
METAHODOS, ANTI THINK TANK ?
METAHODOS est le projet de femmes et d’hommes « souffrant » des impuissances et dérives de l’action publique, du sens commun, du bien commun…
Il s’est construit sans structure juridique, sans budget. Très lu ( plus de 112000 lecteurs ) par les citoyens, les politiques, les médias, les Think Tank « officiels « . Ceux ci sont rarement indépendants, liés à des partis, à des idéologies.
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ÉMISSION – Présidentielle 2027 : quand les think tanks fabriquent l’opinion
Publié le vendredi 9 octobre 2026 France Culture
Venus du monde anglo-saxon, les think tanks foisonnent en France depuis une vingtaine d’années. En amont de l’élection présidentielle de 2027, ces instituts, observatoires et fondations y vont de leurs propositions pour tenter d’orienter les candidats. Quelle influence ont-ils sur l’opinion ?
Avec
- Frédéric SawickiProfesseur de science politique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne
- Marie-Pierre De BailliencourtDirectrice générale de l’Institut Montaigne
- Gilles FinchelsteinSecrétaire général de la fondation Jean Jaurès
- Lucile DESMOULINSMaitre de conférence en Sciences de l’information et de la communication à l’Université de Marne-la-Vallée
Venus du monde anglo-saxon, les think tanks foisonnent en France depuis une vingtaine d’années, sans que l’on ne sache distinguer leur part d’influence ni leur impact sur les politiques publiques. Objet peu ou mal identifié du paysage médiatique, qu’est-ce qu’un think tank ? Quels liens entretiennent-ils avec les partis politiques et les acteurs économiques ? Enfin, comment façonnent-ils l’opinion publique ?
Think tank : un label aux contours flous
“Nous, chercheurs, parlons volontiers d’un label ou d’une terminologie pour définir les think tanks”, pointe Lucile Desmoulins, chercheuse à l’Université Gustave Eiffel. “La définition la plus solide nous vient d’ailleurs du Danemark et d’un chercheur qui s’appelle Jesper Kelstrup qui dit que les think tanks sont des organisations pérennes, tournées vers l’influence politique et qui vont revendiquer une capacité d’amélioration de la décision politique. Mais il ne s’agit jamais que d’une revendication d’indépendance, de qualité, de rigueur, et de scientificité. Chaque organisation peut décider d’utiliser ce label comme il le souhaite”. Une définition qui rappelle avant tout la plasticité de cette appellation aux contours flous. La chercheuse ajoute : “Il y a un vrai enjeu d’image à se faire appeler “think tank”. D’ailleurs, dès la fin des années 1990, sur la brochure de l’IFRI, on avait une double page sur laquelle figurait quatre fois le mot “think tank”.
Directrice de l’Institut Montaine, Marie-Pierre de Bailliencourt précise : “les think tanks ne sont pas un lobby, on n’est pas un représentant d’intérêt. On est dans le monde des idées pour que la réflexion soit la plus solide, la plus intelligente et la plus utile possible”. Un constat que nuance toutefois Lucile Desmoulins : “Il faut regarder le détail de la façon dont les études sont produites au sein de ces présumés think tanks. Si on prend toute certaines publications d’une série d’organisations qui sont des think tanks, on constate qu’elles sont co-signées par des acteurs très variés, riches de leur diversité mais qui sont parfois liées à des intérêts d’entreprise privée, des intérêts de branche”.
Une omniprésence dans les médias français
Depuis une dizaine d’années, les think tanks gagnent en visibilité dans les médias. Des plateaux télévisés aux colonnes de journaux, les rédactions comptent désormais sur les “experts” pour produire de l’information. Réciproquement, la légitimité des think tanks tient pour une large part à la densification de la présence médiatique. Comment s’organise cette interdépendance ? “On est beaucoup plus présents dans les médias qu’on ne l’était il y a dix ou vingt ans”, pointe Gilles Finchelstein, membre fondateur de la Fondation Jean Jaurès. “Si on regarde le nombre de fois où était citée la Fondation Jean-Jaurès dans les médias il y a 15 ans, on est à 350 fois par an. Donc environ une fois par jour. Là, dans les 40 jours écoulés, on a été cité 1200 fois”. Il conclut : “Notre visibilité a explosé, notre production a explosé, mais on reste de toutes petites structures. On fait de l’artisanat, avec des petites équipes et des petits moyens par rapport à nos homologues étrangers”.
Présidentielles 2027 : le rôle des think tanks dans le débat public
En amont des élections présidentielles, les think tanks redoublent d’activité pour tenter d’infléchir le débat public et orienter les propositions des candidats. “Notre rôle est d’être un acteur du débat public”, indique Marie-Pierre de Bailliencourt.“C’est ce qui nous anime, notamment en amont de la présidentielle. Nous avons l’ambition qu’il y ait un débat sur la France que nous voulons, et que ce débat ne se limite pas à des postures politiciennes ou partisanes et des querelles de partis”.
Face à la reconfiguration du système partisan, les think tanks sont-ils devenus les derniers lieux de production d’idées politiques ? “Traditionnellement, dans les partis, on trouvait des syndicalistes, des hauts fonctionnaires, des chercheurs, des intellectuels qui se réunissaient dans les groupes de travail et qui essayaient de collaborer pour faire un bilan de l’état de la société ou d’un problème”,rappelle Frédéric Sawicki. “Et les études montrent qu’aujourd’hui, ces groupes de travail existent surtout sur le papier. Dans les faits, si on prend le Parti Socialiste par exemple, il n’y a plus que 100 secrétaires nationaux. Mais sur ces 100 secrétaires nationaux, très peu de personnes sont actives et très peu peuvent encore mener un travail de réflexion sur le programme (…). Cette situation-là fait que, évidemment, les think tanks sont bien commodes pour faire ce que les partis n’arrivent plus à accomplir”. Le politiste ajoute : “Aujourd’hui, un parti politique va utiliser les différentes notes produites par ces structures, les lire, se tenir au courant, et puis il va faire la synthèse de ça”.
Malgré leurs liens historiques avec certains partis, les think tanks tentent toutefois de maintenir la bonne distance vis-à-vis de la politique partisane. “L’attractivité des structures comme les nôtres tient au fait qu’on est à bonne distance du politique, et même des décideurs en général”, pointe Gilles Finchelstein. “On est suffisamment loin pour être indépendant et suffisamment proche pour espérer être influent.