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« Quand un fonctionnaire dit non, il a fini son boulot »

« Votre idée est intéressante mais si je fais quelque chose, on va me demander de créer un groupe de travail avec tout le monde. On se réunira trois ou quatre fois et il n’en sortira jamais rien… »

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« Quand un fonctionnaire dit non, il a fini son boulot »

oct. 7, 2020 l’Opinion


A 69 ANS, ALAIN LAURIER en connaît un rayon sur l’administration française, de la base au sommet. D’abord parce qu’il a été, dans une première vie professionnelle, fonctionnaire au ministère de l’Equipement. Il a remis sa démission au bout de dix ans, excédé : « Quand un fonctionnaire dit non, il a fini son boulot, résume-t-il. S’il dit oui, il doit expliquer pourquoi, il prend un risque… donc il préfère dire non ».


Ensuite parce qu’il a eu, en 1996, une idée innovante pour permettre la construction de logements sociaux : assurer le cofinancement par de l’épargne privée, en dissociant le droit de propriété d’un bien de son droit d’usage. Il a ainsi inventé l’usufruit locatif social (USL). Il présente son modèle à Jean-François Cirelli, alors conseiller économique du président Chirac : « Allez voir à Bercy le chef du bureau du financement du logement. » Il rencontre ce dernier, Bruno Bézard : « Votre idée est intéressante mais si je fais quelque chose, on va me demander de créer un groupe de travail avec tout le monde (USH, Caisse des dépôts, Action Logement… ).

On se réunira trois ou quatre fois et il n’en sortira jamais rien. Puisque rien n’interdit votre modèle, faites des opérations sur le terrain et revenez vers moi si vous rencontrez un problème ». « Il m’a évité un piège », apprécie Alain Laurier.


Obligations. En 1999, il crée sa société, Pierre épargne retraite logement (Perl), qui connaît un développement rapide, construisant environ un millier de logements sociaux par an – mais pas suffisamment sociaux pour certains fonctionnaires…

Il y a quelques années, le préfet d’Ile-de-France, Jean-François Carenco, qui peine à remplir les obligations du droit au logement opposable (Dalo), reçoit Alain Laurier, à l’époque président de l’Union des constructeurs immobiliers d’Ile-de-France. Ce dernier lui propose une solution « gagnantgagnant » : Perl fera du logement social intermédiaire (PLS) avec un bailleur social qui s’engagera, par ailleurs, à construire des logements très sociaux (PLUS et PLAI). Carenco est séduit. Encore faut-il signer une convention impliquant tous les acteurs, y compris l’administration. Un an plus tard, il reçoit de nouveau Laurier : « J’en suis à la version 22 de cette convention, on n’y arrivera pas… »


De fait, il n’y est pas arrivé : la direction régionale et interdépartementale de l’hébergement et du logement (DRIHL) estime que ne doit être construit que du logement « très social », pour les plus pauvres, et non de l’intermédiaire, où seraient logées des classes moyennes. « Une chappe de dogmatisme », dénonce Laurier. Vendredi, Emmanuel Macron a pointé, parmi les causes du « séparatisme », « la ghettoïsation que notre République » et une « concentration de la misère et des difficultés ». Qui continue cependant, à travers la politique du logement.


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