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Ne pas confondre Étatisme et Efficacité gouvernementale. Retour à l’Etat Stratège ?

PRESENTATION

Au moment où la crise de la pandémie provoque une crise de sa gestion – la crise dans la crise – Matthieu Creson, dans la Revue des Deux Mondes, AVR 17 2020, s’étonne que l’on confonde, à droite comme à gauche,  l’étatisation maximale et l’efficacité gouvernementale. C’est bien, selon lui , l’efficacité gouvernementale – c’est-à-dire l’efficience de l’action publique dans le vocabulaire de Metáhodos – qui permet de gérer le pays, y compris lors des crises ou en anticipant celles-ci.

Pour Matthieu Creson, « le populisme droitier ( est le) dernier avatar de la passion antilibérale ». Et nous continuons à confondre gouvernement et étatisme. « Comment prétendre qu’on aurait “tué l’État” ?

Il nous invite à distinguer – ce que nous appelons – la lourdeur de l’Etat et son agilité,  alors que les dépenses publiques représentent en France encore 56% du PIB ?  et que prélèvements obligatoires se situent parmi les plus élevés au monde, et notre réglementations parmi les plus lourdes. L’Etat efficient, allégé, n’est ce pas l’Etat stratège, qui doit s’atteler aux compétences régaliennes et stratégiques, et qui doit piloter, coordonner et coopérer avec les parties prenantes et les institutions.

Il rappelle que «la conquête par l’individu de son autonomie propre a représenté un progrès capital dans l’histoire de nos sociétés : vouloir lui arracher cette conquête séculaire constituerait une immense régression à tous points de vue. »

TEXTE :

Crise du Covid-19 : une conséquence de l’ « horreur libérale » ?

« De plus en plus de voix s’élèvent dans le paysage politique français pour imputer la crise sanitaire que nous traversons aux ravages supposés du libéralisme « sauvage ». Ce pauvre libéralisme, déjà si malmené pendant des décennies par nos politiques de tous bords, alors même qu’il a permis à des millions de gens de par le monde de sortir de la pauvreté, se voit donc ici asséné un énième coup de massue idéologique. De l’extrême gauche à l’extrême droite, nous avons repris presque à l’unisson le vieux couplet antilibéral, cette misérable loque intellectuelle, dont on peine à comprendre comment elle existe toujours, alors que tous les modèles d’économie collectiviste et administrée ont lamentablement échoué au XXe siècle.

Le populisme droitier, dernier avatar de la passion antilibérale

Ainsi Hervé Juvin écrit-il par exemple dans le numéro d’avril du magazine Causeur : « L’ouverture, le métissage (sic), les délocalisations, les privatisations conduisent au sous-développement social et politique des nations qui s’y abandonnent, ou leur sont soumises. […] Que reste-t-il d’un État qui ne préfère pas les siens, d’une nation qui ignore le citoyen au nom de l’individu ? » L’actuel populisme droitier, dernier avatar de la passion antilibérale, tient tout entier dans ces quelques lignes : les nations doivent se replier sur elles-mêmes, retrouver le sens de la « préférence nationale », et écraser l’infâme individu, qui n’est acceptable que dans la mesure où il se réduit à sa seule fonction de citoyen.

On se rappelle que dans sa fameuse conférence prononcée en 1819, « De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes », Benjamin Constant avait distingué entre les deux types de libertés, la première étant essentiellement politique – la liberté pour le citoyen d’Athènes de revêtir sa toge et de plaider sur la place publique -, là où la seconde, condition sine qua non de l’autonomie individuelle, est d’ordre économique. Benjamin Constant ne nous encourageait pas à mépriser la liberté des Anciens au profit de la seule liberté des Modernes, mais à « les combiner l’une avec l’autre ». La conquête par l’individu de son autonomie propre a représenté un progrès capital dans l’histoire de nos sociétés : vouloir lui arracher cette conquête séculaire constituerait une immense régression à tous points de vue.

Plus surprenantes sont certaines réactions qui nous viennent du parti Les Républicains (LR). Ainsi le secrétaire général du parti et député du Lot, Aurélien Pradié, a-t-il déclaré dernièrement : « On n’évitera pas d’interroger le libéralisme, c’est une évidence. […] La question fondamentale est là : l’idée que l’argent serait la seule échelle de valeur, et que l’État n’a plus aucun rôle à jouer. On a tué l’idée d’Etat. On a dit qu’il était un problème, on l’a dépouillé et disqualifié. »

On peut se demander si Aurélien Pradié vit bien dans le monde du réel en exprimant ces quelques lignes : en effet, comment prétendre qu’on aurait « tué l’État », alors que les dépenses publiques représentent en France encore 56% du PIB ? Qui plus est, nos prélèvements obligatoires sont encore largement parmi les plus élevés au monde, et nos réglementations en tous genres parmi les plus contraignantes. En outre, si l’on suit le raisonnement d’Aurélien Pradié, il faudrait en conclure que les crises sont moins fréquentes, et, lorsqu’elles surviennent, mieux réglées, dans les pays disposant d’un « État fort ». On comprend donc mal, par exemple, pourquoi Tchernobyl est ainsi survenu en ex-URSS.

Droite et gauche unies dans l’erreur

Le vice-président du groupe LR à l’Assemblée nationale, Guillaume Peltier, n’est pas en reste : ainsi dénonce-t-il dans le Journal du dimanche du 4 avril « quarante années d’échec du mondialisme financier », ainsi que « le malheur des peuples sacrifiés sur la seule logique des profits » – propos rapportés dans Le Figaro du 9 avril. À supposer que nous eussions lu ces quelques lignes sans connaître l’identité de celui ou celle qui les avait écrites, nous les aurions très probablement attribuées à une personnalité politique de gauche : eh bien non, elles ont pour auteur l’un des principaux représentants de notre parti de droite. Cela prouve à nouveau que le libéralisme n’est nullement « de droite », comme on continue à le prétendre bien à tort. En France, gauche et droite communient dans la même rhétorique antilibérale depuis plus de 50 ans. Elles sont, comme le dit très justement Pascal Salin dans son dernier ouvrage (1), fondamentalement « unies dans l’erreur ».

Comment donc expliquer, en cette période de crise sanitaire, ce retour en force de la condamnation quasi unanime du libéralisme et de l’adulation, non moins unanime, de l’État ? Cela vient certainement de ce que nous continuons à confondre gouvernement et étatisme. Dans maints ouvrages et articles (2), Jean-François Revel insistait sur le fait que la France avait tendance à être sur-étatisée mais sous-gouvernée. Qu’entendait-il par-là ? Que l’efficacité de l’action d’un État n’est pas proportionnelle, tant s’en faut, au poids de celui-ci dans la société. Les États efficaces, disait-il en substance, sont ceux qui agissent vite et bien, tout en restant limités dans leur taille.

Peut-être est-il désormais temps de comprendre une fois pour toutes que l’étatisation maximale, à laquelle certains continuent d’appeler encore aujourd’hui, est exactement le contraire de l’efficacité gouvernementale, légitimement attendue des citoyens. Car c’est bien l’efficacité gouvernementale, et non l’étatisation à outrance, qui peut nous permettre de répondre à des crises comme celle que nous vivons, voire de les anticiper. »

1 Pascal Salin, Le Vrai libéralisme, Paris, Odile Jacob, 2019.

2 Voir par exemple l’interview parue dans Le Figaro du 15 février 1996.

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