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Mea culpa de l’exécutif, et annonce d’un CHANGEMENT DE MÉTHODE

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BILLET

Retour sur l’interview présidentielle et le discours du 1° Ministre : un regain de démocratie ?

Un mea culpa du Chef de l’Etat, sur la méthode

Revenant sur les critiques de ces dernières années à l’encontre de son action et de la crispation avec une partie du peuple français, le chef de l’Etat a rappelé qu’un « président qui voudrait tout réformer pour que ce ne soit que les meilleurs qui puissent réussir dans notre pays, finalement, s’adapte à la mondialisation. Ça n’est pas mon projet. »

Le Président a dénoncé les « discours de haine » et de « radicalité », qui « affaiblissent » la démocratie. Il n’est pas allé jusqu’à indiquer que l’insuffisance de la pratique démocratique crée les phénomènes qu’il dénonce.

Emmanuel Macron- peut être sensible à la mauvaise image qu’il peut générer – a également fait le bilan de son action au sommet de l’Etat estimant avoir sans doute « laissé paraître quelque chose que je ne crois pas être, profondément, mais que les gens se sont mis à détester ». Le « mea culpa » que les français auront entendu semble désormais revenir à chaque intervention.

Sa doctrine du « quoi qu’il en coûte », prononcée début mars, reste donc d’actualité. « Cet effort se poursuit », a indiqué le président de la République, et la priorité est désormais à l’emploi et à la jeunesse.

Interrogé sur les raisons pour lesquelles il avait décidé de renouer avec l’exercice de la prise de parole présidentielle le 14-Juillet, Emmanuel Macron a expliqué que « le pays a été profondément bouleversé et traumatisé », ajoutant : « Je crois que ce 14-Juillet avait un tour particulier qui justifie cet échange. »

« Davantage de dialogue social »

Emmanuel Macron a estimé que la France « au fond a peur », et regretté « une crise de confiance », tout en reconnaissant être l’objet « d’une détestation » alimentée parfois par ses propres « maladresses ». Il a reconnu ne pas avoir réussi à être le président qui réconcilie les Français :

« Nous avons vécu une crise sociale avec les “gilets jaunes” qui a été la colère d’une partie du peuple français, qui (…) s’est dit : “Ce monde n’est pas fait pour nous. Les réformes qu’ils font, ce qu’ils nous demandent de faire n’est pas fait pour nous.” (…) Nous n’avons pas produit de résultats, on n’a pas été assez vite. »

Sur les réformes, menées « tambour battant » au début de son quinquennat, le chef de l’Etat a reconnu que certaines choses n’étaient « pas justes ». Il a donc fait valoir sa volonté de passer par « davantage de dialogue social ».

Comment passer des intentions aux actes ?

Pourtant, de la première grave crise du quinquennat, sociale, celle des gilets jaunes, Emmanuel Macron a retenu, comme il l’avait déjà expliqué, qu’il lui fallait renouer le dialogue – sauf avec les gilets jaunes eux-mêmes ? – Ce dialogue républicain tant attendu par ceux qui s’insurgent sur ce qui apparait bien comme une crise majeure de la démocratie n’a pas été rétabli et la convention citoyenne n’y contribue pas véritablement.

La deuxième crise, sanitaire celle-là, donne à présent une nouvelle occasion de changer de méthode. La gestion de la crise n’a pas permis cet élan, l’aura-t-on dans les mois prochains, il faut l’espérer même si le discours confirme en creux que l’Exécutif renonce bien à faire le RETEX de la gestion de crise, pratique relevant aussi bien de d’une démocratie réelle et d’une gestion publique efficiente.

Le naturel…le changement de cap annoncé sur la taxe d’habitation -malgré la promesse encore répétée dans la même séquence qu’il n’y aurait pas de hausse d’impôts – va-t-il contribuer à la confiance réclamée ? Pour préserver autant que possible les finances publiques, le projet serait de « décaler un peu, pour les plus fortunés d’entre nous, la suppression de la taxe d’habitation ». Ladite suppression est prévue entre 2021 et 2023 pour les 20 % de foyers les plus riches. Résultat : un effort près de 8 milliards d’euros par an pour des contribuables dont la charge fiscale devait rester stable dans le cadre des réformes précédents « en plus et en moins ».  

Interrogé, Emmanuel Macron a déclaré que « la réforme des retraites ne peut pas se faire comme elle était enclenchée avant la crise ». « Il faut la remettre à la discussion et à la négociation », a-t-il insisté, en indiquant que le Premier Ministre allait « réunir vendredi tous les partenaires sociaux pour tout remettre sur la table. »

Les annonces du 1° Ministre : les priorités et un retour au dialogue social

Moment majeur de notre démocratie – et ce qui nous reste de la dose de parlementarisme du régime, malgré un aspect peut être plus rituel que réel   : le discours du 1° Ministre devant l’Assemblée Nationale.

Jean Castex – compte tenu de son parcours – perçu comme un « technocrate et un collaborateur » est présenté – dans un significatif effort de communication présidentielle et gouvernemental – comme un « élu local », spécialiste du dialogue social.

Lutte contre le chômage, plan de relance, écologie, industrie, séparatismes, délinquance… territoires sont parmi les principaux thèmes abordés.

Sur l’emploi, il annonce des concertations : « La préservation de l’emploi sera la priorité absolue de mon gouvernement pour les 18 prochains mois », a martelé le nouveau premier ministre qui a, sur ce point, entendu les partenaires sociaux. La réforme pour mettre en place un système universel de retraites reste, elle, « nécessaire », mais elle sera séparée d’une éventuelle réforme financière et ne se fera qu’après un nouveau cycle de discussions.

La France, la République, les territoires

Le Premier Ministre donne un style qu’il veut nouveau à son action en insistant sur le dialogue, la République et les territoires. « La France, c’est la République. Et celle-ci aussi se trouve aujourd’hui ébranlée dans ses fondements par la coalition de ses ennemis : terroristes, extrémistes, complotistes, séparatistes, communautaristes », a indiqué le chef du gouvernement. Un projet de loi contre les séparatismes sera présenté à la rentrée, « la lutte contre l’islamisme » restant une « préoccupation majeure ».

« La République, c’est la laïcité comme valeur cardinale, comme fer de lance de la cohésion de la société. Mon Gouvernement la défendra avec intransigeance. »

« Je tends la main », a-t-il ainsi résumé. Les partenaires sociaux, les parlementaires, les élus et les citoyens eux-mêmes seront associés à son « œuvre de protection et de reconstruction

Après le mea culpa d’Emmanuel Macron sur ses réformes menées tambour battant durant trois ans, Jean Castex affiche un  « gaullisme social » – bien difficile à définir – il veut « ressouder » une « France en plein doute », celle « qui se sent abandonnée », « la France des banlieues, la France rurale, la France des outre-mer », et aussi celle « qui ne dit rien », « une France du bon sens et de la raison».

Réinvestir les territoires

Cette priorité au local est à double détente. Tout d’abord, il s’agit d’une part d’engager une réforme de l’Etat et de le déconcentrer. Il annonce une « révolution » : Toutes les créations d’emploi de fonctionnaires qui seront autorisées par le projet de budget pour 2021 seront affectées dans les services départementaux de l’État, et non les administrations centrales. Il confirme aussi la création d’un commissariat national au plan pour retrouver « notre capacité à nous projeter dans le long terme ».

Ensuite, les collectivités locales seront au cœur de toutes les politiques publiques des deux ans à venir. Et il confirme que le droit à différenciation sera inscrit dans la constitution et qu’une nouvelle étape de décentralisation sera engagée,

Le tout dans une « boussole » et un cap : 600 jours

Un discours plein de promesses – et formons le vœu que les changements de méthode de gouvernement se réalisent et aillent même au-delà – essentiellement situé dans une perspective électorale puisque le 1° Ministre confirme au moment où il conclut son allocution , avant de demander leur confiance aux représentants de la Nation – ce qu’a martelé également le PR :  « Nous avons 600 jours et nous avons une boussole, la République, elle est notre ciment »

P.A.

1 réponse »

  1. Un lecteur nous propose, tout en saluant la bienveillance de la publication de METAHODOS, la cronique suivante:

    FIGAROVOX.-

    Tracer un nouveau chemin et «en même temps» maintenir le cap: dans son entretien du 14 juillet, Emmanuel Macron a-t-il réussi à clarifier la ligne sur laquelle il entend se positionner d’ici la fin de son mandat?

    Arnaud BENEDETTI.

    – Il reste en équilibre, et c’est surtout ce que l’on retient de sa prestation. Un équilibre dont on mesure la précarité entre deux exigences: l’urgence et l’affichage. L’urgence pour faire face à la nécessité de sauver l’économie française, catapultée par la crise sanitaire ; l’affichage qui veut sauver la signature originelle du macronisme, à savoir l’esprit de réforme d’un côté et le «en même temps» de l’autre. Le problème c’est que la seconde exigence est rendue impossible par la première, sans compter que la temporalité propre au mandat (il reste moins de deux ans) renforce cette impossibilité.

    On ne pense pas assez souvent que l’une des finalités existentielles de la communication politique consiste à mettre en œuvre des stratégies visant à sauver la face.
    On ne pense pas assez souvent que l’une des finalités existentielles de la communication politique consiste également à mettre en œuvre des stratégies visant à sauver la face, surtout lorsqu’on exerce des responsabilités. À sa façon, Emmanuel Macron est entré dans ce moment. Pourquoi sauver la face, pourquoi maintenir l’image de la promesse initiale du macronisme, notamment lorsqu’il dit vouloir toujours réformer en dépassant les clivages anciens? Parce qu’il pense que la préservation de son modèle ne souffre pas de l’aveu de ses faiblesses, de ses contradictions. Il y a quelque chose de la foi dans la réaffirmation de ces fondamentaux originaux, une foi stratégique aussi car sans cette orthodoxie présumée c’est tout l’édifice politique de la macronie qui est ébranlé. Macron se veut exceptionnel par sa trajectoire ; s’il en vient à reconnaître l’échec de son entreprise par le renoncement à ce qui en aurait fait son originalité, il se banalise à l’instar du «vieux monde» qu’il entend dépasser. Déjà affaibli dans l’opinion, difficilement audible durant la crise sanitaire, défait lors des municipales, en proie à des tensions au sein de son bloc majoritaire, il lui faut tenir sur le mythe originel pour éviter de devenir un politicien comme les autres car il perdrait alors ce qu’il y a de plus distinctif dans sa marque de fabrique.

    La crise sanitaire a été l’occasion de rendre un hommage appuyé aux forces vives de la nation. Le défi de ce 14 juillet, surpasser les fractures nées au cours de ces derniers mois pour faire triompher l’esprit de concorde nationale, a-t-il été accompli?

    Le rite est nécessaire à la cohésion de la Nation, c’est aussi pour cela qu’il existe des fêtes nationales. Elles sont un moment de commémoration où les citoyens sont appelés à faire bloc autour de la Nation – mais pas nécessairement autour de ceux qui la dirigent.

    Le 14 juillet ne constitue plus forcément une trêve dans l’expression des « passions françaises ».
    On voit depuis plusieurs années que cet instant collectif est aussi une séquence où certains groupes se saisissent de cette opportunité pour manifester leurs mécontentements contre les gouvernants. On l’a vu sous François Hollande, on le voit aujourd’hui sous Emmanuel Macron. Le 14 juillet ne constitue plus forcément une trêve dans l’expression des «passions françaises». Les manifestations des soignants place de la République, la prise à partie pour le moins choquante du Président aux Tuileries, corroborent cette persistance des fractures au cœur même d’une journée-symbole de la concorde nationale. S’il n’y a plus de mise en suspens de nos désaccords, y compris dans ce temps très singulier de respiration du 14 juillet, cela confirme qu’il y a bien quelque chose de déréglé qui est plus fort que la sacralité institutionnelle.

    » LIRE AUSSI – Guillaume Tabard: «Macron, une capacité à surprendre et inventer égarée»

    La manière dont le chef de l’État aborde la question écologique et en particulier son projet d’un référendum constitutionnel vous semblent-ils fédérateurs?

    Depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron ne veut pas laisser le monopole de l’écologie aux seuls verts. Il n’est pas le premier à s’essayer à cette entreprise. Le problème c’est que son volontarisme communicant en la matière a dépassé, et de loin, la perception de ses résultats par celles et ceux qui sont les plus engagés et les plus attachés à la cause environnementale. Celle-ci au demeurant opère comme une injonction morale permanente, sans que l’on puisse interroger, ne serait-ce que de manière critique, cette absolutisation ou réification de la nature.

    L’idée est de s’approprier l’écologie en vue d’une hypothèse référendaire à priori sans risque pour se relégitimer
    Macron, au regard de son parcours et de sa tradition intellectuelle, n’est pas dans cette béatification de l’écologie politique. Il ne cherche qu’à l’intégrer dans son corpus doctrinal. Conscient du caractère quasi injonctif, voire catégorique de la préoccupation environnementale, il triangule de telle sorte qu’il se saisit d’un principe très général, la préservation de la biodiversité entre autres, comme point d’appui à la sincérité de son engagement d’une part, et comme objectif de constitutionnalisation d’autre part afin d’objectiver politiquement cette sincérité. Jacques Chirac avait au demeurant la même chose avec la constitutionnalisation du principe de précaution. De ce point de vue, Emmanuel Macron est très chiraquien en quelque sorte, sauf que Chirac était passé par la voie du congrès. Là, l’idée est de s’approprier l’écologie en vue d’une hypothèse référendaire à priori sans risque pour se relégitimer, se ressourcer par l’appel au peuple à quelques encablures de la présidentielle de 2022. Le risque est néanmoins soit de se heurter à une abstention massive, soit de voir se transformer le référendum en référendum pro ou anti-Macron.

    Au cours de plus d’une heure d’interview, la question de la sécurité et des violences ordinaires n’a pas été abordée une seule fois. Au risque de paraître en décalage avec les préoccupations nées de l’actualité récente?

    L’exercice auquel nous avons assisté convoque une figure traditionnelle du journalisme, mise à mal aujourd’hui avec les réseaux sociaux et internet. Il s’agit du gatekeeping, c’est-à-dire cette fonction du journalisme qui en tant que dispositif d’intermédiation participe à la définition de ce qui est légitime ou non à accéder à l’agenda politico-médiatique. Il va de soi qu’aujourd’hui l’écosystème médiatique avec la digitalisation des contenus tend à rendre obsolète ce mode de fonctionnement et à renforcer le sentiment de coupure entre la réalité véhiculée et le réel vécu. Ce hiatus pour la circonstance sur-souligne l’une des critiques récurrentes adressées à la présidence Macron: celle d’être une présidence hors-sol. Gageons que le discours de politique générale du Premier ministre abordera cette problématique.

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