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Stress test sur l’État centralisateur

Présentation :

La crise du Covid 19 aura servi de stress test de la gestion publique au sommet de l’Etat. Elle révèle des failles – connues bien avant et abondamment critiquées – qui s’avèrent encore plus graves, sur le plan social et sanitaire en particulier, en gestion de crise.

Ces failles concernent nos modalités de travail entre parties prenantes et nos modes de décision et de gestion.  (Quand les plans de gestion de crise existent et sont globalement ignorés devant le « court-termisme » et l’urgence à communiquer qu’imposent le politique).

Jean Rottner, président de la région Grand Est – 07/04/2020/ Le Quotidien du Médecin – juge que « l’État centralisateur n’est peut-être plus la seule réponse en cas de crise sanitaire ». (Propos recueillis par Loan Tranthimy).

En toile de fond, les difficultés de coopérations entre plusieurs mondes.  L’impréparation en moyens de protection et les tensions en approvisionnement des médicaments dans les hôpitaux nécessitent probablement une gestion de crise différente.

Il appelle à un modèle hospitalier plus collaboratif entre les ARS, les établissements publics, les établissements privés et les libéraux, d’une part ; et entre l’Etat et les collectivités territoriales d’autre part.

Si la situation locale s’améliore lentement, le président de la région Grand Est et médecin urgentiste, Jean Rottner, se dit inquiet pour les EHPAD. Il appelle l’État au dialogue avec les élus locaux pour anticiper le déconfinement et estime qu’il faudra tirer les leçons de cette crise majeure.

L’article

Quelle est la situation de l’épidémie dans le Grand Est, où la vague a déferlé ?

Dr JEAN ROTTNER : Depuis quelques jours, nous observons un effet « plateau » de l’épidémie. Les hôpitaux connaissent une relative accalmie avec moins d’appels au 15 et moins d’afflux aux urgences pour le Covid-19. Les lits dans les unités Covid se libèrent. La pression sur les services de réanimation est moindre.

Mais il faut rester très prudent. Les patients qui sont encore en unité Covid peuvent décompenser rapidement nécessitant alors des soins en réanimation. Les médecins hospitaliers ont aussi constaté que les patients chroniques non Covid arrivent maintenant à l’hôpital avec des pathologies qui se sont aggravées depuis un mois. Cela renforce des tensions pour les services. Je suis particulièrement inquiet pour les EHPAD où la bataille est loin d’être gagnée.

Vous avez alerté très tôt sur le manque de moyens de protection dont les masques. Qu’avez-vous fait pour votre région ?

L’épidémie a déferlé comme un rouleau compresseur dans la région. Face à cette arrivée brutale, il y a eu clairement une impréparation collective dans le Grand Est. Mais très vite, il a fallu gérer, inventer. Pour les masques, nous avons pensé aussi aux entreprises qui avaient encore des stocks commandés lors de l’épidémie H1N1. En 48 heures, 1,4 million de masques ont pu être récoltés et distribués aux libéraux.

Au même moment, la région a passé commande de cinq millions de masques chirurgicaux dont deux millions sont arrivés et ont été distribués aux EHPAD, aux établissements médico-sociaux. Il reste trois millions de masques qui vont être réceptionnés cette semaine. Le stock est là, c’est surtout la logistique qui doit s’organiser de manière correcte pour que les masques arrivent dans les cabinets des libéraux.

En pleine crise, le directeur général de l’ARS Grand Est annonce que le plan de suppression de postes au CHR de Nancy se poursuit. Quelle est votre réaction ?

Aujourd’hui, les soignants se donnent à fond et il faut les respecter. Venir parler de réduction de moyens est totalement irresponsable. D’ailleurs, l’ARS a été désavouée par le ministre de la Santé et le Premier ministre lui-même.

Un vice-président de la région Ile-de-France a attaqué l’ARS en justice pour dénoncer ses défaillances dans la gestion de la crise. Quelles sont vos relations avec l’ARS Grand Est ?

En situation de crise, je tiens à l’unité nationale. Cela ne signifie pas qu’on ne doit rien dire. Avec l’ARS Grand Est, il nous arrive d’avoir des désaccords profonds. Mais quand on est un élu régional, on doit être dans l’écoute, dans la coordination et de façon constructive. Cela me semble plus productif que de porter plainte.

En même temps, il faut s’interroger sur la logique de l’organisation régionale prévue pour gérer une telle crise. Est-ce que l’ARS doit porter à la fois la responsabilité logistique et budgétaire ? Devant une crise d’une telle ampleur, il faut plutôt simplifier la vie des soignants pour gagner du temps et non pas la complexifier. Or, les ARS sont construites comme des administrations budgétaires et non pas comme des administrations de logique de crise sanitaire. Et c’est dommage !

Comment voyez-vous la sortie de la crise ?

Nous sommes en train d’y réfléchir car, du point de vue économique, c’est majeur pour les régions. Je suis persuadé que, dans ce cadre, la généralisation du port du masque est une bonne chose car on ne pourrait pas avoir dans une entreprise, d’un côté les personnes ayant une sérologie positive, et les autres avec une sérologie négative.

Il faut tout faire maintenant pour éviter les peurs. Et les régions ont leur rôle à jouer. Pour cela, nous souhaitons entamer rapidement un dialogue avec l’État. Les régions sont prêtes à l’accompagner pour faire redémarrer l’économie.

Quelles leçons faudra-t-il tirer de cette épidémie ?

Pour moi, elles sont nombreuses. Les transferts à grande échelle de malades dans les autres régions qui ont permis aux soignants de tenir le coup ou encore la création des unités Covid au sein des hôpitaux sont des points positifs.

En revanche, l’impréparation en moyens de protection et les tensions en approvisionnement des médicaments dans les hôpitaux nécessitent probablement une gestion de crise différente et un modèle hospitalier plus collaboratif entre les établissements publics, les établissements privés et les libéraux.

Enfin, je pense qu’il ne faut pas se priver des actions des élus locaux, qui ont une connaissance fine des territoires même si ces actions ne sont pas dans leur compétence première. L’État centralisateur n’est peut-être plus la seule réponse à apporter en cas de crise sanitaire.

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