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INCAPABLE DE STABILISER LES DÉPENSES PUBLIQUES FRANÇAISES, MACRON/LECORNU RÉCLAMENT UNE TRÈS FORTE HAUSSE DES DÉPENSES ET DE LA DETTE DE L’UNION EUROPÉENNE

1. MACRON EXIGE UNE HAUSSE MASSIVE DES DÉPENSES ET DE LA DETTE EUROPÉENNES… QUE LES PAYS DEVRONT PAYER DEMAIN

Macron défend à la fois une hausse des dépenses européennes et le recours à de nouveaux emprunts communs.

La France ne se range pas parmi les pays qui souhaitent limiter le budget européen.

Deux déclarations officielles permettent de le vérifier.

1. En juin 2026 : Macron assume la hausse du budget

Lors de sa conférence de presse à l’issue du Conseil européen des 18 et 19 juin 2026, le président français a déclaré que l’Europe devait investir davantage et que la France voulait que le budget commun finance à la fois les politiques traditionnelles — agriculture, pêche, cohésion — et les nouvelles priorités : défense, espace, intelligence artificielle, technologies quantiques et technologies propres.

Il a explicitement affirmé que cette augmentation, correspondant à la proposition de la Commission, devait être assumée.

2. En février puis en avril 2026 : Macron réclame une dette européenne commune

Le 10 février 2026, dans un entretien accordé à plusieurs journaux européens, il a défendu la création d’une capacité d’emprunt commune, par des euro-obligations, pour financer des investissements stratégiques.

Le 25 avril 2026, en Grèce, il a précisé sa position : il se disait favorable à de nouvelles ressources propres européennes, tout en plaidant pour deux possibilités complémentaires :

– étaler et refinancer la dette contractée pendant la pandémie de Covid-19, plutôt que d’en concentrer le remboursement à partir de 2028

– émettre de nouvelles dettes européennes pour des dépenses d’intérêt commun, notamment la défense, le spatial et l’intelligence artificielle.

3. La position de Macron face aux six pays opposés à une forte hausse

Position de Macron // Position des six contributeurs restrictifs

Budget européen 2028-2034 Assume une augmentation // Demandent des coupes de plusieurs centaines de milliards

Investissements européens supplémentaires // Priorités à financer, mais dans une enveloppe plus limitée

Contributions nationales Ne souhaite pas faire reposer la hausse uniquement sur elles // Veulent limiter la facture nationale

Nouvelles recettes européennes Favorable à leur examen // Réticence à de nouvelles ressources fiscales

Défend de nouveaux eurobonds // Opposition particulièrement forte de l’Allemagne et des pays les plus orthodoxes budgétairement

4. Le point essentiel : emprunter au niveau européen pèsera sur les États et les contribuables européens

Il faut distinguer trois mécanismes.

Hausse du budget européen : davantage de dépenses financées par les recettes et contributions du budget de l’UE.

Emprunt commun : l’Union lève des fonds sur les marchés pour financer certaines dépenses ou certains programmes. La dette doit ensuite être remboursée.

Refinancement ou étalement de la dette Covid : on modifie le calendrier de remboursement ; on ne supprime pas la dette.

La position de Macron consiste à soutenir des investissements européens supplémentaires sans faire porter tout leur financement sur les contributions nationales immédiates. Mais cela ne fait pas disparaître le coût : selon les modalités retenues, il est supporté par les futurs budgets européens, donc les états membres.

2. Le débat sur le budget de l’Union européenne

porte sur une question centrale : faut-il augmenter fortement les moyens de l’UE pour financer de nouvelles priorités, ou maintenir la contribution des États à un niveau maîtrisé, compte tenu de leurs propres déficits et de leur dette ?

1. Quelle hausse est proposée ?

Le budget concerné est le cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034, qui fixe les grandes enveloppes de dépenses européennes sur sept ans.

Proposition initiale de la Commission européenne — juillet 2025

Près de 2 000 milliards d’euros

Sur sept ans, en prix courants

Hausse nominale

+59 %

Par rapport à 2021-2027

Hausse en prix constants

+39 %

Après correction de l’inflation

Part du revenu national brut de l’UE

1,26 %

Contre 1,13 % pour le cadre actuel

Contributions nationales annuelles

+81 %

En prix courants, selon la Cour des comptes européenne

Sources : Les comparaisons en prix courants et en prix constants ne sont pas interchangeables.

Attention : la hausse de 59 % ne signifie pas que les dépenses européennes augmenteraient de 59 % en volume réel. En neutralisant l’inflation, la hausse annoncée est de 39 %. De plus, le budget comprend notamment le remboursement des emprunts de NextGenerationEU, qui pèse sur les enveloppes disponibles.

Le compromis discuté en octobre 2026

La présidence irlandaise du Conseil de l’UE a proposé de ramener le budget à environ 1 620 milliards d’euros, soit une baisse de 141 milliards par rapport à la proposition initiale, mais encore 30 % de plus que le cadre 2021-2027.

Budget actuel 2021-2027 ≈ 1 246 Md€

Compromis irlandais 1 620 Md€

Proposition initiale de la Commission ≈ 1 761 Md€ aux prix de référence 2025

Ordres de grandeur. Le budget actuel est exprimé ici en prix courants, tandis que les montants de référence de la proposition initiale doivent être harmonisés pour une comparaison rigoureuse. Le compromis irlandais est annoncé à environ 1 620 Md€.

La négociation ne porte donc pas seulement sur le montant : elle oppose aussi les pays qui veulent protéger la PAC et les fonds régionaux à ceux qui veulent concentrer les dépenses sur la défense, la compétitivité et les nouvelles priorités européennes.

2. Quels pays sont favorables ou opposés à la hausse ?

La division est nette, mais elle ne se résume pas à « pays riches contre pays pauvres ». Certains États veulent un budget globalement plus faible tout en augmentant les dépenses de défense ou d’innovation ; d’autres défendent avant tout les aides agricoles et les fonds régionaux.

A. Les pays qui réclament un budget plus limité

Allemagne

Elle réclame une réduction substantielle du projet de la Commission et une réorientation vers les priorités stratégiques. Elle considère que le budget proposé est trop coûteux pour les États contributeurs.

Suède

Elle juge le compromis irlandais encore trop élevé. Elle souligne notamment que sa contribution nationale pourrait augmenter d’environ 60 % avec ce compromis.

Pays-Bas

Ils soutiennent une réduction importante des dépenses et contestent le niveau global du budget.

Danemark

Il figure parmi les six États qui réclament collectivement des coupes de plusieurs centaines de milliards d’euros.

Autriche

Elle appartient au groupe des contributeurs qui demandent une maîtrise plus stricte des dépenses.

Finlande

Elle soutient également les demandes de réduction du budget et de priorisation des dépenses européennes.

Ces six pays ont coordonné leur opposition au projet initial. Ils représentent environ 40 % des recettes du budget européen selon le Financial Times. Leur position est donc déterminante pour parvenir à un accord.

B. Les pays qui défendent davantage les dépenses traditionnelles

Un groupe de 17 États, désigné comme les « amis de la cohésion », défend le maintien ou l’augmentation des financements agricoles et régionaux. La déclaration espagnole du 12 octobre 2026 confirme la participation des pays suivants :

Espagne Italie

Pologne Portugal

Roumanie Grèce

Hongrie Tchéquie

Bulgarie Croatie

Slovaquie Slovénie

Lituanie Lettonie

Estonie Chypre

Malte

Leurs priorités sont notamment :

préserver les aides agricoles de la PAC ;

protéger les fonds de cohésion qui financent les régions et les infrastructures ;

éviter que les nouvelles dépenses de défense et de compétitivité soient financées par des coupes trop importantes dans ces politiques ;

envisager de nouvelles ressources européennes et, pour certains, des instruments d’endettement commun.

Il faut noter que ces États ne défendent pas tous exactement le même niveau de budget. Ils sont d’abord unis par la défense des politiques traditionnelles.

C. La position hypocrite de la France

La France est dans une situation ambiguë car elle essaie de masquer sa volonté de faire croître substantiellement les dépenses européennes. .

Elle figure parmi les contributeurs nets au budget européen, mais elle défend également fortement la PAC, dont elle est l’un des principaux bénéficiaires. Le 12 octobre, elle a participé à la réunion des « amis de la cohésion » organisée par l’Espagne.

La France doit donc arbitrer entre deux intérêts :

limiter sa contribution nationale, dans un contexte de dette et de déficit publics élevés ;

préserver les financements européens qui reviennent à ses agriculteurs, à ses territoires et à ses programmes.

3. Qui peut imposer sa position ?

Le budget pluriannuel nécessite l’unanimité des 27 États membres au Conseil, ainsi que l’approbation du Parlement européen. Aucun des deux camps ne peut donc imposer seul son projet.

Le compromis irlandais cherche à rapprocher les positions : il réduit de 141 milliards d’euros la proposition initiale, mais conserve une hausse de 30 % par rapport au cadre actuel.

Le point décisif est le financement de cette hausse. Le compromis envisage environ 55 milliards d’euros de nouvelles recettes provenant notamment des droits de douane, des quotas d’émissions et de contributions d’entreprises. Les États qui refusent de nouveaux prélèvements européens contestent ainsi non seulement le montant des dépenses, mais également le transfert de pouvoir fiscal vers Bruxelles.

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