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Inquiétude /Résignation /Protestation /Colère…du reconfinement à la présidentielle

mise à jour 1 et 2

ACTUALITE du 29 octobre 2020 – RECONFINEMENT

Servitude volontaire ? pas vraiment. Colère, protestation, inquiétude, incompréhension aussi, envahissent les esprits des Français. Ils n’en conservent pas moins un esprit civique et veulent tout autant se protéger qu’obtenir la protection des pouvoirs publics.

Pierre ANDRE et Armand FLAX ont sélectionné un certain nombre d’articles. Quatre sont présentés, trois autres sont également repris.

« Face à l’échec de sa stratégie, Emmanuel Macron contraint à un reconfinement », titre Le Monde

Extraits de l’article d’ Olivier Faye: La riposte graduée a été abandonnée, alors que la France se rapproche du pic du printemps. L’exécutif veut croire que ce deuxième confinement ne ressemblera pas au premier.

« Cela ne suffit pas, cela ne suffit plus. » Emmanuel Macron croyait avoir trouvé la recette pour permettre à la société française de « vivre avec » le Covid-19 sans recourir au confinement, cette « fruste » méthode qui charrie, selon lui, des relents de Moyen Age.

Sa stratégie de riposte graduée, territorialisée, a été critiquée par ses opposants pour son caractère illisible ; l’épidémie de Covid-19 l’a jetée à terre comme un château de cartes. En cette fin du mois d’octobre, la France est en passe de retrouver le pic qui avait été atteint au printemps lors de la première vague.

« Deuxième vague du Covid-19 : les mises en garde ignorées du conseil scientifique » titre Le Monde

Si les épidémiologistes reconnaissent que les derniers jours ont marqué une inflexion brutale, la montée inexorable avait été signalée de longue date. Article d’Hervé Morin.

« Du déconfinement à la déconfiture » titre Le Figaro

« Du déconfinement à la déconfiture : comment nous en sommes arrivés là ? Depuis juin, les signes d’alerte se sont multipliés. Face à la dégradation rapide de la situation sanitaire, le chef de l’État a été contraint de renforcer son dispositif,  » interroge ARTHUR BERDAH

« Comment a-t-on pu en arriver là ? La question est dans tous les esprits. Il n’y a pas de réponse évidente, mais une accumulation funeste de faits épidémiques, de responsabilités politiques et d’aveuglements collectifs. Un déconfinement sans reprise épidémique immédiate nous a laissés accroire que le cauchemar était terminé. Le redémarrage à bas bruit pendant l’été, chez les jeunes donc avec peu de cas graves, a cultivé un sentiment d’insouciance.

La lente montée de la vague, moins brutale qu’au printemps, est passée relativement inaperçue. Personne n’a voulu écouter les lanceurs d’alerte. Le mythe de Cassandre n’a rien perdu de sa modernité. La stratégie « tester, tracer, isoler» a ensuite volé en éclat, mettant au jour une impréparation coupable. Laboratoires embouteillés, brigades de traçage submergés, Français indisciplinés : tout a déraillé.

L’exécutif enfin n’a pas su renoncer à son dogme : «Il faut vivre avec le virus». Puis les services de réanimation se sont remplis, inexorablement. Et pour finir, le basculement brutal du chef de l’État qui, comme au printemps, se retrouve au pied du mur. Récit d’une tragédie sanitaire en cinq actes.
Acte I – Juin : le scénario de déconfinement idéal… »

« Reconfinement : Emmanuel Macron, chef de guerre en déroute« , titre Le Point

Alors que la France est « submergée » par l’épidémie, le président a annoncé un reconfinèrent du pays, et en appelle au « civisme » de tous.

Géraldine Woessner écrit dans Le point: « Vous avez dit anxiogène ? Rarement, allocution présidentielle aura donné à voir un changement de position aussi subit.

Cinq jours plus tôt seulement, à Pontoise, Emmanuel Macron disait sa confiance de pouvoir enrayer, grâce au couvre-feu, une deuxième vague annoncée pourtant depuis des semaines par les épidémiologistes.

Il se navrait alors de «  réduire un peu ce qui, je sais, fait partie aussi du sel de la vie. » La fête, les rencontres entre amis, « l’esprit français »… Cinq jours plus tard, donc, la violente réalité de ce que produit une courbe exponentielle a douché tout espoir. Comme l… »

« L’inquiétude des Français l’emporte sur leur colère face à l’évolution de l’épidémie« , titre Marianne

Emmanuel Macron a annoncé ce mercredi 28 octobre le retour au confinement contre le Covid-19. Selon Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion de l’Ifop et auteur de « L’Archipel français », l’inquiétude des Français l’emporte sur leur colère face à l’évolution de l’épidémie.

Fin de la récréation. Emmanuel Macron a annoncé ce mercredi 28 octobre un reconfinement pour lutter contre la recrudescence de l’épidémie de Covid-19. Le nombre de cas graves connaît une brusque remontée : 2.909 malades du Covid-19 étaient hospitalisés en réanimation ce mardi, soit un niveau équivalent à celui du 25 mars dernier.


Une telle mesure serait aujourd’hui désapprouvée par une majorité de Français, à en croire un sondage Harris Interactive pour LCI. Dans cette étude, réalisée mardi auprès d’un échantillon représentatif de 1.026 personnes, seuls 45 % des répondants se disent ainsi favorables à un confinement « tous les jours au niveau national ». Ils sont toutefois nettement moins nombreux à affirmer vouloir défier les consignes : 15 % indiquent qu’ils ne respecteraient pas le confinement, quand 31 % l’appliqueraient « en [se] permettant quelques exceptions ».

Tandis qu’un dispositif moins contraignant serait nettement plus soutenu, toujours selon ce sondage. Un confinement limité au week-end et aux zones « où le virus circule le plus » y recueille notamment 73 % d’approbation, un taux qui tombe à 65 % si la mesure devait s’appliquer tous les jours de la semaine. Mais malgré ces chiffres, un nouveau confinement ne devrait pas susciter une large opposition selon Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion de l’Ifop et auteur de L’Archipel français. Marianne publie un entretien avec lui ( ARTICLE 1 )

« Tentés par la protestation, les Français sont en demande de protection » titre Le Figaro dans la présentation de l’indicateur de la protestation électorale

Celui ci est établi régulièrement par par la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) en partenariat avec le Figaro.

La France post-« gilets jaunes » présentait un visage tourmenté. La France touchée par l’épidémie de Covid-19 se montre plus anxieuse encore. À un an et demi de l’élection présidentielle, jamais le pays n’a été autant tenté par un vote « protestataire »

Dans la perspective de la présidentielle de 2022, près de huit électeurs inscrits sur dix (79 %, + 2 points en un an) affirment envisager un vote de protestation: l’abstention, le vote blanc ou le vote antisystème.

Nous vous présentons les resultats de cette enquète ( ARTICLE 2 )

« Les abstentionnistes peuvent provoquer un accident électoral en 2022« , titre Le Figaro pour l’entretien avec Dominique Reynié ( ARTICLE 3 )

ARTICLE 1

L’inquiétude des Français l’emporte sur leur colère face à l’évolution de l’épidémie

Marianne : Les nouvelles restrictions annoncées par Emmanuel Macron risquent-elles d’être rejetées par les Français ?


Jérôme Fourquet : Tout dépendra de l’ampleur des sacrifices demandés, et s’il y aura des exemptions, des seuils de tolérance. Un autre paramètre très important est le niveau d’inquiétude de la population, son évaluation de la menace. On a bien vu pendant la première vague que la peur était très présente, et qu’elle avait été un ingrédient déterminant du large respect du confinement. Aujourd’hui, l’inquiétude pour soi ou ses proches mesurée dans les sondages est très élevée, et assez similaire à celle observée en mars-avril. D’autres indicateurs peuvent attester de ces craintes, comme les très nombreux recours aux tests, et le respect massif du port du masque dans la rue. Tout le monde a aussi en tête le risque d’avoir une forme grave de la maladie, et de se retrouver face à des urgences saturées. Savoir si la France est un cas isolé ou pas est un troisième facteur : voir que la flambée de l’épidémie n’est pas l’apanage de notre pays, et que nos voisins prennent aussi des mesures contraignantes peut atténuer le sentiment de colère.

« Le crédit de certains spécialistes a été malmené mais les soignants gardent un très haut niveau de légitimité »

Une fois que l’on a regardé tout ça, je pense que l’état d’esprit ambiant est une forme d’acceptation résignée des mesures. Sur le mode : « Il faut en passer par là, même la mort dans l’âme et en traînant des pieds nous allons nous y conformer ». Il y aura beaucoup de rancœur, mais nos concitoyens sont avant tout inquiets, et perçoivent clairement les chiffres d’hospitalisation comme les appels au secours du personnel soignant. Car si le crédit de certains spécialistes a été malmené par les joutes auxquelles nous avons assisté sur les plateaux télé, les soignants gardent un très haut niveau de légitimité, notamment ceux qui travaillent en réanimation. Et ce qu’ils disent depuis une dizaine de jours sur la situation des hôpitaux est fortement entendu.

Le sondage d’Harris suggère pourtant une forte opposition à un nouveau confinement…
À mon avis, ces résultats ne reflètent pas une opposition ferme et argumentée, mais davantage une forme de souhait, une préférence si l’on n’était pas obligé d’en repasser par là. Sinon, vous n’auriez pas derrière 85 % des gens qui indiquent être prêts à l’appliquer, même si la peur de l’amende peut jouer en ce sens. Pour les 15 % restants, il faut aussi avoir en tête la géographie extrêmement diversifiée de la France. Dans des territoires très ruraux ou peu touchés par le virus, des habitants peuvent se dire que malgré le confinement, ils vont prendre leur voiture pour aller voir leur famille, en empruntant des petites routes parce qu’on sait qu’il n’y a jamais de gendarmes. Et si le confinement a été bien respecté partout pendant la première vague, on a aussi vu que l’inquiétude vis-à-vis du virus était vécue différemment entre un arrondissement de Paris et une zone à faible densité.


Des représentants du patronat ont alerté en début de semaine sur les dégâts que provoquerait un nouveau confinement. Les Français ont-ils choisi entre les impératifs sanitaires et économiques ?

On voit dans nos enquêtes que les inquiétudes sur les conséquences économiques de la crise sont encore plus partagées que sur l’aspect sanitaire. Mais pour autant, on ne voit pas de majorité ou même de minorité forte pour réclamer l’arrêt des mesures et que l’on mette la priorité sur la survie du tissu économique. Face aux courbes des décès et des admissions en réanimation, aux traumatismes que peuvent provoquer les nombreuses morts dans certains EHPAD, tout contre-argumentaire est balayé. Il n’y a d’ailleurs pas de voix forte dans le débat public qui dise que le remède est pire que le mal : aucun responsable politique ou patronal n’a défendu un tel message.

Aujourd’hui, le mot d’ordre est davantage de faire la guerre avec zéro morts.

Plus largement, un enseignement important de la crise est que le prix de la vie humaine a été placé tout en haut de l’échelle en matière de décisions politiques. Et je pense que la plupart des pays occidentaux se sont rangés derrière cette hiérarchie de valeurs. J’ai travaillé sur une comparaison avec la grippe de Hong Kong de 1968, qui avait balayé l’Europe et les États-Unis. À l’époque, il n’y a pas eu de débat : ce n’est même pas venu à l’esprit de mettre à l’arrêt des pays entiers pour combattre une vague épidémique. Il y a eu un changement profond depuis, avec une société devenue plus hédoniste, et une sacralisation de la vie humaine et de l’individu. Autrefois, il était collectivement admis que certaines décisions peuvent conduire à de nombreux décès, typiquement une intervention militaire. Aujourd’hui, le mot d’ordre est davantage de faire la guerre avec zéro morts. On l’a vu aussi en matière de sécurité routière : là où les morts sur la route étaient vu comme une fatalité il y a 50 ans, elles ne sont plus acceptables aujourd’hui.


Les Français acceptent-ils davantage les mesures sanitaires que dans d’autres pays ?


À ce stade, nous n’avons pas eu de manifestation de rue témoignant d’une hostilité violente contre les mesures. Alors que des opposants au port du masque ont défilé il y a quelques semaines en Allemagne et en Espagne, et que des manifestations ont parfois viré à l’émeute dans certaines régions italiennes. En Allemagne, cela peut s’expliquer par un attachement à la liberté en même temps qu’une moindre inquiétude, alors que le pays a été nettement moins touché que la France en septembre. Mais en même temps, l’application de traçage allemande a été bien plus téléchargée que StopCovid. Une autre comparaison peut être faite avec les États-Unis, où une forte politisation politique s’est installée autour des mesures sanitaires, qui ont été critiquées par Trump et les Républicains. Ce qui n’est pas du tout le cas en France sur ces questions.

ARTICLE 2

Tentés par la protestation, les Français sont en demande de protection

L. B. · oct. 26, 2020

Fortes tentations antisystème, défiance à l’endroit des gouvernants et méfiance envers la mondialisation.


En vue de 2022, près de huit électeurs inscrits sur dix (79 %, + 2 points en un an) affirment envisager l’abstention, le vote blanc ou le vote antisystème – Le Pen, Mélenchon, Dupont-Aignan ou un candidat de la gauche révolutionnaire. Déjà très forte lors du premier tour de la présidentielle de 2017 (60,9% des inscrits), cette « protestation électorale » traduit une « déconsolidation démocratique », analyse Dominique Reynié, directeur général de Fondapol (lire ci-contre dans l’ARTCLE 3).


Dans cette France encline à la protestation, les tentations les plus partagées restent le vote blanc (49 %, + 1 point en un an) et l’abstention (45%, +4). Preuve de l’ampleur de cette prise de distance avec le système électoral, les bataillons d’abstentionnistes potentiels recrutent à un haut niveau dans toutes les catégories d’âge et de profession; seuls les retraités et les plus de 65 ans y sont sous-représentés (28 %).


La leader du vote antisystème reste la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, dont le potentiel électoral se maintient haut : 18 % des électeurs sont « certains » ou ont « de fortes chances» de voter pour elle au premier tour de 2022, loin devant l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon (8 %), second visage de l’expression antisystème. Et juste devant Emmanuel Macron (16 %).


Trois ans et demi de macronisme au pouvoir n’ont pas fait refluer les velléités protestataires des Français, mais le chef de l’État résiste face à ce mur de défiance. Dans l’hypothèse d’un nouveau second tour Macron-Le Pen, il disposerait du vote «certain» ou «probable» de 31% d’électeurs, devant la députée du Pasde-Calais (25 %). L’incertitude plane toutefois sur un tel face-à-face, tant l’indécision (13%) est encore forte dans la population, sans compter l’abstention ou le vote blanc potentiels (29 %), en capacité de faire basculer le scrutin.


Face au camp « protestataire », les alternatives ne sont pas enterrées : 72 % des électeurs pourraient voter pour au moins l’un des quatre principaux partis dit de gouvernement (EELV, LR, LREM, PS), avec une plus forte tentation au profit des Verts (42 %). Mais ces formations se retrouvent devant un cruel constat : la démocratie représentative n’est plus incontournable pour de plus en plus de Français. Seuls 59 % d’entre eux la préfèrent à un système de démocratie directe (25 %) ou autoritaire (12 %).


Cette quête d’un pouvoir fort est l’une des facettes du besoin d’autorité et de l’exigence de protections exprimés par les Français. S’accumulent une anxiété économique et sociale, malgré l’annonce d’un plan de relance massif de 100 milliards d’euros, une angoisse sanitaire et un souci sécuritaire de plus en plus aigu : l’inquiétude face à la délinquance (50 %) a augmenté de 16 points en un an, après une année marquée par des faits divers, des attaques islamistes et un débat sur l’« ensauvagement » de la société au sommet de l’État. En 2020, gouverner revient à tenter de vaincre des peurs.

NB: Ce que recouvre la « protestation électorale »

Sous la notion de « protestation électorale », Fondapol agrège quatre comportements électoraux : la tentation déclarée à voter populiste (Rassemblement national, La France insoumise, Debout la France), à voter pour la gauche révolutionnaire (Lutte ouvrière, Nouveau Parti anticapitaliste), à s’abstenir et à voter blanc. Six éléments caractérisent l’offre populiste, selon la fondation : l’appel au peuple, un discours anti-élites, une culture autoritaire, un programme nationaliste, un style rhétorique notamment caractérisé par l’exagération ou la simplification, et une vision xénophobe – dimension sur laquelle LFI « ne veut pas ou ne parvient pas à s’engager durablement », précise toutefois Fondapol. Situé « entre droite souverainiste et droite populiste », Debout la France a été retenu en raison de son accord avec Marine Le Pen avant le second tour de la présidentielle de 2017.

ARTICLE 3

Les abstentionnistes peuvent provoquer un accident électoral en 2022

Professeur à Sciences Po, Dominique Reynié est directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) PROPOS RECUEILLIS PAR LORIS BOICHOT @lboichot · oct. 26, 2020 Le Figaro

La demande de sécurité est non négociable. Les partis qui voudront l’ignorer, ou atermoyer, seront renvoyés à la marginalité électorale


LE FIGARO. – À dix-huit mois de la présidentielle, votre enquête laisse apparaître une France plus que jamais tentée par l’abstention, le vote blanc ou le vote antisystème. Un avertissement pour Emmanuel Macron ?

Dominique REYNIÉ. – Pour nous tous. La disponibilité protestataire déclarée concerne 79 % de nos concitoyens. La société française poursuit sa mue politique : déconsolidation démocratique, protestation et droitisation. La déconsolidation démocratique est déjà manifeste : l’abstention historique lors des municipales du 28 juin dernier en est un signe puissant. C’est une erreur de n’y voir qu’un effet de la crise sanitaire, alors que 59 % seulement de nos concitoyens disent leur préférence pour la démocratie représentative, contre 64 % en janvier. Le soutien est plus faible encore parmi ceux qui risquent de subir davantage les conséquences de la crise : les artisans, commerçants et chefs d’entreprise (38 %), les ouvriers (44 %). Si 25 % des Français disent vouloir une démocratie directe, notre enquête révèle que cette option agrège en fait des électeurs en quête de rupture, proches du RN et de LFI. Enfin, 12 % optent pour un régime autoritaire. Déception, découragement, exaspération nourrissent une orientation protestataire à laquelle contribuent les réseaux sociaux, comme nous le montrons.


Que peut provoquer le retrait des urnes d’un grand nombre d’électeurs, en 2022 ?

Ce que j’appelle un accident électoral, soit un résultat non voulu. Or une forte abstention favorise un tel résultat. L’abstention peut donner la victoire à une force dont ne voudraient pourtant pas la plupart des électeurs. Dans l’hypothèse d’un second tour MacronLe Pen, une majorité d’électeurs (53 %) souhaite éviter l’élection de Marine Le Pen (ils n’étaient que 48 % en janvier). Mais la question est de savoir qui des modérés ou des protestataires s’abstiendra le plus. Il faut par ailleurs suivre de près la fusion partielle des électorats LFI et RN. Ce processus, visible dans notre vague de septembre 2019, s’est affirmé dans l’opposition à la réforme des retraites. La convergence de ces électorats ne reflète pas un programme commun : il ne s’agit pas de faire mais de défaire ensemble.


En plus d’une « déconsolidation démocratique » et d’un fort potentiel protestataire, vous observez une droitisation de la vie politique française. C’est-à-dire ?

De nombreux éléments en témoignent, notamment la forte poussée de la disponibilité à voter RN chez les 18-24 ans ou la montée en puissance de thèmes considérés « de droite », à mon avis sottement, dans le débat public : sécurité, laïcité, patrimoine immatériel (ce que mon ami Laurent Bouvet appelle « sécurité culturelle »), etc., regardés par les électeurs comme les conditions sine qua non du contrat social. En un an, la préoccupation pour la sécurité fait un bond de 16 points, alors que notre vague 3 a été achevée avant les derniers attentats islamistes. Cette inquiétude se conjugue avec l’idée que la société est de plus en plus violente, partagée par 72 % des personnes interrogées.


Cette exigence régalienne est majoritaire dans tous les électorats, selon l’étude. Un défi pour les partis dits de gouvernement ?

Oui. À cet égard, je m’étonne de ce déni, et de son arrière-fond moralisateur, toujours très présent dans une partie de la gauche et du monde médiatique. La demande de sécurité est non négociable. Les partis qui voudront l’ignorer, ou atermoyer, seront renvoyés à la marginalité électorale. La dépréciation de cette demande contribue à l’affaiblissement du système représentatif, politique et médiatique, qui donne le sentiment de considérer les attentes du public à la condition qu’elles conviennent à leurs canons idéologiques. Poison pour notre démocratie, ce déni est le meilleur carburant offert aux projets protestataires.


La montée en puissance des Verts dans le paysage politique ne tempère -t-elle pas cette droitisation ?

Il n’y a pas eu de vague verte aux municipales, comme l’a montré la Fondapol. Compte tenu du contexte d’effondrement de la participation, j’ai parlé de « tsunami dans un verre d’eau ». EELV a bien réalisé des progrès dans les métropoles. Mais pour emporter finalement sept villes de plus de 100 000 habitants sur une quarantaine, et tandis que les électeurs inscrits dans les métropoles ne représentent que 13 % de l’électorat national. EELV a donc séduit une petite fraction de cette sous-partie de l’électorat national. Et les Verts doivent maintenant démontrer leur crédibilité en matière de gouvernement, et notamment proposer un discours tenant compte des préoccupations dominantes sur la sécurité, l’immigration, la lutte contre l’islamisme.


En quoi la crise sanitaire a-t-elle modifié le visage de l’opinion publique ?

La pandémie est une expression parfaite de la mondialisation négative : la circulation fulgurante d’un mal venu de loin, qui frappe partout et tout le monde. D’où le fort rejet de la globalisation qu’accompagne une injonction de souveraineté, nationale et européenne, car le soutien à l’Europe et à l’euro est massif. Pour la puissance publique, la crise sanitaire est un test existentiel. Pour l’heure, la gestion de la crise par les pouvoirs publics est l’objet d’un jugement négatif pour 59 % des Français. Pourtant, aucune force politique n’est considérée comme capable de mieux faire. La crise alimente la déconsolidation démocratique dans le temps court qui nous sépare de la présidentielle. Sa gestion déterminera donc notre existence politique.

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