
En finir avec le présidentialisme
PourvBastien François le blocage politique français vient d’un scrutin qui ne reflète plus le pays.
Le majoritaire étouffe une société tripolaire, fabrique des gouvernements fragiles et alimente la défiance. La proportionnelle offre une sortie simple et réaliste : redonner du sens au vote, rééquilibrer les pouvoirs et remettre le Parlement au centre.
Sans toucher à la Constitution, elle permettrait coalitions, responsabilité et stabilité. Une réforme rapide, concrète, pour relancer la démocratie.
ARTICLE – « Nous continuons à raisonner comme si une victoire présidentielle se transformait mécaniquement en majorité parlementaire »
Gagner l’élection présidentielle de 2027 risque de ne pas suffire pour gouverner, prévient le politiste Bastien François, dans une tribune au « Monde », invitant à « adopter dès maintenant la représentation proportionnelle pour les élections législatives », afin d’éviter un blocage institutionnel.
La campagne présidentielle commence à peine, placée sous le signe de la rupture. Selon l’enquête réalisée par Ipsos BVA pour Le Monde, 71 % des Français attendent de cette élection un « vrai changement politique et social ». Ils sont 26 % à souhaiter que la société française soit transformée « radicalement », et 54 % « en profondeur ». Mais une question est curieusement absente : comment le ou la future présidente de la République pourra-t-elle mettre en œuvre cette rupture ?
Car gagner l’élection présidentielle ne suffira pas pour gouverner. Le chef de l’Etat élu devra d’abord dissoudre l’Assemblée nationale – dont le mandat court jusqu’en 2029 –, afin de tenter d’obtenir une majorité qui puisse voter le budget et les lois donnant corps à son programme. Or rien ne permet aujourd’hui de penser que ces élections législatives produiront une telle majorité. La fragmentation des forces politiques à l’Assemblée nationale depuis les scrutins de 2022 et de 2024 incite plutôt à en douter.
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Nous continuons à raisonner comme si une victoire présidentielle se transformait mécaniquement en majorité parlementaire. Mais le scrutin majoritaire n’a pas, par lui-même, cette capacité. Il n’a pu produire des majorités cohérentes et disciplinées sous la Ve République que parce qu’il s’inscrivait dans un système politique progressivement organisé autour de deux grands camps. A partir des années 1970, la droite et la gauche se sont structurées autour de partis capables de conclure des accords électoraux au sein de leur camp. L’élection présidentielle renforçait cette bipolarisation : la compétition politique s’ordonnait autour de la conquête de l’Elysée et les législatives reproduisaient ce choix.
Cet écosystème a disparu. L’effondrement du Parti socialiste et de la droite républicaine comme partis dominants, l’installation durable du Rassemblement national (RN), l’irruption puis le rétrécissement du macronisme, la place prise par La France insoumise ont fait éclater l’ancienne…
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