
Son ascension éclair auprès de Macron démontre-t-elle une expérience suffisamment diversifiée et éprouvée pour exercer les responsabilités stratégiques qui lui sont confiées ?
DES dispositions budgétaires concernant les familles ont été vertement critiquées par Fabien Mandon, chef d’état-major des armées – sortant totalement de son rôle et de ses obligations de neutralité et de réserve – lors d’une intervention en commission à l’Assemblée nationale.
Il est légitime de s’interroger sur ce qui motive cela et sur ce qui dans sa carrière explique une telle « sortie de route » politique pour un haut responsable militaire.
Il est légitime de s’interroger sur :
– une ascension extrêmement rapide – en particulier auprès de Macron en 10 ans –
– une expérience dont la réalité opérationnelle et managériale n’est pas documentée ( mission brèves ) et de ce fait
– une question sur sa maturité au commandement et à l’exercice des plus hautes fonctions militaires
1. Le parcours du général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, est en effet marqué par l’extrême la rapidité de son ascension,
une expérience opérationnelle limitée et une absence de pratique de haut niveau de management et de commandement qui ne lui confère pas une maturité réellement démontrée
L’accès aux plus hautes responsabilités ne dispense pas d’examiner les postes effectivement occupés, la durée passée à chaque niveau de commandement et la nature des expériences acquises. De ce point de vue la communication officielle se limite principalement à évoquer la fameuse liste 144 missions dites « de guerre ». En réalité les actions sensibles de terrain apparaissent très limitées.
Son expérience documentée ne révèle pas un commandement opérationnel de grande formation interarmées comme celle de Pierre de Villiers en Afghanistan.
Son parcours démontre-t-il une expérience suffisamment diversifiée et éprouvée pour exercer les responsabilités stratégiques qui lui sont confiées ?
2. Une chronologie des fonctions qui révèle une accélération très nette
Les dates officielles du ministère des Armées permettent de reconstituer son parcours.
Année Âge approximatif Fonction ou étape
1990 20-21 ans Entrée à l’École de l’Air
1994 24-25 ans Pilote de chasse sur Mirage F1
1999 29-30 ans Commandement d’une escadrille
2005-2008 35-38 ans Commandement d’un escadron de chasse
2012-2014 42-44 ans Commandement de la base aérienne d’Avord, à vocation nucléaire
2017-2018 47-49 ans Fonction auprès du chef d’état-major particulier du président, puis général de brigade aérienne
2020 50-51 ans Chef du cabinet militaire du ministre des Armées
Mai 2023 53 ans Chef de l’état-major particulier du président de la République ; général d’armée aérienne
Septembre 2025 55 ans Chef d’état-major des armées
Le point marquant est la séquence 2017-2025. En huit ans, il passe d’une fonction d’adjoint militaire à l’Élysée à la tête de l’ensemble des armées françaises. Il accède au rang de général d’armée aérienne en mai 2023, puis devient CEMA deux ans plus tard.
Cette accélération est un fait chronologique indéniable. Elle s’est faite en dehors de toute activité professionnelle de commandement opérationnel.
3. Entre 2014 et 2017 : une zone peu documentée
le général Fabien Mandon a principalement exercé des fonctions de formation supérieure, puis de relations internationales au ministère de la Défense. Il n’était pas en commandement opérationnel sur un théâtre de guerre pendant cette période, d’après sa biographie officielle.
2014 Auditeur ( hors activité et en formation) du Centre des hautes études militaires (CHEM) et de l’IHEDN (Formation stratégique)
2015 – juin 2017 Affecté – sans responsabilité managériale ou opérationnelle – à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) Relations internationales, politique de défense et stratégie
2015 – juin 2017 Suivi des relations avec l’Amérique du Nord, l’Europe et la Russie ; préparation des positions françaises à l’OTAN, à l’UE et à l’ONU Diplomatie de défense et négociation stratégique
1er juillet 2017, c’est le début d’une ascension politique éclair. Nommé à l’état-major particulier du président de la République, comme « adjoint air » Conseil militaire auprès de l’exécutif.
Entre 2014 et 2017 sa biographie ne mentionne ni commandement d’une unité engagée en opérations ni nouvelle campagne de combat. En juillet 2017 commence son passage dans l’entourage militaire direct du président, qui le conduira ensuite à des fonctions nationales de plus en plus élevées.
4. Une progression exclusivement politique de 2014 à 2026
Le passage de Mandon par le cabinet militaire du ministre, puis par l’état-major particulier du président, est central dans sa progression. Cette succession de fonctions stratégiques et politiques constitue une caractéristique majeure de sa carrière.
5. Chronologie des grades : 10 années de promotion accélérée au sein du Palais de l’Elysée
1990 20-21 ans Entrée à l’École de l’Air
1994 24 ans Breveté pilote de chasse
1996 26 ans Capitaine
1999 29 ans Commandement d’une escadrille
2001 31 ans Commandant
2005 35 ans Lieutenant-colonel
2009 39 ans Colonel
Juin 2018 48 ans Général de brigade aérienne
1er septembre 2020 50 ans Général de division aérienne
1er septembre 2021 51 ans Général de corps aérien
1er mai 2023 53 ans Général d’armée aérienne
1er septembre 2025 55 ans Chef d’état-major des armées
6. Une expérience peu opérationnelle ou managériale
Son expérience initiale est celle d’un aviateur. Elle ne signifie pas qu’il ait personnellement commandé, sur le terrain, de grandes formations interarmées terrestres, navales et aériennes. Son parcours au sommet est ensuite largement constitué de fonctions d’état-major et de conseil politique et militaire.
Cela ne le disqualifie pas : le CEMA n’est pas un commandant de corps d’armée sur le terrain. Il doit coordonner les armées, conseiller le gouvernement et assurer la cohérence de la stratégie militaire. Mais cela pose une question légitime sur la profondeur de son expérience du commandement interarmées et sur sa capacité à arbitrer entre des cultures militaires différentes.
7. Dés déclarations et discours marqués par une forme d’improvisation et de maladresse
Outre la récente prise de parole déconnectée – et « puérile » selon certains observateurs – devant le Parlement, on se souviendra des discours qualifiés de « va t en guerre « qu’il a porté en particulier en évoquant le sacrifice de « nos enfants « qui selon lui doit être accepté. Également de la pression qu’il a exercé sur les parlementaires pour le vote de crédits militaires.
Alors que le Budget 2027 met tous les ministères à la diète ( certes relative ) les Armées vont bénéficier d’une augmentation substantielle des crédits, Mandon n’est pas gêné de critiquer une disposition proposée par l’exécutif – dont il fait partie – et qui consiste à revoir certaines modalités fiscales en faveur des familles.
Pourquoi ces mesures seraient elles plus injustes – et surtout inacceptables – pour les militaires ? Argument étonnant : ils ont beaucoup d’enfants.
Lil s’agit de la suppression de la majoration de pension dont disposent les pères de famille nombreuse et son remplacement par un forfait.
Ces dispositions ont été vertement critiqués ce jeudi par Fabien Mandon, chef d’état-major des armées – sortant totalement de son rôle et de ses obligations de neutralité et de réserve – lors d’une intervention en commission à l’Assemblée nationale.
7 bis. Deux sujets d’actualité méritent d’être distingués : les propos sur le coût humain d’un conflit avec la Russie et ses déclarations du 8 octobre 2026 sur le programme de char franco-allemand MGCS.
A. « Accepter de perdre ses enfants »
Lors du Congrès des maires, le 18 novembre 2025, le général Mandon a déclaré que la France devait se préparer à un possible affrontement avec la Russie et accepter l’éventualité de pertes humaines, y compris parmi ses enfants. Cette intervention a suscité une controverse sur la manière dont un chef militaire doit s’adresser à la population.
Le gouvernement a défendu la légitimité de cette prise de parole : le CEMA doit exposer les risques stratégiques et préparer la nation à leurs conséquences. La controverse porte donc aussi sur le ton, le contexte et la responsabilité de celui qui formule cet avertissement.
B. Le programme de char franco-allemand : une déclaration contredite par Berlin
Le 8 octobre 2026, lors de son audition devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale sur le budget militaire 2027, Mandon déclare que les Allemands ont décidé de quitter le programme MGCS (Main Ground Combat System), destiné à succéder au Leclerc français et au Leopard 2 allemand.
Le lendemain, Berlin dément avoir abandonné le programme. Le ministère allemand de la Défense affirme que la coopération a été réaménagée, mais qu’elle se poursuit. Le ministère français des Armées publie également une clarification au nom du général : le programme continue, avec un recentrage sur la connectivité, le combat collaboratif, l’automatisation et la robotisation.
Cette séquence est particulièrement notable pour trois raisons :
La portée de l’annonce. Un retrait allemand aurait constitué un changement majeur dans la coopération industrielle et stratégique franco-allemande.
Le niveau de responsabilité de l’orateur. Le chef d’état-major des armées s’exprime sur un dossier stratégique devant les députés, dans un contexte diplomatique sensible.
La rectification rapide. La déclaration initiale est suivie d’une clarification qui ne confirme pas l’abandon du programme.
Il faut toutefois distinguer :
– une erreur de formulation,
– une information inexacte et
– une divergence réelle sur l’avenir du programme.
– une decridibilisation de la coopération franco-allemande
Les sources disponibles établissent la contradiction publique et la clarification ; elles ne permettent pas de déterminer ce que Mandon etait autorisé à dire par Macron.
8. Une ascension principalement politique due à la proximité avec Macron à laquelle il n’est pas préparé par son parcours
Le général Mandon a exercé plusieurs fonctions de très haut niveau au contact direct du pouvoir politique. Son passage à l’Élysée a notamment été marqué par des tensions rapportées avec la cellule diplomatique présidentielle, autour du périmètre de leurs compétences.
Une progression rapide dans les postes de conseil au sommet peut favoriser une connaissance des circuits de décision politique sans procurer nécessairement la même expérience qu’un commandement opérationnel prolongé. Les tensions institutionnelles rapportées peuvent alimenter une interrogation sur sa manière d’exercer l’autorité et de gérer les frontières entre fonctions.
Les éléments publics examinés ne suffisent pas à établir un défaut de maturité personnelle, une incapacité à commander ou une insuffisance stratégique.
Il est légitime de se demander si la combinaison de son expérience opérationnelle, de son parcours interarmées et de ses fonctions auprès du président l’a suffisamment préparé à diriger les armées dans une période de risque de conflit majeur.
Une interrogation institutionnelle: la sélection du chef militaire suprême privilégie-t-elle suffisamment l’expérience du commandement et la capacité de contradiction, ou accorde-t-elle une place excessive à la confiance personnelle de l’exécutif ?
1. ARTICLE – Budget 2027 : Matignon met tous les ministères à la diète… sauf les Armées
– Le gouvernement veut présenter un budget « de sauvegarde républicaine », qui diminue les moyens de presque tous les ministères pour réduire le déficit public et donner au prochain président « des marges de manœuvre »
L’examen du budget de la Sécurité sociale n’a pas commencé au Parlement, mais les mesures qu’il contient inquiètent déjà ceux qui sont visés par les économies, malades et retraités en tête. Mais il y en a que l’exécutif n’a peut-être pas vu venir, à savoir les militaires. La suppression de la majoration de pension dont disposent les pères de famille nombreuse et son remplacement par un forfait ont été vertement critiqués ce jeudi par Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, lors d’une intervention en commission à l’Assemblée nationale.
Expliquant vouloir lutter contre les inégalités de genre, le gouvernement prévoit de créer un montant forfaitaire unique à la place de la majoration actuelle, laquelle permet une hausse de 10 % du montant de la pension de retraite du parent à partir du troisième enfant, et de 5 % par enfant supplémentaire. Fabien Mandon craint ainsi des « conséquences désastreuses ».
De nombreux officiers et sous-officiers concernés
Si la mesure est appliquée, « l’écart de pension serait de l’ordre de 10 à 15 % »pour certains profils, chiffre le militaire, qui craint que cela ne « crée les conditions d’un départ massif de ceux qui sont la tête et la colonne vertébrale des armées », de nombreux officiers et sous-officiers ayant au moins trois enfants.
« Perdre ces cadres dans un moment où on a besoin de défense et que notre pays concentre des efforts immenses pour la protection de ses intérêts , je ne comprends pas », déplore Fabien Mandon. « Je m’en remets à la sagesse du gouvernement et du Parlement pour écarter cette mesure. » …
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2. ARTICLE – « Conséquences désastreuses » : la colère inattendue du chef d’état-major des armées contre le budget
Le chef d’état-major des Armées a alerté, en Commission défense, contre un nouveau mode de calcul des pensions de militaires ayant eu trois enfants ou plus. Il dit craindre une vague de départs d’officiers
Publié le 9 octobre 2026 Clément Daniez L’OPINION
Dans son expression publique, le chef d’état-major des armées (CEMA), Fabien Mandon, ne se départit jamais d’une certaine placidité. Pour autant, sa colère froide était bien palpable, à un certain moment de son audition à la Commission de défense de l’Assemblée nationale, ce jeudi.
La raison de son exaspération ? L’article 34 du projet de loi de finance de la sécurité sociale (PLFSS) 2027. Les modifications qu’il apporte ne concernent pas que les militaires, mais elles suscitent un grand émoi parmi les officiers français. Ceux-ci sont très remontés. Et plus particulièrement ceux dont les familles comptent trois enfants ou plus….
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