenir à un discours de « vérité » sur l’état des finances publiques. Mais il ne veut pas pour autant laisser ce terrain à son concurrent.
Selon nos informations, les équipes du candidat Horizons réfléchissent activement à une mesure pouvoir d’achat. L’une d’elles passe par une réduction de l’impôt sur le revenu. « Ils veulent mettre la gomme en baissant fortement l’impôt sur le revenu », confie une source au fait du dossier.
L’article de L’Opinion s’inscrit dans une logique intéressante : Édouard Philippe remet au centre une baisse de l’impôt sur le revenu alors même que les finances publiques françaises sont beaucoup plus contraintes qu’en 2017-2019. Le parallèle avec la taxe d’habitation est donc particulièrement pertinent, mais il faut distinguer ce qui relève d’un véritable « choc fiscal » de ce qui relève d’un déplacement de prélèvements.
Édouard Philippe défend depuis plusieurs années l’idée qu’il faut sortir de la logique consistant à augmenter les prélèvements pour financer une dépense publique qui continue de progresser. En décembre 2025, il expliquait encore que la France avait un niveau d’imposition très élevé et qu’il fallait plutôt réorganiser le fonctionnement du système social.
ANALYSE – DÉMAGOGIE ET EFFETS PERVERS
PHILIPPE EN CONTINUATEUR DU MACRONISME : Il EST PRÊT À RECONDUIRE LES MÊMES EFFETS PERVERS DE LA SUPPRESSION DE LA TH
E Philippe n’a pas la réputation de concerter, évaluer, chiffrer ses intentions. On l’a vu sur la THabitation, le 80 km h, l’aéroport de Nantes, l’exposition universelle, les retraites, les taxes diverses …
Il convient d’abord de considérer qu’une baisse de l’impôt sur le revenu n’est économiquement vertueuse que si elle correspond à une baisse durable de la dépense publique, et non à un déficit supplémentaire.
1. Le précédent de la taxe d’habitation est édifiant
La suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales est désormais complète depuis 2023.
Elle avait deux objectifs affichés :
- rendre du pouvoir d’achat aux ménages ;
- supprimer un impôt jugé injuste et obsolète.
Mais son principal problème est qu’elle n’a pas réellement supprimé le besoin de financement correspondant.
L’État a remplacé une partie importante de la fiscalité locale par des transferts de recettes nationales : transfert de la part départementale de taxe foncière aux communes et fractions de TVA aux EPCI et départements.
La Cour des comptes est particulièrement claire : les réformes des impôts locaux ont transféré vers l’État une partie du financement des collectivités, notamment via la TVA, et ont contribué au creusement du déficit de l’État.
C’est le premier « effet pervers » fondamental :
la suppression de l’impôt n’a pas supprimé la dépense qu’il finançait.
Elle a changé celui qui porte la recette.
Avant :
contribuable local → commune/EPCI → services locaux
Après :
contribuable → État → TVA/transfert → collectivité → services locaux
Le citoyen a donc moins de visibilité sur le lien entre impôt payé et service public reçu.
2. Deuxième effet pervers : la déresponsabilisation fiscale des collectivités
C’est probablement le point le plus important pour comprendre le parallèle avec une future baisse de l’IR.
La taxe d’habitation était un impôt local. Le maire décidait, au moins partiellement, du taux et pouvait donc être tenu politiquement responsable de l’évolution de la fiscalité locale.
Après sa suppression, les communes disposent davantage de ressources dont l’évolution dépend de mécanismes nationaux.
Le gouvernement reconnaît lui-même que la suppression a profondément modifié l’architecture des ressources communales. Certaines communes ont été surcompensées, d’autres sous-compensées, ce qui a nécessité le mécanisme du « coefficient correcteur ».
On obtient donc un système beaucoup plus complexe :
moins de fiscalité locale visible → davantage de compensation nationale → davantage de péréquation → davantage de dépendance aux décisions de l’État.
C’est précisément ce que la Cour des comptes décrit comme une transformation profonde du financement des collectivités.
3. Troisième effet pervers : le gain fiscal n’est pas nécessairement entièrement capté par le contribuable
C’est là que le parallèle devient particulièrement intéressant.
L’Institut des politiques publiques a étudié l’incidence économique de la suppression de la taxe d’habitation, notamment sur les prix immobiliers et les loyers.
Le raisonnement économique est simple :
si un territoire devient fiscalement moins coûteux, son attractivité augmente.
Cela peut provoquer :
baisse de la fiscalité → hausse de la demande de logements → hausse des prix immobiliers → captation d’une partie du gain fiscal par les propriétaires.
Le Sénat, citant les travaux de l’IPP et de la Cour des comptes, relève précisément que les gains de la réforme ont été en partie captés par les propriétaires à travers la hausse des prix immobiliers et des loyers.
C’est un phénomène classique d’incidence fiscale : celui qui bénéficie juridiquement de la baisse d’impôt n’est pas nécessairement celui qui en conserve économiquement 100 %.
4. Le précédent est instructif pour l’impôt sur le revenu
Une baisse de l’IR est différente de la taxe d’habitation.
La taxe d’habitation concernait un actif immobilier et un territoire déterminé.
L’IR porte directement sur le revenu.
Par conséquent, une baisse de l’IR peut produire plusieurs effets :
Effet 1 — pouvoir d’achat
Le ménage conserve davantage de revenu disponible.
Effet 2 — consommation
Une partie est dépensée, ce qui augmente la demande.
Effet 3 — épargne
Une autre partie peut être épargnée ou investie.
Effet 4 — offre de travail
Si la baisse est concentrée sur les revenus du travail, elle peut modifier l’arbitrage entre travail supplémentaire et temps libre.
Effet 5 — recettes fiscales
Une partie du coût budgétaire peut théoriquement être récupérée par davantage d’activité, de consommation ou d’investissement.
Mais il ne faut surtout pas confondre ce dernier effet avec un autofinancement.
5. Le problème actuel est beaucoup plus grave qu’en 2018-2019
Le contexte 2026 change complètement l’analyse.
En 2019, Édouard Philippe pouvait annoncer une baisse de 5 Md€ de l’IR tout en lançant parallèlement la suppression progressive de la taxe d’habitation. La baisse de la première tranche de 14 % à 11 % représentait environ 5 Md€ par an.
Mais le contexte budgétaire actuel est radicalement différent.
Pour 2027, le gouvernement prévoit déjà une hausse de 5,7 Md€ des recettes d’IR par rapport à 2026, tandis que les recettes fiscales nettes de l’État progresseraient de 18 Md€.
Autrement dit, si Édouard Philippe propose maintenant une baisse importante de l’IR, il faut poser immédiatement quatre questions :
Combien ?
Pour qui ?
Financée par quoi ?
Avec quelle baisse de dépenses ?
C’est cette dernière question qui permet de distinguer une réforme fiscale structurelle d’un simple déficit supplémentaire.
6. Le piège de la « baisse d’impôt » immédiate qui augmente la dette demain
moins d’impôt aujourd’hui → davantage de dette demain, si il n’y a pas d’économies, pas d’effets dynamiques ( en recettes, croissance…) …
Et c’est précisément le risque dans le contexte français actuel.
7. Il y a même un paradoxe politique majeur
La suppression de la taxe d’habitation avait été présentée comme une simplification et une restitution de pouvoir d’achat.
Mais elle a simultanément :
- réduit une ressource fiscale directement identifiée ;
- augmenté les mécanismes de compensation ;
- accru le rôle de l’État dans le financement local ;
- rendu le système plus complexe ;
- déplacé une partie du financement vers la TVA et donc vers la fiscalité nationale ;
- contribué à éloigner le citoyen du lien entre impôt et dépense locale.
Cela donne une leçon importante pour le projet Philippe :
une baisse d’impôt n’est pas nécessairement une réduction du coût de l’État.
Elle peut simplement être une modification de la tuyauterie fiscale.
8. Le vrai test de la proposition Philippe
À mon sens, il faut donc analyser l’article de L’Opinion non pas seulement sous l’angle « combien les Français gagneraient-ils ? », mais avec cette équation :
**Baisse d’IR annoncée
− économies structurelles réellement documentées
- nouvelles recettes éventuelles
- croissance supplémentaire réellement attribuable à la réforme
= impact sur le déficit et la dette.**
Et il faut ajouter un deuxième indicateur :
qui bénéficie de la baisse ?
Car une baisse uniforme du barème, une baisse ciblée sur les classes moyennes, une baisse sur les revenus du travail ou une augmentation de la décote n’ont absolument pas les mêmes effets économiques et budgétaires.
C’est d’ailleurs une différence importante avec 2019 : la réforme de la première tranche avait été conçue pour cibler principalement les contribuables modestes et intermédiaires imposés à cette tranche ; les contribuables des tranches à 41 % et 45 % n’en bénéficiaient pas.
CONCLUSION
Le précédent de la taxe d’habitation conduit donc à une conclusion prudente : le chiffre de la baisse fiscale est beaucoup moins important que son financement et que la réorganisation induite du système fiscal.
Si l’objectif d’Édouard Philippe est aujourd’hui une baisse massive de l’IR, le point décisif sera donc de savoir si elle est financée par 54 Md€ d’économies structurelles annoncées pour 2027, par des économies supplémentaires, par des hausses d’autres impôts — ou par davantage de déficit.