
ENQUÊTE SUR PLUS DE 3000 PROFESSEURS TENUS ÉLOIGNÉS DES ÉLÈVES (ET RÉMUNÉRÉS)
La question essentielle est de savoir ce que recouvre exactement l’expression « 3 000 professeurs affectés dans les établissements mais non affectés », employée par le ministre de l’Éducation nationale.
Il faut distinguer trois situations très différentes :
Des enseignants sans classe ni service d’enseignement attribué, alors qu’ils sont rattachés à un établissement.
Des enseignants en attente d’affectation, par exemple après une mutation, une suppression de poste ou une réorganisation.
Des enseignants – cas certainement rarissimes puisqu’ils sont bien dédiés aux remplacements – qui travailleraient sur d’autres « missions »
Un fonctionnaire titulaire – le cas pour les 3000 – continue normalement d’être rémunéré, même lorsqu’il n’a pas de classe attitrée.
DES CLASSES SANS PROFESSEUR- DES PROFESSEURS SANS ÉLÈVES
1. Où étaient ces 3 024 professeurs ?
Selon les précisions publiées les 9 et 10 octobre 2026, il s’agit principalement de TZR : titulaires sur zone de remplacement. Ce sont des fonctionnaires recrutés par concours, affectés à une zone géographique plutôt qu’à un poste fixe dans un établissement.
Ils n’étaient donc pas nécessairement réunis dans un établissement à attendre. Ils étaient répartis dans leurs académies et rattachés administrativement à un établissement de référence. Ils pouvaient être chez eux et attendre.
2. Étaient-ils payés ?
Oui. Il s’agit de fonctionnaires titulaires, rémunérés même lorsqu’ils ne sont pas momentanément devant des élèves. C’est précisément ce qui rend cette annonce surréaliste.
Mais il faut être rigoureux : « ne pas être devant des élèves » ne signifie pas automatiquement « ne rien faire ». Un TZR peut se tenir disponible pour un remplacement; est-ce une activité ?
3. Pourquoi n’étaient-ils pas déjà utilisés ?
Le ministre Édouard Geffray a expliqué que l’Éducation nationale savait jusqu’alors mal affecter ces personnels. Il a annoncé leur mobilisation dans les lycées les plus en difficulté, notamment 114 lycées classés en situation critique et environ 400 autres prioritaires.
Le problème soulevé est donc celui de la gestion des ressources humaines : comment des milliers d’enseignants remplaçants peuvent-ils être disponibles alors que des élèves connaissent des absences prolongées de professeurs ?
Il faut toutefois distinguer deux choses : l’existence d’enseignants sans remplacement en cours à un instant donné et l’existence de 3 024 enseignants réellement disponibles, immédiatement, pour répondre aux besoins de tous les établissements. Les chiffres publiés ne suffisent pas à établir que chaque enseignant pouvait être affecté sans délai, dans la bonne matière et au bon endroit.
4. Quel est le coût pour les finances publiques ?
Le coût exact ne peut pas être calculé sans connaître les grades, les échelons et les situations individuelles. À titre d’ordre de grandeur, si l’on retient une rémunération chargée moyenne hypothétique de 3 500 à 4 500 € par mois et par enseignant :
Calcul indicatif Montant
Coût mensuel pour 3 024 enseignants 10,6 à 13,6 M€
Coût annuel si la situation persistait 12 mois
Ces chiffres sont des simulations, et non une estimation officielle de la dépense réelle. Les salaires étaient déjà inscrits au budget : leur redéploiement ne constitue donc pas une économie nouvelle. Il vise à mieux utiliser une dépense existante.
La question reste celle-ci : combien de ces 3 024 enseignants étaient réellement sans aucune mission, depuis combien de temps, et pourquoi les rectorats ne les avaient-ils pas affectés plus tôt alors que des élèves manquaient de professeurs ?
Pour répondre complètement, il faudrait obtenir du ministère la répartition par académie, matière, durée sans affectation et date de prise de poste effective. Les informations publiques consultées ne permettent pas encore de reconstituer ces quatre données pour l’ensemble des 3 024 enseignants.
SUR 10000 PROFESSEURS DÉDIÉS AUX REMPLACEMENT, 3000 SANS ACTIVITÉ
Avant cette opération, l’Éducation nationale comptait environ 10 000 enseignants remplaçants TZR au total.
Selon les informations publiées les 9 et 10 octobre 2026 :
Environ 7 000 étaient déjà affectés.
3 024 n’étaient pas encore affectés devant des élèves.
Ces 3 024 enseignants étaient rémunérés, selon les informations rapportées par RTL et Europe 1.
Attention : les 7 000 constituent un ordre de grandeur obtenu par différence, pas un décompte officiel précis.
Le point essentiel est que ces 3 024 enseignants ne représentent pas nécessairement 3 024 postes totalement inutilisés : les TZR constituent aussi une réserve nécessaire pour remplacer les absences imprévues au cours de l’année scolaire. Le ministre a néanmoins reconnu que certains auraient pu être affectés seulement plusieurs semaines plus tard.