
L’IMMIGRATION, UN AVANTAGE POUR L’EMPLOI OU DES DIFFICULTÉS DURABLES D’INTÉGRATION PROFESSIONNELLE ?
L’immigration constitue-t-elle une réponse aux besoins d’emploi de la France, ou révèle-t-elle au contraire des difficultés persistantes d’intégration professionnelle ?
LE MONDE OPPOSE LE « BON » TERRA NOVA AU « MAUVAIS » OID – LA GAUCHE ET L’EXTRÊME DROITE
LE MONDE – dans sa campagne contre l’extrême droite ( voir le titre pour le moins caricatural de l’article ) – stigmatise l’étude de l’OID ( « un laboratoire d’idées notamment financé par le fonds Périclès, du milliardaire réactionnaire Pierre-Edouard Stérin ») qui « déplorait que les immigrés travaillent moins souvent que les non-immigrés »
Le journal annonce que Terra Nova « révèle » qu’entre 2021 et 2023, les étrangers non européens ont contribué pour plus d’un tiers à la hausse de l’emploi.
Le Monde se garde bien de rappeler que c’est Terra Nova qui a établi par ses travaux que les minorités – et singulièrement les populations issues de l’immigration et des quartiers – doivent être le terreau électoral de la gauche ( Ps, Lfi, écologistes, macroniens de gauche en tiennent fortement compte )
L’OID PRÉSENTE DES TAUX D’EMPLOI TRÈS ÉLOIGNÉS
L’OID affirme que les personnes nées étrangères, particulièrement celles originaires du Maghreb, de Turquie et d’une partie de l’Afrique subsaharienne, présentent des taux d’emploi sensiblement inférieurs à ceux des Français de naissance. Il soutient que ces écarts persistent même lorsque l’on compare les niveaux de diplôme et les âges.
Sa conclusion : on ne peut pas présenter l’immigration de travail comme une solution évidente aux besoins de main-d’œuvre sans examiner au préalable les difficultés d’insertion des populations déjà présentes en France.
LE MONDE CARICATURE DES POINTS DE VUE PAS OBLIGATOIREMENT CONTRADICTOIRES
Une population peut présenter un taux d’emploi inférieur à celui du reste de la population tout en contribuant tout de même aux créations d’emplois. ( mais à quel coût économique, financier, social et culturel ).
Pour aller plus au fond des analyses, il faut examiner les données, les méthodes de calcul, les populations retenues et les conclusions que l’on peut légitimement en tirer.
C’est ce que nous vous proposons dans l’analyse qui suit l’extra de l’article.
ARTICLE – Le groupe de réflexion de gauche Terra Nova réfute un rapport de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, proche de l’extrême droite
En juillet, l’OID, un laboratoire d’idées notamment financé par le fonds Périclès, du milliardaire réactionnaire Pierre-Edouard Stérin, déplorait que les immigrés travaillent moins souvent que les non-immigrés. Terra Nova révèle, mercredi, qu’entre 2021 et 2023, les étrangers non européens ont contribué pour plus d’un tiers à la hausse de l’emploi.
Le bras de fer est engagé, à six mois de l’élection présidentielle. Pour la première fois, le groupe de réflexion progressiste Terra Nova publie, mercredi 21 octobre, une étude dont l’objet est de réfuter méthodiquement le travail d’un autre laboratoire d’idées, l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID), proche de l’extrême droite. Celui-ci, financé notamment par le fonds Périclès, du milliardaire réactionnaire et partisan du rapprochement entre la droite et l’extrême droite Pierre-Edouard Stérin, publie depuis sa création en 2020 des études traitant du sujet de l’immigration.
Parmi ses parutions, plusieurs ne cachent pas l’orientation politique de celui-ci : « Le coût de l’immigration pour les finances publiques », « Les Turcs en France : un “isolat” ? », « Politiques d’immigration : le gouvernement des juges ? »ou « L’asile, une voie d’immigration hors de contrôle ».
Le 9 juillet, l’OID a publié « Immigration et emploi en France : radiographie d’un déficit », concluant qu’en moyenne les immigrés travaillent moins souvent que les non-immigrés, et qu’aux âges les plus favorables, les écarts d’emploi sont de plus de 15 points entre les Français de naissance et les personnes de nationalité extra-européenne. « Alors que le débat sur “l’immigration de travail” revient sur le devant de la scène à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la question de l’intégration effective des personnes issues de l’immigration dans l’activité économique se pose de façon accrue », précisait l’OID….
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L’ANALYSE DE METAHODOS : OID contre Terra Nova : immigration et emploi, quelle réalité ?
Le désaccord entre l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID) et Terra Nova porte sur une question essentielle : l’immigration constitue-t-elle une réponse aux besoins d’emploi de la France, ou révèle-t-elle au contraire des difficultés persistantes d’intégration professionnelle ?
Les deux organismes ne partent pas exactement du même indicateur. L’OID, dans son étude du 9 juillet 2026, Immigration et emploi en France : radiographie d’un déficit, examine principalement les écarts de taux d’emploi entre les personnes nées françaises et celles nées étrangères. Terra Nova lui oppose une autre perspective : la contribution des étrangers non européens à la progression récente de l’emploi en France.
Premier constat : ces deux observations ne sont pas nécessairement contradictoires. Une population peut présenter un taux d’emploi inférieur à celui du reste de la population tout en contribuant fortement aux créations d’emplois. Pour départager les deux analyses, il faut donc examiner les données, les méthodes de calcul, les populations retenues et les conclusions que l’on peut légitimement en tirer.
1. Les deux thèses confrontées
OID — un déficit d’insertion professionnelle
L’OID affirme que les personnes nées étrangères, particulièrement celles originaires du Maghreb, de Turquie et d’une partie de l’Afrique subsaharienne, présentent des taux d’emploi sensiblement inférieurs à ceux des Français de naissance. Il soutient que ces écarts persistent même lorsque l’on compare les niveaux de diplôme et les âges.
Sa conclusion : on ne peut pas présenter l’immigration de travail comme une solution évidente aux besoins de main-d’œuvre sans examiner au préalable les difficultés d’insertion des populations déjà présentes en France.
Terra Nova — une contribution à la création d’emplois
Terra Nova reproche à l’OID de privilégier une photographie statique de la population en emploi. Selon ses calculs, les étrangers non européens, qui représentaient environ 4 % de l’emploi total en 2021, auraient contribué à 35,5 % de la hausse de l’emploi en France métropolitaine entre 2021 et 2023. Les ressortissants africains auraient représenté près de 28 % de cette progression.
Sa conclusion : le taux d’emploi observé à un instant donné ne suffit pas à apprécier la contribution économique de l’immigration.
Il faut immédiatement préciser une chose : Terra Nova ne démontre pas, par ces chiffres, que les immigrés ont un taux d’emploi équivalent à celui des natifs. Inversement, l’OID ne démontre pas, par les écarts de taux d’emploi, que l’immigration aurait une contribution économique globale négative. Ce sont deux questions distinctes.
2. Que disent les statistiques officielles ?
Les données de l’Insee et du ministère de l’Intérieur permettent de vérifier une partie substantielle du débat, indépendamment des deux think tanks.
Taux d’emploi des personnes de 15 à 64 ans, en 2024
Personnes non immigrées 69,8\u00a0%
Ensemble des immigrés 62,4\u00a0%
Immigrés de l’Union européenne 68,5\u00a0%
Immigrés hors Union européenne 61\u00a0%
Immigrés originaires du Maghreb 58,1\u00a0%
Source : ministère de l’Intérieur, statistiques 2014–2024, d’après l’enquête Emploi de l’Insee.
Ces données font apparaître trois réalités.
Un écart général existe. En 2024, le taux d’emploi des immigrés est inférieur de 7,4 points à celui des non-immigrés.
L’origine géographique est associée à des situations très différentes. Les immigrés originaires de l’Union européenne ont un taux d’emploi proche de celui des non-immigrés, tandis que celui des immigrés hors UE et du Maghreb est plus faible.
Un taux d’emploi plus bas ne signifie pas nécessairement une absence de volonté de travailler. Le taux d’emploi dépend également de l’âge, du sexe, de la durée de présence en France, de la situation familiale, du niveau de langue, de la reconnaissance des diplômes, de l’accès aux emplois et de la conjoncture économique.
Sources : ministère de l’Intérieur, activité, emploi et chômage des immigrés de 2014 à 2024 et Insee, données annuelles sur l’emploi des immigrés et descendants d’immigrés.
Attention : ces chiffres officiels portent sur les immigrés, c’est-à-dire les personnes nées étrangères à l’étranger. Ils ne sont pas directement interchangeables avec les catégories plus larges de nationalité à la naissance utilisées par l’OID.
3. Les principaux points de désaccord méthodologique
Position de l’OID / Critique de Terra Nova / Évaluation
Le taux d’emploi selon l’origine à la naissance / La contribution aux créations d’emplois / Les deux indicateurs sont pertinents, mais répondent à des questions différentes.
Une photographie détaillée des situations professionnelles /Une évolution entre 2021 et 2023 /Une analyse complète doit associer photographie et évolution dans le temps.
L’OID exploite les catégories de nationalité à la naissance et propose aussi un calcul hors étudiants et retraités /Terra Nova conteste le cadrage de l’OID /Les résultats dépendent fortement du champ statistique retenu.
L’OID évoque notamment les compétences, la langue, les diplômes et les différences de comportement face à l’emploi /Terra Nova insiste sur la contribution économique et les limites d’une lecture statique /Les écarts constatés ne permettent pas, à eux seuls, d’établir leurs causes.
L’insertion insuffisante invite à relativiser les besoins d’immigration de travail /La contribution aux créations d’emplois doit être reconnue /Ni le taux d’emploi ni les créations d’emplois ne suffisent à déterminer le niveau optimal d’immigration.
Sources : études de l’OID et compte rendu de la controverse par Le Monde, 21 octobre 2026.
Le point délicat : le calcul hors étudiants et retraités de l’OID
L’OID estime que le taux d’emploi classique de l’Insee minimise les écarts entre les groupes. Il propose notamment de rapporter le nombre de personnes en emploi à la population de plus de 15 ans, en excluant étudiants et retraités.
Cette opération peut être utile pour examiner la situation des personnes qui ne sont plus en formation initiale et ne sont plus à la retraite. Mais elle modifie le dénominateur et donc l’indicateur mesuré.
Il faut distinguer deux questions :
Question démographique : quelle proportion des personnes en âge de travailler occupe effectivement un emploi ? Le taux d’emploi standard des 15-64 ans répond à cette question avec un champ comparable entre populations.
Question d’insertion : quelle proportion des personnes hors études et retraite occupe un emploi ? Le calcul alternatif de l’OID répond à une autre question, mais sa population de référence est moins standardisée.
Exclure les étudiants peut aussi masquer une difficulté d’insertion chez les jeunes, tandis que retirer les retraités ne règle pas toutes les différences de structure par âge. L’indicateur alternatif ne doit donc pas être présenté comme une mesure objectivement supérieure en toute circonstance. Les deux calculs devraient être publiés côte à côte, avec une justification explicite de leur usage.
4. Le chiffre de Terra Nova : 35,5 % des créations d’emplois
C’est probablement l’argument le plus important de la réponse de Terra Nova. Il mérite d’être examiné séparément.
Selon le think tank, entre 2021 et 2023, les étrangers non européens auraient représenté 35,5 % de la progression de l’emploi en France métropolitaine, alors qu’ils ne représentaient qu’environ 4 % de l’emploi total au début de la période.
Ce chiffre, s’il est correctement calculé sur le champ retenu, indique une contribution disproportionnée à la hausse de l’emploi pendant cette période. Il ne prouve cependant pas que l’immigration aurait résolu les difficultés de recrutement, ni que son effet net sur l’économie serait nécessairement positif.
Quatre vérifications sont indispensables :
La définition de la croissance de l’emploi. S’agit-il de la variation nette du nombre de personnes en emploi, après prise en compte des sorties, ou d’un indicateur de créations brutes ?
La période retenue. Les années 2021-2023 correspondent à une phase de reprise après la crise sanitaire. Il faut vérifier si la contribution observée persiste sur une période plus longue.
La composition des emplois. Les emplois créés sont-ils durables, à temps complet, qualifiés et suffisamment rémunérés ? Une contribution en nombre d’emplois ne mesure pas à elle seule la productivité ni les revenus générés.
Le périmètre de comparaison. Le groupe des étrangers non européens n’est pas équivalent à celui des immigrés : il exclut les immigrés naturalisés et comprend des personnes nées en France de nationalité étrangère.
Il serait donc abusif de transformer le chiffre de 35,5 % en preuve d’un bénéfice économique global de même ampleur. Mais il serait tout aussi abusif de l’écarter au seul motif que le taux d’emploi des étrangers est inférieur à celui des natifs.
5. Que sait-on réellement des causes du sous-emploi ?
L’OID met en avant plusieurs explications. Elles n’ont pas toutes le même niveau de démonstration.
A. La structure par âge et le sexe
Les différences de structure démographique, la situation des femmes et les responsabilités familiales influencent les taux d’emploi. Ces facteurs doivent être contrôlés avant de comparer les populations. Le faible taux d’emploi des femmes dans certains groupes ne permet pas, à lui seul, d’en attribuer la cause à la culture ou à la religion.
B. La langue et la reconnaissance des diplômes
Ce sont des mécanismes plausibles et bien connus d’insertion professionnelle. Un diplôme obtenu à l’étranger ne garantit pas une qualification immédiatement utilisable en France. Mais il faut mesurer leur contribution respective aux écarts observés, plutôt que de les invoquer comme explication générale.
C. Les discriminations à l’embauche
Elles constituent une autre explication à examiner. Les travaux de l’Insee sur les parcours et les recherches d’emploi, ainsi que les études expérimentales par testing, permettent d’étudier les obstacles rencontrés par les personnes issues de l’immigration. Une analyse qui n’examinerait que les caractéristiques des candidats sans étudier les pratiques de recrutement serait incomplète.
D. Les compétences réelles à diplôme égal
L’OID mobilise notamment des résultats de l’OCDE relatifs aux compétences en résolution de problèmes. Même lorsqu’une différence moyenne est observée, il faut examiner le niveau de langue, le parcours scolaire, le milieu social, la maîtrise des outils numériques et les conditions de passation. Une différence statistique moyenne ne permet pas de conclure qu’un individu donné serait moins compétent du seul fait de son origine.
Le point de méthode est essentiel : une corrélation entre origine et emploi ne suffit pas à identifier une causalité. Pour mesurer les causes, il faudrait comparer des personnes ayant des caractéristiques comparables et distinguer les effets de la formation, de l’expérience, du statut administratif, du lieu de résidence, des discriminations et de la demande de travail.
6. Quel rapport à la réalité économique française ?
Les statistiques officielles confirment une partie du constat de l’OID : le taux d’emploi des immigrés est inférieur à celui des non-immigrés, avec des différences importantes selon l’origine géographique. Elles ne suffisent toutefois pas à valider toutes ses explications ni toutes ses conclusions politiques.
Les chiffres avancés par Terra Nova apportent une autre information : les étrangers non européens auraient contribué de façon importante à la hausse récente de l’emploi. Cette contribution ne supprime pas les écarts de taux d’emploi et ne mesure pas, à elle seule, le bilan économique global de l’immigration.
Pour établir ce bilan global, il faudrait également mesurer les salaires et cotisations, les recettes fiscales, les prestations perçues, les dépenses publiques associées, les effets sur les entreprises, les besoins sectoriels et les éventuels effets de substitution sur l’emploi des autres travailleurs. Il faudrait aussi distinguer les effets à court terme des effets à long terme.
Verdict synthétique
Ce qui est solidement établi
Les immigrés ont, en moyenne, un taux d’emploi inférieur à celui des non-immigrés. Les écarts varient considérablement selon les origines, le sexe et les parcours.
Ce que Terra Nova rappelle à juste titre
Un taux d’emploi inférieur ne signifie pas qu’une population contribue peu à la progression de l’emploi. Les deux indicateurs doivent être analysés ensemble.
Ce qui reste à démontrer
Les causes exactes des écarts, leur évolution sur longue période et le bilan économique net de l’immigration. Ni la méthode de l’OID ni le chiffre mis en avant par Terra Nova ne répondent seuls à toutes ces questions.
Ma conclusion : sur le constat d’un déficit d’insertion professionnelle pour certains groupes, l’OID s’appuie sur une réalité statistique confirmée par les données publiques. Sur la contribution des étrangers non européens à la progression récente de l’emploi, Terra Nova soulève un point pertinent. La controverse porte donc moins sur l’existence des écarts que sur la manière de les mesurer, de les expliquer et d’en tirer des conclusions en matière de politique migratoire.
Il reste une réserve importante : pour arbitrer précisément la controverse, il faudrait confronter le rapport intégral de Terra Nova au rapport intégral de l’OID, vérifier les tableaux sources et reproduire les calculs sur un champ statistique commun. Sans cette vérification, on peut établir la solidité de certains constats, mais pas certifier toutes les conclusions des deux organismes.