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Les grandes crises des XX° et XXI° siècles – enseignements

Merci à Nine de RAMEAU de nous présenter et proposer cette publication

Présentation

Parmi les articles de Presse d’analyse parus ces derniers jours, celui publié dans La Croix en cette mi avril2020 par Marie DANCER relatant la chronologie des crises économiques du siècle dernier et du début du 21 ème siècle m’est apparu très enrichissant.

L’auteur nous invite à la réflexion pour les semaines à venir qui augurent de grandes détresses humaines et sociales consécutivement au nécessaire confinement pour endiguer la propagation du virus COVID 19.

En partage pour les lecteurs et contributeurs de METAHODOS

Nine de Rameau

Texte 

Ce que les précédentes crises économiques nous ont appris

Analyse « Grande dépression », « subprimes »… De 1929 à 2008, les États, actuellement tous confrontés à la crise du Covid-19, ont retenu les leçons des périodes de tourmente économique. Au moins en partie.

Ce que les précédentes crises économiques nous ont appris

Vent de panique dans le quartier de Wall Street, à New York, ce 24 octobre 1929, jour du krach boursier qui dégénérera en une longue crise bancaire et économique, domestique et internationale.

Une crise « sans précédent depuis 1929 » ; la « pire récession depuis 1945 » (1) : les références historiques font florès face à la pandémie de coronavirus. Certes, comparaison n’est pas raison. La crise actuelle est très spécifique : elle n’a pas été déclenchée par une bulle spéculative mais par la propagation fulgurante d’un virus ayant conduit la moitié de planète à confiner sa population.

Cela étant, l’économie mondiale s’achemine bel et bien vers une récession. Et à défaut d’empêcher les crises – qui font partie de la vie économique, rappellent les experts –, les leçons du passé se révèlent utiles pour en gérer les conséquences. « On apprend de crise en crise », souligne l’économiste Patrick Artus, chez Natixis.

Austérité et déflation après 1929

Retour sur la « grande dépression » des années 1930. Ce qui était au départ un krach boursier américain (le « jeudi noir » du 24 octobre 1929) a dégénéré en une longue crise bancaire et économique, domestique et internationale, parce que les dirigeants ont multiplié les erreurs. « Ils ont tous commencé par mener des politiques d’austérité très dures qui ont provoqué une forte déflation (baisse généralisée des prix, NDLR), retrace Éric Monnet, à l’EHESS. Les banques centrales n’ont pas secouru les banques commerciales, ce qui a entraîné des faillites en chaîne, tandis que chaque pays, à commencer par les États-Unis, a pris des mesures protectionnistes, aggravant la crise mondiale. »

Coronavirus : vivons-nous une crise similaire à celle de 1929 ?

On a coutume de dire que les institutions n’ont pas de mémoire, puisque leurs membres changent au fil du temps. Pourtant, les historiens s’accordent à dire que les leçons de la crise de 1929 ont été appliquées en 2008. Et pour cause : à cette époque, le patron de la Fed, la banque centrale américaine, n’est autre que Ben Bernanke, qui a passé une partie de sa carrière d’économiste à étudier… la crise de 1929.

Relance hors norme

2008 : encore une affaire de bulle qui éclate, celle des « subprimes », ces prêts immobiliers accordés aux Américains défavorisés, qu’ils ont de plus en plus de mal à rembourser du fait d’une hausse des taux d’intérêt et d’un début de krach immobilier. Les faillites bancaires se succèdent. Le gouvernement américain laisse disparaître les petits établissements mais sauve les gros… Jusqu’à ce 15 septembre 2008, où il abandonne Lehman Brothers à la banqueroute. La panique est internationale, tant les marchés sont devenus interconnectés et l’économie, financiarisée.

Le système financier peut-il absorber le choc du coronavirus ?

À partir de là toutefois, « les erreurs commises en 1929 sont évitées », assure Patrick Artus. De part et d’autre de l’Atlantique, les gouvernements lancent des plans de relance hors normes, les banques reçoivent un puissant soutien public, tandis que la Fed injecte massivement des liquidités sur les marchés afin là aussi de soutenir l’activité. En outre, la communauté internationale choisit de coordonner ses actions, à rebours du « chacun pour soi » des années 1930.

Le spectre de la déflation

C’est au tour des États européens de s’écarter des leçons de l’histoire. En rétablissant trop vite l’austérité pour restaurer leurs comptes, ils font resurgir le spectre de la déflation. La BCE est alors conduite à imiter son homologue américaine en actionnant des mesures non conventionnelles, surtout la planche à billets, pour soutenir l’économie.

La menace est d’autant plus grave qu’à partir de 2009 la zone euro affronte sa propre crise, dite « de la dette », partie de Grèce avant de gagner l’Irlande et le Portugal et qui met à rude épreuve l’unité du Vieux Continent. Il en sortira, au forceps, des instruments de solidarité tel le mécanisme européen de stabilité… Et un engagement de la BCE à sauver l’euro « quoi qu’il en coûte ».

Réformes massives

Face au coronavirus, Patrick Artus estime que « les erreurs du passé ne seront pas reproduites, cela se voit déjà avec des politiques budgétaire et monétaire expansionnistes, ainsi qu’un fort soutien aux entreprises, qui avait manqué en 2008 ».

Face au coronavirus, le retour de l’État

En dehors des mesures d’urgence, les crises entraînent-elles des changements durables ? « Aux États-Unis, les réformes des années 1930 ont reconfiguré le pays d’une manière inégalée ailleurs et dans l’histoire », retrace Éric Monnet. Élu en 1932, le président Franklin Delano Roosevelt surmonte toutes les oppositions pour lancer le New Deal : investissements massifs, prises de contrôle d’entreprises, création d’un État providence et d’une fiscalité très redistributive (tranche marginale de l’impôt sur le revenu à 90 %)…

Inégalités et mondialisation

Le traitement de la crise de 2008 a-t-il engagé des changements aussi profonds ? La réponse est plus mitigée. Les États ont pris conscience d’avoir autorisé une dérégulation excessive des marchés bancaires et financiers, avec des effets délétères – risques inconsidérés, effets contagieux… De part et d’autre de l’Atlantique, certains produits et activités financiers ont été interdits, ou encadrés, et les fonds propres des banques ont dû être renforcés. « Elles sont de ce fait mieux armées pour faire face à la crise du coronavirus », analyse Agnès Bénassy-Quéré, de l’École d’économie de Paris.

Un sursaut ?

Mais cette réglementation « n’a pas du tout la même radicalité que dans les années 1930 », pointe Gunther Capelle-Blancard. Cet enseignant à l’université Paris 1 voit deux autres sujets « qui n’ont pas été pris à bras-le-corps après 2008 et qui reviennent au grand jour : les inégalités et la remise en cause de la mondialisation, qui se sont manifestées en 2008 et plus tard avec les victoires du Brexit et de Donald Trump, les gilets jaunes en France… »

Face à la crise du coronavirus, un nouveau plan Marshall ?

Le coronavirus provoquera-t-il une remise à plat du modèle économique et social ? Voire un sursaut en faveur du climat ? Alors que l’austérité, conjuguée aux rivalités issues de 1914-1918, ont favorisé la montée des populismes en Europe et la marche à la guerre, l’économiste Pascal Le Merrer, fondateur des Journées de l’économie de Lyon, insiste : « 1929 nous a appris que les institutions doivent innover pour trouver les bonnes réponses à une crise. Sinon, les systèmes politiques peuvent s’effondrer. »

Petit glossaire de la crise

Crise. Terme qui désigne le moment du retournement de la conjoncture à la baisse. Plus largement, c’est une étape où un système s’effondre ou entre en mutation (crise du capitalisme, crise environnementale).

Récession. Récession et dépression sont parfois considérés comme synonymes. En réalité, la récession désigne un ralentissement de la croissance, mais l’activité globale ne diminue pas. L’Insee estime qu’il y a une récession à partir de deux trimestres consécutifs de croissance négative du PIB (ce qui n’empêche pas que la croissance du PIB sur l’année entière soit positive, même si elle est plus faible que précédemment).

Dépression. La dépression désigne, elle, une baisse forte et durable de la production, avec un recul du niveau d’activité.

(1) D’après la Banque de France, le PIB a chuté de 6 % au 1er trimestre 2020, du jamais-vu depuis 1945.

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