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La fondation d’un substrat de sentiment collectif, plutôt qu’un repli vers un souverainisme étriqué

Un "puceau de la pensée" élu dans "une hallucination collective ...

PRÉSENTATION

« La défaite (pas si étrange) de nos élites »

Le 18 juin dernier paraissait au Seuil le premier numéro de Par ici la sortie !, nouvelle revue qui réunit des noms du monde intellectuel pour penser la crise du Covid-19. Aux côtés de Thomas Piketty, Eva Illouz, Michelle Perrot, ou Corine Pelluchon, Emmanuel Todd y a lui-même contribué à travers l’article « La défaite (pas si étrange) de nos élites », où il revient en outre sur la mauvaise gestion de la crise du Coronavirus par les pouvoirs publics en France.

À l’heure où paraissent ces « cahiers », trois mois sont passés depuis que la pandémie mondiale du Covid-19 s’est imposée à nous, trois mois que le monde entier a basculé dans un état de crise dont on ne voit pas l’issue et dont on ne mesure pas les effets sur les sociétés qu’il a frappées.

Voici comment la revue a présenté sa publication:

« Aux premières heures du confinement, des sentiments nombreux et contradictoires nous ont toutes et tous traversés : de la sidération à l’angoisse, de la tristesse à la colère… Et puis, très vite, les questions se sont bousculées dans nos têtes : que s’est-il donc passé ? Mais que nous arrive-t-il ? Quelles conséquences cet événement aura-t-il sur le monde et sur nos existences ? Et quelles leçons en tirer ? Il faut dire que, pour beaucoup d’entre nous, la vision d’un monde littéralement arrêté a soudain rendu évidentes, presque sensibles, les contradictions insoutenables dans lesquelles ce monde se trouvait pris depuis trop longtemps. Et si cette catastrophe était l’occasion d’empêcher qu’il retrouve sa trajectoire catastrophique antérieure ?« 

« Comme le disait magnifiquement un graffiti repéré sur un mur de Hong Kong, « we can’t return to normal, because the normal that we had was precisely the problem». Autrement dit, serons-nous capables de saisir cet événement, à la fois le comprendre et nous en emparer, afin d’imaginer et construire le monde que nous voulons, le monde dont nous rêvons ?« 

« Ces « cahiers » ne pouvaient être que collectifs, au sens fort, parce que issus d’une volonté partagée par les éditeurs et auteurs de la maison de faire sens face à l’événement. S’y engage une conception du travail intellectuel et du débat public comme espace de confrontation argumentée. Ils accueillent des textes de pensée offrant des perspectives et des analyses fortes, mais aussi des textes et propositions littéraires qui font résonner notre époque dans des formes et des formats singuliers, ainsi que des interventions graphiques. Cette crise bouleverse les cadres de pensée et d’interprétations, elle met à l’épreuve bien des certitudes et des convictions, ce qui imposait d’ouvrir un espace original de dialogue, où trouvent à s’exprimer des sensibilités intellectuelles diverses, où peuvent s’ordonner la confrontation des points de vue, les divergences de fond, les incertitudes et les interrogations. »

« Avoir chez les citoyens de l’ensemble d’un pays, et pas seulement dans les classes dirigeantes, un substrat de sentiment collectif qui permet de mettre les choses en place« 

Tel est l’objectif que peut selon Emmanel TODD se donner un pays, plutôt que de se convaincre que seul la nation peut agir

L’auteur développe : « Pour les pays avancés, le problème n’est pas d’arriver à la conclusion logique que seule la nation peut agir, mais d’avoir chez les citoyens de l’ensemble d’un pays, et pas seulement dans les classes dirigeantes, un substrat de sentiment collectif qui permet de mettre les choses en place. […] Qu’est-ce qui fait qu’on est incapable de croire ensemble en un but commun, même si, en gros, on est d’accord? »

« Rouge-brun » et « climat fascistoïde »

E. TODD déplore que cette expression soit utilisé contre Michel Onfray, qui, a publié le 23 juin, le premier numéro de sa revue Front populaire pour donner naissance à ce qu’il nomme « l‘union des souverainistes de droite, de gauche, et d’ailleurs« 

Emmanuel Todd avait utilisé terme «fascistoïde» pour qualifier le climat actuel. Il maintient le terme et prévient que la crise du covid-19 pourrait mettre à mal la « légalité républicaine » en jouant de cette atmosphère de désordre et de peur.

Quelles solutions pour « obliger » les dirigeants ?

On aimerait qu’au-delà du diagnostic, des pistes de solutions soient proposées pour ne pas être à la merci de mauvaises pratiques.

P.A. et T.L.

ARTICLE

Le souverainisme, grand gagnant de la crise ? Source : France Culture

 » On en parle avec Emmanuel Todd, historien, démographe et anthropologue, à l’occasion de la parution au Seuil de la revue « Par ici la sortie ! », à laquelle il contribue.

Emmanuel Todd est docteur en histoire de l’université de Cambridge, anthropologue et chercheur à l’Institut national d’études démographiques (INED).

Je ne me considère pas comme un intellectuel. Je suis un chercheur, et je suis intervenu occasionnellement dans le débat parce que j’avais le sentiment d’avoir mis la main empiriquement sur des choses intéressantes que les gens n’avaient pas pour comprendre.
(Emmanuel Todd)

Ce 18 juin paraissait au Seuil le premier numéro de Par ici la sortie !, nouvelle revue qui réunit de grands noms du monde intellectuel pour penser la crise du Covid-19. Aux côtés de Thomas Piketty, Eva Illouz, Michelle Perrot, ou Corine Pelluchon, Emmanuel Todd y a lui-même contribué à travers l’article « La défaite (pas si étrange) de nos élites », où il revient en outre sur la mauvaise gestion de la crise du Coronavirus par les pouvoirs publics en France.

« Gouverner c’est choisir », c’est la formule de Mendès France. Aujourd’hui, en France, gouverner c’est mentir : sur les bénéfices de l’euro, sur le bien-être que va nous apporter la globalisation… […] Quelque chose de formidable s’est passé dans cette épidémie : on a vu le mensonge en direct.[…] Quand il n’y a pas de masque parce qu’on n’a plus d’industrie, on est pris en flagrant délit de mensonge.
(Emmanuel Todd)

Selon lui, le Covid-19 ne changera pas notre trajectoire historique, mais il va bien agir comme un révélateur et un accélérateur des vérités nationales. Par exemple, il note que la plupart des décès ont eu lieu dans le Grand Est et la région parisienne, et 30% dans les Hauts-de-France, en Auvergne-Rhône-Alpes, Paca et Bourgogne-Franche-Comté. Des zones qui dessinent ce qu’il nomme la carte de la « France des tempêtes », celle qui est bousculée par les crises industrielle ou migratoire, par contraste avec la France « abritée » et plus favorisée de l’Ouest.

L’épidémie de sida avait été un bouleversement beaucoup plus grand que cette épidémie.
(Emmanuel Todd)

Selon lui, la pandémie montre la primauté de l’appareil industriel sur la monnaie, les pays n’ayant pas pris soin de leur industrie étant les plus durement touchés par cette crise, car ne disposant pas de l’équipement nécessaire à la lutte contre le Covid-19 : la France, l’Angleterre… en opposition à des pays comme l’Allemagne ou la Corée. Surtout, il craint un « vrai risque d’explosion sociale », non plus une lutte des classes civilisées pour répondre à l’incompétence qu’il dénonce des dirigeants, mais une véritable guerre civile en France.

Pour les pays avancés, le problème n’est pas d’arriver à la conclusion logique que seule la nation peut agir, mais d’avoir chez les citoyens de l’ensemble d’un pays, et pas seulement dans les classes dirigeantes, un substrat de sentiment collectif qui permet de mettre les choses en place. […] Qu’est-ce qui fait qu’on est incapable de croire ensemble en un but commun, même si, en gros, on est d’accord?
(Emmanuel Todd)

A l’heure où certains déplorent que le qualificatif « Rouge-brun » soit utilisé à tout va, notamment à l’encontre de Michel Onfray, qui, le 23 juin, publie de son côté le premier numéro de sa revue Front populaire pour donner naissance à ce qu’il nomme « l‘union des souverainistes de droite, de gauche, et d’ailleurs« , Emmanuel Todd s’est lui-même vu reprocher des prises de position souvent polémiques. Dans l’utilisation du terme «fascistoïde», par exemple, pour décrire le climat actuel. Terme qu’il maintient, lui qui prévient que la crise du covid-19 pourrait mettre à mal la « légalité républicaine » en jouant de cette atmosphère de désordre et de peur.

A noter que Emmanuel Todd publie Eloge de l’empirisme. Dialogue sur l’épistémologie des sciences sociales (CNRS, 2020), un dialogue entre lui et plusieurs sociologues (Morgan Jouvenet…) et épistémologues, emmenés par Marc Joly. L’occasion, notamment, de revenir sur son parcours et sa méthode de recherche. »

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