
ÉMISSION – Entrer dans l’univers poétique de Louise Glück (1943-2023)
Jeudi 28 mai 2026 FRANCE CULTURE
Entre mythologie grecque et scènes du quotidien, Louise Glück n’a cessé d’explorer l’intime. Marie Olivier lui consacre un essai lumineux et signe une nouvelle traduction de « Vita Nova ». Elle est notre invitée aux cotés de l’éditrice Alice Nez.
Avec
- Marie OlivierMaîtresse de conférences en littérature américaine à l’Université Paris-Est Créteil
- Alice Nezéditrice
« La vie nouvelle » ou « Vita Nova », Louise Glück, prix Nobel de poésie, née en 1943 et morte en 2023, l’emprunte à Dante pour titrer son recueil de poèmes paru en 1999 aux États-Unis et qui paraît dans une édition Bilingue chez Gallimard. On y lit, parfois masquée de mythologie gréco-latine, la fin d’un amour, l’incendie, la perte, et ce qui suit tout aussi brûlant : le désir de vivre. Marie Olivier qui traduit sa poésie et y consacre un très bel essai, parle d’une exploration de la « béance radicale » présente en chacun de nous, par des moyens apparemment très simples, très matériels, et l’utilisation d’un « je » qui se détache de la circonstance biographique.
Louise Glück : une « Vita Nova » entre perte et renaissance
« C’est un titre qui est emprunté à une œuvre de Dante […] et cette ambivalence, en fait, que dit Vita Nova, c’est l’élan vital qui est inscrit au sein même de la mort. » Pour les invitées, le recueil de Louise Glück s’inscrit d’emblée dans une tension fondatrice : « la perte est l’un des aspects fondamentaux de l’œuvre », mais elle dépasse toute lecture strictement biographique, car « c’est une expérience proprement humaine et qui est fondatrice« . Dans cette poésie, « ce qui constitue la vie humaine […] c’est notre finitude« , et c’est précisément de cette conscience qu’« émerge véritablement un chant, une forme de grande beauté ». La « vie nouvelle » n’est donc pas une renaissance naïve : « le printemps […] revient […] comme un messager de la mort, et pourtant […] c’est encore le printemps« . De cette oscillation naît une écriture où « le désir naît de la destruction » et où « on n’est jamais dans le pathos ». Comme le résume l’une des intervenantes, la poésie n’efface pas la perte, elle apprend à vivre avec elle.
À écouter
Critique poésie : « Vita Nova » de Louise Glück, formidable recueil du renouveau
Une poésie des masques et de la transformation
Pour comprendre ce mouvement, les invitées insistent sur les procédés d’écriture : « elle s’en sert pour justement les utiliser comme des masques […] pour leur donner une voix », notamment à travers les figures mythologiques. Ces figures ne racontent pas une histoire : « c’est pour raconter les émotions […] l’absence […] la perte de l’être aimé« , tout en permettant « à la fois de donner une réalité à l’expérience […] et en même temps de détacher cette expérience du seul corps« . Le « je » n’est jamais autobiographique : « ce n’est pas Louise Glück qui parle […] c’est la voix du poème« , une voix qui « permet justement cette projection du lecteur« . Ainsi, la poésie devient un espace de transformation : « c’est à travers son travail de poète sur les mots que tous les aspects de l’existence […] sont transformés« . Cette dynamique traverse tout le recueil : « on a un peu une évolution […] de la renaissance […] à quelque chose […] dans l’extinction« , mais toujours portée par un mouvement intérieur — « un phénomène de croissance jusqu’à la mort« — où « le moment présent du chant » fait tenir ensemble répétition et renouveau.