
Travailler plus : pourquoi et comment ?
PAR BERTRAND MARTINOT – SEPTEMBRE 2026 FONDAPOL
La question de la durée du travail hante notre débat public depuis la mise en place des 35 heures au tournant des années 2000. Pour certains, cette réforme serait la cause de tous nos maux et il faudrait la supprimer une bonne fois pour toutes, sans que l’on explique comment on procèderait concrètement. Pour d’autres, la question n’est pas ou plus d’actualité et l’insuffisance de travail dont souffre l’économie française pourrait se résorber par la seule hausse de la proportion de personnes occupant un emploi (hausse du taux d’emploi) sans toucher au temps de travail des personnes déjà en emploi.
Cette note fait tout d’abord un point statistique approfondi sur la question et rappelle le positionnement de la France en termes de durée du travail des personnes en emploi, en se concentrant sur les salariés à temps complet. C’est, en effet, dans cette catégorie que notre pays souffre d’un écart significatif avec ses voisins européens (et l’ensemble des pays européens avec les États-Unis).
Elle montre que nous sommes confrontés à un exercice délicat qui consiste à concilier la nécessité collective d’accroître la quantité de travail et l’indispensable liberté qui doit être laissée aux entreprises de choisir le temps de travail et les modalités de son organisation qui leur conviennent le mieux.
Elle formule ensuite neuf propositions concrètes. Une première série consiste à déverrouiller les obstacles réglementaires qui subsistent à l’accroissement du temps de travail. Une seconde série vise à diminuer fortement le surcoût pour l’employeur qui aujourd’hui pèse sur le travail supplémentaire (jours ou heures) qui est un frein essentiel à la hausse du temps de travail.
Les troisième et quatrième séries simulent l’impact sur le pouvoir d’achat des salariés, le PIB et les finances publiques dans l’hypothèse où ces mesures conduiraient à un alignement de la durée du travail des salariés français à temps complet sur celle des Allemands tous secteurs confondus (public comme privé). Cet exercice montre que ce mouvement aurait un impact économique du même ordre de grandeur que celui qui résulterait d’une convergence du taux d’emploi vers celui de l’Allemagne, objectif extrêmement souhaitable par ailleurs.
Il est clair, cependant, que ces mesures doivent être considérées comme un expédient de court et moyen terme pour enrayer notre décrochage économique et accroître le pouvoir d’achat des salariés. Elles ne sauraient se substituer à des réformes sur le plus long terme, susceptibles de replacer notre pays sur un sentier de croissance de productivité horaire (réindustrialisation, effort d’investissement en R&D, éducation et formation, politique énergétique, réforme de l’action publique, redressement des comptes publics…).
Bertrand Martinot est économiste et essayiste, expert associé à l’Institut Montaigne sur les questions sociales et ancien conseiller social à l’Élysée (2007-2008).