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« Martine raccourcit ses phases »: Nivellement par le bas du langage des enfants?

PRESENTATION

Martine est l’héroïne d’une série de soixante albums

pour enfants, publiés entre 1954 et 2014, presque au rythme d’un par an, par l’éditeur belge Casterman.

Martine, l’héroïne, est une petite fille d’une dizaine d’années qui vit des « aventures » simples ancrées dans le quotidien. Phénomène de l’édition, une centaine de millions d’exemplaires d’albums de la série, dont plus d’un quart en langues étrangères, se sont vendus dans une trentaine de pays. La petite héroïne a, le plus souvent, un autre prénom : Anita, Tiny, Debbie, Maja, Marika, Mary, Steffi, etc.

Les histoires, écrites par Gilbert Delahaye (1923-1997) puis, après la mort de celui-ci, par Jean-Louis Marlier (1963-2019), sont illustrées par Marcel Marlier (1930-2011), père de Jean-Louis. La série prend fin avec la mort de son dessinateur, les albums existants continuant néanmoins à être publiés.

Depuis l’an 2000, Casterman édite des fac-similés des titres de la série parus dans la collection Farandole (ont paru les dix-sept premiers titres).

EN VIDEO:

Martine – 💗Un remplaçant pour monsieur le maire💗 « Dessin Animé en Français »

Des internautes critiquent l’éditeur pour avoir raccourci des textes des célèbres livres pour enfants. Ce dernier assume son choix de destiner les livres aux enfants à partir de 4 ans, contre 7 ans auparavant.

Martine couchant son petit frère c’était dix lignes de texte. désormais, c’est une phrase ! Céline Charvet ; l’éditrice estime que le rôle des éditeurs n’est « pas juste de réimprimer des livres qui ont été écrits il y a soixante ans, mais aussi d’essayer de faire en sorte qu’ils puissent parler aujourd’hui ».

Egalement pour les textes classiques

Pour les puristes des textes classiques, la polémique est ailleurs et plutôt dans les versions abrégées d’ouvrages comme L’Odyssée ou L’IliadeLes MisérablesDon Quichotte ou Le livre de la jungle  : des coupes sont, là, bien réalisées dans le texte original dans le seul but de le rendre accessible à tous.

Une demande émanant des enseignants eux-mêmes, en accord avec l’Éducation nationale, pour leurs élèves au niveau collège. La couverture de ces ouvrages a également été modernisée pour leur plaire.

« Nivellement par le bas »? comment le nier ?

ARTICLE

Le raccourcissement des textes de « Martine » contribue-t-il au « nivellement par le bas » du langage des enfants ?

Par Adrien Sénécat Publié le 12 décembre 2020. Le Monde

Des internautes critiquent l’éditeur pour avoir raccourci des textes des célèbres livres pour enfants. Ce dernier assume son choix de destiner les livres aux enfants à partir de 4 ans, contre 7 ans auparavant.

Martine fait débat sur Facebook. Orpheline de son dessinateur Marcel Marlier, mort en 2011, l’héroïne de livres pour enfants n’en connaît pas moins un nouveau genre d’aventures en ligne. Plusieurs publications populaires sur le réseau social ont ainsi évoqué ces derniers jours un « appauvrissement » du langage de Martine dans ses récentes rééditions.

Ainsi, lorsque Martine couchait son petit frère, dans l’édition de 1968, la page en question était riche de dix lignes de texte racontant la scène. Mais dans la version récente du même album, la jeune fille se contente d’une petite berceuse et d’un : « Au lit ! »

« Horrifiée », une internaute qui a partagé les deux pages sur Facebook pour les comparer déplore un « nivellement par le bas » qui partirait du principe que les nouvelles générations ne seraient plus capables de lire les « mots élaborés » des précédentes éditions de l’ouvrage.

C’EST VRAI, MAIS…

Il n’y a ici ni erreur ni tromperie : effectivement, le texte qui accompagne le même dessin dans les deux éditions de Martine est moins dense dans la nouvelle édition que dans la première.

Faut-il pour autant y voir un « appauvrissement du langage » ? Interrogée par Le Monde, la directrice de Casterman Jeunesse, Céline Charvet, s’en défend : « C’est un choix complètement réfléchi, mais on avait une intention autre derrière », plaide-t-elle. Après la mort de Marcel Marlier, Casterman a décidé de réécrire les albums de Martine pour qu’ils puissent encore s’adresser à un public contemporain.

Céline Charvet assume la décision d’avoir raccourci les textes pour que ces histoires soient lues par les parents à leurs enfants de 4 ou 5 ans, alors qu’elles étaient auparavant destinées à des enfants de 7 ou 8 ans, qui lisaient tous seuls. La réécriture des aventures de Martine a aussi visé à en gommer certains stéréotypes ou expressions inusitées, sans tenter d’en faire une héroïne des années 2000 pour autant. Au passage, les animaux comme le chat Moustache ont perdu le sens de la parole.
C’est ainsi que Martine petite maman est devenu 

Martine garde son petit frère : « L’album a été écrit à une époque où on assignait aux petites filles un destin de futures mamans », explique l’éditrice. Désormais, elle s’occupe de son cadet, ce qui est « plus logique » selon elle.

Si ce choix peut susciter des critiques, Céline Charvet estime que le rôle des éditeurs n’est « pas juste de réimprimer des livres qui ont été écrits il y a soixante ans, mais aussi d’essayer de faire en sorte qu’ils puissent parler aujourd’hui ».

1 réponse »

  1. LITTERATURE JEUNESSE
    Alice, le Club des Cinq, Fantômette… Comment les Bibliothèques Rose et Verte font vieillir leurs icônes
    MIS À JOUR LE 18/11/19
    Les personnages emblématiques de la littérature jeunesse ont beaucoup changé au fil des décennies, dans un souci de s’adapter au lectorat
    La chaîne The CW a lancé une nouvelle série adaptée de romans, Nancy Drew.
    En France, on connaît mieux Nancy Drew sous le nom d’Alice Roy, sa traduction dans la Bibliothèque Verte.
    Alice, le Club des Cinq, et les autres icônes des Bibliothèques Rose et Verte ont été adaptés aux différentes générations de lecteurs et lectrices.
    Début octobre, la chaîne américaine The CW a lancé une nouvelle série à destination des adolescents, Nancy Drew, adaptée des célèbres romans du même nom. La détective adolescente reprend vie à l’écran dans cette version moderne de ses aventures. Cette Nancy, imaginée par Josh Schwartz et Stéphanie Savage (Gossip Girl, Newport Beach) et Melinda Hsu Taylor (Vampire Diaries) est plus proche des personnages de Riverdale que de la très sage détective des romans de « Carolyn Keene », le nom de plume du collectif d’autrices à l’origine des aventures de Nancy Drew.
    Le nom ne vous dit rien ? Sans doute parce que les lecteurs français connaissent plutôt Nancy Drew sous le nom d’Alice Roy, héroïne de la série parue à partir de 1955 dans la collection Bibliothèque Verte d’Hachette. Et depuis Alice Roy, comme la Nancy Drew de la télé, a bien changé. Pour mieux répondre aux attentes de ses nouveaux lecteurs, Hachette a fait vieillir son icône détective, a modernisé ses Bibliothèques. « Hachette a toujours fait évoluer ses séries pour les adapter aux générations. On le voit d’ailleurs avec les illustrations, on redessine à chaque fois à la manière de l’époque, pour que les lecteurs s’identifient mieux », explique Armelle Leroy, journaliste et exégète de la littérature pour enfants, autrice de La saga de la Bibliothèque Rose.
    La Comtesse de Ségur inaugure donc la collection Bibliothèque Rose en 1856
    On doit ainsi l’adaptation signée de « Caroline Quine » à l’éditeur Louis Mirman, grand admirateur de culture anglo-saxonne qui relança la Bibliothèque Verte en adaptant des sagas anglophones avec des héros et héroïnes récurrentes. En parallèle, la Bibliothèque Rose commençait à éditer les séries de la Britannique Enid Blyton. Alice est rejointe par d’autres icônes qui feront date : Claude, François, Mick, Annie et Dagobert, les membres du Club des Cinq (Fabulous Five en VO), les Lyonnais des Six Compagnons, Oui-Oui le pantin de bois chauffeur de taxi à Miniville, ou encore Fantômette, l’identité secrète de l’écolière Françoise Dupont créée par George Chaulet.
    La Bibliothèque Rose est née un siècle plus tôt : l’éditeur Louis Hachette, spécialisé dans les manuels scolaires, « s’était aperçu qu’il n’y avait quasiment aucune littérature pour les petites filles », raconte encore Armelle Leroy. Rencontrant Eugène, comte de Ségur lors d’un voyage en train, il apprend que sa femme « écrit des histoires pour distraire ses petits enfants. » La Comtesse de Ségur inaugure donc la collection Bibliothèque Rose en 1856 avec Les Nouveaux Contes de fée. Et le succès des Malheurs de Sophie ou des Petites filles modèles fait de Sophie, Camille, Madeleine et Marguerite les premières icônes de la bibliothèque Rose.
    Au début du XXe siècle, les éditions Hachette souhaitent lancer une collection pour les garçons… Mais la Première Guerre mondiale éclate, et il faudra attendre 1923 pour que naisse la Bibliothèque Verte, composée de rééditions de tous les grands romans d’aventure, comme ceux d’Alexandre Dumas ou de Jules Verne. Les lignes éditoriales des deux collections changent dans les années 1950, alors que Louis Mirman impulse la publication de séries à héros récurrents. « A partir de ce moment, la Bibliothèque Rose s’adresse aux plus jeunes et la Verte aux plus grands », explique Armelle Leroy.
    Les héros des baby-boomers
    Pendant les Trente Glorieuses, les Bibliothèques Rose et Verte connaissent un immense succès. « Dans les années 1960-1970, les enfants du baby-boom attendaient la sortie des nouveaux tomes, le prix du volume correspondait à leur argent de poche, raconte Armelle Leroy. Les premiers tirages étaient de 40.000 exemplaires, souvent écoulés en 3 jours. » Hachette « popularise les livres pour enfant », affirme Armelle Leroy. Mais à partir des années 1980, alors que les maisons d’édition jeunesse se multiplient et que Le Club des Cinq ou Alice sont critiqués par certains enseignants et bibliothécaires, les ventes s’effondrent. A tel point qu’en 1988, Hachette abandonne les couvertures cartonnées pour des livres de poche à couvertures souples, avec des illustrations intérieures en noir et blanc.
    Les collections sont relancées en 2000, avec un nouveau design. Six ans plus tard, pour fêter les 150 ans de la Bibliothèque Rose, Hachette publie de nouvelles éditions de plusieurs de ses collections phares, dont Alice et Le Club des Cinq. Celles-ci ont droit à de nouvelles illustrations… Et à de nouvelles traductions.
    Les textes, déjà simplifiés au fil des rééditions successives – en remplaçant « télégramme » par « appel téléphonique » par exemple – sont réécrits au présent, au lieu du passé simple. Le vouvoiement envers les adultes, introduit dans les années 1950, est remplacé par un tutoiement plus actuel. Des passages sont coupés, des dialogues modifiés. Sur la toile, les fans nostalgiques s’enflamment. Comme le racontait Libération en 2011, les lecteurs d’antan déplorent cette « simplification ». Depuis, des comparaisons des différentes traductions remontent régulièrement sur les réseaux sociaux.
    Politique d’évolution des textes
    « Mon travail a consisté à rendre aux textes du Club des Cinq la simplicité et la facilité de lecture qui font leur qualité en VO et dont la première traduction, de niveau de langue soutenu, les avait quelque peu éloignés », déclarait en 2011 la traductrice Rosalind Elland-Goldsmith à Libération. Ces révisions sont logiques, estime Armelle Leroy. « Les gens pensent qu’il s’agit d’un appauvrissement de la langue et d’un abaissement du niveau. Mais Hachette a toujours appliqué cette politique de faire évoluer les textes. Les seuls auxquels ils ne touchent pas sont ceux de la Comtesse de Ségur : elle avait renoncé à ses droits pour qu’aucune ligne ne soit changée. »
    L’éditeur semble aussi avoir pris conscience que l’âge de ses lecteurs a beaucoup changé. « Avant, Alice était lue par des enfants de 13-18 ans, aujourd’hui ce sont des petites filles, constate Armelle Leroy. Pareil pour Le Club des Cinq, qu’on lisait entre 10 et 14 ans avant, et qui est aujourd’hui une première lecture. Maintenant, à 10 ans, les enfants lisent Harry Potter. » L’adaptation au lectorat va de pair avec la vocation populaire des livres des Bibliothèques Rose et Verte. « Hachette a toujours fait évoluer ses séries pour les adapter aux générations. On le voit d’ailleurs avec les illustrations, on redessine à chaque fois à la manière de l’époque, pour que les lecteurs s’identifient mieux. »
    Les libertés des traductrices
    D’autant que les traductions d’origine prenaient de grandes libertés avec le texte d’origine, dans un souci d’accessibilité pour les jeunes lecteurs et lectrices françaises. Et ce, dès l’adaptation de Nancy Drew, devenue Alice Roy car l’éditeur craignait la confusion avec la ville de Nancy, et qui vivait à « River City » au lieu de « River Heights ». L’accès à l’univers d’Alice est facilité, tout en gardant une tonalité anglophone nécessaire pour une héroïne si représentative du rêve américain. Quant au Club des Cinq, Hachette les situe dans une Bretagne fictive, et leur donne des noms français.
    La première traductrice d’Alice, Hélène Commin, lui invente même des origines françaises et n’hésite pas à rajouter des descriptions. Quant à Claude Voilier, qui traduit Le Club des Cinq, Une enquête des sœurs Parker, de Carolyne Quin également, et Les Trois jeunes détectives d’Alfred Hitchcock, elle écrira carrément la suite des aventures du Club à la suite du décès d’Enid Blyton en 1968. Ainsi, 24 nouveaux romans, écrits entre 1971 et 1985, paraîtront chez Hachette.
    Politiquement correct ?
    « Il y a toujours eu une transformation des textes et des vocabulaires, rappelle Armelle Leroy. Là où elle est plus radicale actuellement, c’est dans les titres : par exemple avec Le Club des Cinq et les Saltimbanques qui devient Le Cirque des étoiles. Il y a sûrement une volonté de titres plus politiquement corrects , mais c’est surtout une évolution permanente. » Ce que confirmait Rosalind Elland-Goldsmith en 2011 : « La série, dans sa version originale, tend à véhiculer certains préjugés racistes. L’évolution des standards éditoriaux ayant accompagné et intégré les évolutions culturelles et morales de la société, ces représentations négatives sont aujourd’hui difficilement acceptables dans des textes pour la jeunesse. »
    Pourtant, d’autres icônes de la Bibliothèque Rose, comme Fantômette, n’ont pas eu droit aux mêmes changements. « George Chaulet a créé une héroïne très moderne, estime Armelle Leroy. Elle peut être projetée dans le XXIe siècle sans prendre une ride. Par ailleurs, George Chaulet ne va jamais faire allusion au sexisme, au racisme, ou à la ségrégation » contrairement à Enid Blyton ou « Caroline Quinn », qui reprennent les clichés de leur époque.
    Aujourd’hui, les Bibliothèques Rose et Verte éditent des romans adaptés de Marvel, Star Wars ou Pokémon. Quant aux classiques, d’Alice au Club des Cinq en passant par les personnages de la Comtesse de Ségur, ils constituent désormais «Les Classiques de la Rose».

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