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POPULISME, AUTORITARISME, DÉMOCRATIE, DANS LA CRISE

PRESENTATION

Derrière le problème sanitaire du Covid 19, il y a des aspects politiques qui touchent à la nature et à la vivacité de notre démocratie et à l’efficience de l’action publique. Il y a aussi des arrières pensés plus politiciennes, bien sûr.

Qui gère le mieux la crise ? Quels régimes, quels pouvoirs auront été les plus efficaces ?  Quels effets en termes d’image ?Quelle est la nature de l’information et de la communication ?

Populisme, autoritarisme, démocratie constituaient, mi-mars, pour Frédéric Charillon, dans l’Opinion, les principaux enjeux de l’épidémie. Pour lui,   la propagande ou le « nation branding » semblent déjà à l’œuvre.

Il décrit le leader populiste, et évoque les vertus des régimes démocratiques, théoriques peut être : « Ces démocraties, justement, finissent souvent par être plus performantes grâce à la transparence, à la liberté scientifique et à la liberté d’expression » 

L’auteur évoque également la compétition entre deux camps :

«… d’une part les partisans d’une fermeture, ou « démondialisation » (protectionnisme, nationalisme…), d’autre part les tenants d’une gouvernance libérale et multilatérale revue, corrigée et améliorée, qui tirera, lorsque l’épidémie sera vaincue, les leçons du télétravail, de l’usage des nouvelles technologies, des restrictions imposées à des transports plus polluants qu’indispensables, et surtout des efforts concertés qui auront été menés par des organisations internationales (comme l’OMS), entre partenaires nationaux, ou supervisées par des entités collectives (comme l’Union européenne). »

A.F.

TRIBUNE de Frédéric Charillon

«Populisme, autoritarisme, démocratie… les enjeux de l’épidémie »

« Les termes employés face à l’épidémie, en Europe ou ailleurs, comme en Corée du Sud, relèvent désormais du vocabulaire guerrier. La qualification de l’enjeu emprunte au registre des relations internationales : établir une stratégie, vaincre un ennemi, survivre collectivement. Cet enjeu est bien sûr d’abord sanitaire. Mais au-delà, des arrière-pensées politiques se font jour, qui ne tarderont pas à apparaître. Qui aura le mieux géré l’épidémie ? Quels régimes, quels pouvoirs auront été les plus efficaces ? La bataille pour l’image, la diplomatie publique, la propagande ou le « nation branding » sont déjà à l’œuvre.

Pour l’heure et peut-être de façon très provisoire tant la situation évolue rapidement et dramatiquement, quelques premières hypothèses peuvent être émises. Les leaders populistes manquent de sérieux et une crise grave comme celle-ci le démontre de façon crue. Les systèmes autoritaires pèchent par leurs défauts habituels, à commencer par le refus de toute transparence, ce qui ne signifie pas pour autant que les démocraties parviennent à convaincre de leur supériorité. Les relations entre ces différents types de régimes ne sortiront pas indemnes de la crise du Covid-19, ni les différentes approches de la gouvernance mondiale.

Populisme : le roi est nu

Face à une crise d’une telle ampleur le leader populiste démontre souvent qu’il n’a pas la surface politique, ni peut-être intellectuelle pour diriger le pays dans la tempête. Il y a probablement plusieurs raisons à cela. En premier lieu, il a fait recette en mobilisant contre l’étranger, l’ennemi intérieur désigné, le faible. Il prospère en tout cas en clivant, en divisant le pays, ne prétendant vouloir l’unir que lors d’éphémères manœuvres électorales. Au moment de sonner l’Union sacrée, il n’est donc pas le mieux placé. Son premier réflexe reste de continuer à stigmatiser, à diviser, à l’image d’un Donald Trump qui s’en prend aux Européens, ou tente d’acheter des scientifiques allemands pour obtenir (pour les Etats-Unis) l’exclusivité d’un vaccin à venir. Le populiste ne partage pas, donc ne coordonne pas.

Ensuite, le populiste pêche par narcissisme. Dans son objectif de faire rimer ordre avec homme providentiel, il est surtout préoccupé, lorsque survient la crise, de se mettre en scène individuellement plutôt que de consulter collectivement. Il cherche l’image du moment (ou le tweet) plus que l’élaboration efficace d’un processus décisionnel de politique publique.

Enfin, il manque de sérieux, de rigueur, de rationalité : élu sur des peurs irrationnelles, ou en opposant un supposé bon sens populaire aux discours complexes des spécialistes et des élites, il s’est enfermé lui-même dans le négationnisme scientifique et dans la bravade machiste à l’encontre de la science. Trump a longtemps minimisé le risque de l’épidémie et semble dépassé ; Bolsonaro serrait encore des mains dimanche 15 mars dans un bain de foule à Brasilia ; Boris Johnson apparaît flottant, évoquant une « immunité collective » à atteindre, convoquant certes ainsi une notion scientifique existante, mais bien hasardeuse dans le cas d’une épidémie aux inconnues aussi nombreuses, et en l’absence de tout vaccin disponible à très court terme.

Faillite probable des autoritarismes, démocraties à l’épreuve

Les systèmes autoritaires, qui fondent leur pouvoir sur le mensonge, vont probablement intensifier leurs critiques contre la démocratie, adopter la rhétorique de la théorie du complot, désigner des coupables extérieurs et prétendre à une efficacité supérieure pour combattre le fléau du Covid-19. Ils feront ce qu’ils savent faire. Or sur le fond, nous connaissons depuis Tchernobyl leur performance en matière de protection des populations. Et nous savons que ce sont ces systèmes autoritaires, précisément du fait de leur pratique de la dissimulation, qui sont à l’origine d’un certain nombre de catastrophes. Mais telle est leur nature : on préfère afficher de faux résultats par la propagande plutôt que de se soumettre à l’épreuve de la performance réelle. C’est valable en sport comme en économie, ou en matière de politique publique de santé. Dans leur conviction que toute faiblesse doit être cachée – car elle les remettrait en cause dans leur essence –, il faut nier, se présenter en sauveur, et faire douter les démocraties. Leurs médias destinés à l’étranger ne s’en privent pas.

Ces démocraties, justement, finissent souvent par être plus performantes grâce à la transparence, à la liberté scientifique et à la liberté d’expression. Elles devraient logiquement triompher de l’épidémie plus définitivement sur le long terme. Mais leur manque de discipline initiale leur coûte cher, nuit à leur image et suscite dans certains segments de leurs opinions publiques des tentations autoritaires. Plus solides sur le fond, elles sont fragiles sur l’image : comment se comporteront-elles face à la combinaison aujourd’hui inédite « catastrophe sanitaire – nouveaux médias – fake news » ?

Vers un nouveau paradigme ?

Il y aura donc, sur ces points aussi, un après Covid-19. Une compétition pourrait opposer deux camps : d’une part les partisans d’une fermeture, ou « démondialisation » (protectionnisme, nationalisme…), d’autre part les tenants d’une gouvernance libérale et multilatérale revue, corrigée et améliorée, qui tirera, lorsque l’épidémie sera vaincue, les leçons du télétravail, de l’usage des nouvelles technologies, des restrictions imposées à des transports plus polluants qu’indispensables, et surtout des efforts concertés qui auront été menés par des organisations internationales (comme l’OMS), entre partenaires nationaux, ou supervisées par des entités collectives (comme l’Union européenne).

Des postures à fronts renversés pourraient s’observer. Des systèmes autoritaires, comme la Chine, pourraient plaider à la fois pour l’ordre (se présentant en acteurs essentiels de la victoire sanitaire finale), et pour la reprise rapide d’un multilatéralisme libre-échangiste selon leurs termes (autour de la Belt and Road Initiative, notamment). Tandis que d’authentiques démocraties libérales souhaiteront réduire leur dépendance stratégique vis-à-vis de l’extérieur, et revenir sur certains équilibres des échanges. Tout cela reste certes bien hypothétique, et ne sera abordé ouvertement qu’une fois la « guerre » gagnée. Il n’est pas pour autant interdit d’y penser déjà. Avant les institutions de 1945, il y avait eu la Charte de l’Atlantique de 1941. »

2 réponses »

  1. La renaissance des démocraties est possible , démocraties nationales, démocratie européenne car seule la démocratie respecte l’être humain dans ses droits fondamentaux . La modernité de la démocratie est à mettre en œuvre.
    Dans l’Histoire internationale, les dictatures se sont dilatées à la disparition des hommes qui en ont été les incarnations. Des femmes accèdent aux pouvoirs suprême de pays majeurs. Une indispensable renaissance après cette pandémie sanitaire pour édifier des démocraties plus constitutives d’institutions représentatives de toutes les strates de population. Merci pour cette contribution de Metahodos qui ouvre à des travaux prioritaires.

    Aimé par 1 personne

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