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« Le mystère allemand » dans la gestion de la crise

Présentation :

La co-construction entre les forces vives, gage de – consensus et d’efficience – est certainement le levier majeur qui redonnera à notre démocratie et à la gestion du bien public leurs équilibres et leur vivacité : c’est l’ambition de METAHODOS d’y travailler.

En Allemagne le niveau fédéral et les Länder coordonnent et copilotent la crise.  Le politique se met au diapason des entreprises, quand en France, les entreprises sont soumises à des lois, règlements, normes et directives pléthoriques et non concertés.

Peut on dire qu’en Allemagne l’Etat est au service de la sphère privée ( entreprises et citoyens, forces vives ), alors qu’en France c’est l’inverse ?

Laurent Joffrin, Libération 17 avril 2020, a écrit une tribune que nous partageons ici sur les performances du système hospitalier allemand face au virus. Il relève que « l’Allemagne se débrouille nettement mieux que la France. Avec moins de 4000 décès contre quelque 18 000 en France… »

En effet,  l’Allemagne a contenu la pandémie sans recourir au confinement massif. « Quoique rigoureuses, les règles édictées à Berlin ou dans les Länder sont plus souples »

« L’Allemagne a pratiqué très tôt les tests massifs (dont elle disposait, donc) et l’isolement des malades, ou celui des zones contaminées. Son système hospitalier n’a jamais couru le risque de la saturation »

L’auteur rappelle également que c’est parce que l’Allemagne a pratiqué une gestion des finances publiques vertueuse qu’elle disposé des réserves nécessaires à ce plan de relance massif. L’endettement pour sauver l’économie française risque de couler cette économie plus tard, brutalement ou à petit feu.

Tribune :

« C’est un fait qui heurtera sans doute la fierté nationale mais il est patent : face au coronavirus, l’Allemagne se débrouille nettement mieux que la France. Avec moins de 4000 décès contre quelque 18 000 en France, et encore plus en Espagne ou en Italie ; une épidémie contrôlée outre-Rhin, qui ouvre à la voie à un déconfinement prochain ; une économie qui devrait se rétracter de 4% contre 8% prévus en France : la République fédérale, à ce jour en tout cas, surmonte mieux la crise que sa voisine française. C’est peut-être le fruit du hasard. Certains pointent l’effet désastreux de la réunion évangélique de Mulhouse à la mi-février, qui a disséminé le virus sur tout le territoire français. Mais un ou plusieurs festivals de la bière se sont tenus en Allemagne à la même période, avec un concours populaire équivalent.

Il semble que cette différence – frappante – ait aussi des causes plus profondes. Leur énumération, n’était l’aspect tragique de la situation, aurait un effet presque distrayant, ironique en tout cas. Elle déjoue les clichés employés par tous les secteurs de l’opinion française à propos de la société et de la vie politique allemandes.

On moque souvent en France – ou on la loue – la discipline allemande, qu’on attribue, version favorable, à un civisme supérieur, ou bien, version négative, à une soumission plus grande à l’autorité. Or, l’Allemagne a contenu la pandémie sans recourir au confinement quasi-total pratiqué en France. Quoique rigoureuses, les règles édictées à Berlin ou dans les Länder sont plus souples que celles décidées en France, pays des Gaulois turbulents et des 300 sortes de fromage.

L’Allemagne a pratiqué très tôt les tests massifs (dont elle disposait, donc) et l’isolement des malades, ou celui des zones contaminées. Son système hospitalier n’a jamais couru le risque de la saturation, et pour cause : la République fédérale dispose de 6 lits de soins intensifs pour 1000 habitants, soit deux fois plus qu’en France. Ainsi, le pays de «l’ordo-libéralisme» tant décrié dans la gauche française a plus investi dans les dépenses collectives de santé que la France, malgré une politique budgétaire bien plus sévère.

Ce qui prend aussi la droite française à contrepied, elle qui ne cesse de gémir devant le poids des dépenses publiques. C’est en favorisant ses services publics que l’Allemagne a mieux géré le fléau, ce qui contredit l’antienne libérale qu’on entend chez une partie de la classe politique française.

L’Allemagne n’a pas non plus fermé immédiatement ses frontières. Elle l’a fait, comme la France, sous l’empire de la nécessité, une fois l’épidémie déclarée chez elle. Là aussi, cette politique contredit le discours de la droite nationaliste française qui s’est focalisée dès l’origine sur le rétablissement urgent des frontières. On remarquera au passage que Donald Trump, lui, a fermé ses frontières très tôt : cela n’a pas préservé les Etats-Unis des effets de la contamination planétaire.

Enfin le pays du «déficit zéro», dont on dénonce souvent la rigidité, a débloqué soudain quelque 1 000 milliards d’euros pour soutenir son économie. La gauche y verra la confirmation de ses thèses sur la raideur excessive des règles budgétaires européennes. Mais elle sera dans le temps gênée par une réalité corollaire : c’est aussi parce que l’Allemagne a pratiqué une politique d’excédents qu’elle a disposé des réserves nécessaires à ce plan de relance massif.

On dit que cette crise a renversé les dogmes et réfuté les certitudes. L’exemple allemand en apporte la confirmation, en prenant à revers la gauche comme la droite française. Bien évidemment, tout cela sera contesté par les deux bords, en vertu d’une loi d’airain : tout en proclamant que «rien ne sera comme avant», les gens de certitude appliquent en général leurs schémas anciens à toute nouvelle situation. »

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