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François de CLOSETS a-t-il tort d’écrire: «Vaccination: le sabotage administratif»?

La « faute » au politique ou à l’administration ?

Contre la Covid, nous faisons quelques dizaines de vaccinations … Une paralysie qui reproduit celle que nous avons connue sur les tests de dépistage. La raison est toujours la même : une inefficacité administrative érigée au rang de sabotage. » écrit Francois de Closets dans l’article que nous vous proposons, …

même si nous pensons qu’une administration compétente – ce quelle est le plus souvent – motivée et dirigée sur la base d’une vision et dans la confiance, sait prouver son efficacité.

Bien sûr cela n’empêche pas qu’une réforme soit indispensable pour accroitre son efficience.

Les erreurs et et les tromperies: sur les contrôles à la frontière, les masques, la mobilisation des acteurs pour une gestion de crise, les isolements et confinements, les tests, et à présent les vaccins ne doivent pas pour autant être sous estimées et les raisons doivent en être recherchées dans la gouvernance dans son entièreté.

Le vaccin, c’est comme pour les masques ?

Nous rappelions récemment que le PR avait d’abord annoncé, à la télé, qu’il n’imposerait pas la vaccination – ne prodiguant , en même temps aucun conseil – Ensuite l’exécutif – changeant totalement de stratégie – a tenté d’imposer, par la Loi, la vaccination contre une autorisation de déplacement..

Puis, il a retiré le texte de loi, sans y renoncer sur le fond, et sans – non plus – conseiller fortement aux Français de se faire vacciner…Puis il a prétendu tout mettre en œuvre pour vacciner les Français….

La suite, on la connait: les Français sont parmi les citoyens qui, au monde, ont le moins l’intention de se faire vacciner et, de surcroit, on constate l’incapacité de l’exécutif à organiser cette vaccination…

Trois éléments majeurs manquent : une détermination clairement affichée de l’exécutif, une organisation efficiente, la confiance des Français.

La campagne de vaccination contre le Covid-19 a débuté il y a une semaine en France et le retard est considérable

Mais ses débuts sont plus lents que chez ses voisins européens. Le gouvernement plaide – après constat du retard considérable – pour un choix stratégique délibéré et assure que le retard sera rattrapé d’ici fin janvier.

Du côté du gouvernement, on dit assumer cet écart flagrant. « Je ne confonds pas vitesse et précipitation » assurait mardi sur France 2 Olivier Véran. Les explications et justifications viennent au secours des carences; Comme pour les masques qui, non disponibles deviennent inutiles.

Ce retard à l’allumage est-il la conséquence de la stratégie vaccinale adoptée, s’appuyant sur cinq phases de vaccination recommandées par la Haute Autorité de Santé. La première qui a débuté concerne seulement les personnes âgées résidant en établissements, comme les EPHAD et les professionnels qui y travaillent s’ils sont à risque (âgés de plus de 65 ans ou atteints de certaines pathologies).

« Monsieur Vaccination » – aura t il un destin ministériel ? – a expliqué les retards en Ehpad: ce sont les vaccins qui vont aiux personnes,, et non l’inverse. C’est pas la même chose !

Ces populations sont considérées comme les plus vulnérables et donc prioritaires pour recevoir le vaccin, qui leur est livré sur place. « Cette stratégie a une conséquence, elle force à aller plus lentement, car il faut savoir qu’il y a environ 14 000 établissements de ce type en France et que le vaccin est difficile à transporter, difficile à conserver » justifiait hier à Franceinfo le professeur Alain Fischer, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale contre le Covid-19.

Cet argument ne tient pas, dans tous les cas, le vaccin doit être livré dans des points de vaccination… et les patients n’y sont pas « captifs » ni précomptés.

Contrairement à l’Allemagne, la France n’a pas fait le choix de mettre en place des « vaccinodromes », de grands centres de vaccination massive. Là aussi le gouvernement assume. Cette stratégie « n’avait pas marché » en France au moment de la grippe H1N1 selon le ministre de la santé sur France

En réalité les hésitations présidentielles sur la vaccin auront été comme contagieuses que le gouvernement et l’administration.

L’exécutif cherche encore la stratégie à employer, entre pédagogie et incitation à la vaccination, voire obligation certes indirecte ( pression et chantage ?) pour ceux qui désirent se déplacer.. « Il n’y a pas eu de messages forts en sa faveur, ni de moyens symboliques. Par exemple, aucun membre du gouvernement ne s’est prêté au jeu de mettre en scène sa vaccination, comme cela a été fait dans d’autres pays européens. » estime de son côté Bruno Cautrès, chercheur au CNRS dans un entretien à Marianne.

Mais certains réclament un changement de stratégie. « La situation sanitaire est très inquiétante il est totalement urgent de vacciner les soignants » alerte Axel Kahn, « il faut le décider dans les prochains jours, ne pas faire cela est une totale aberration, une gigantesque erreur en termes de santé publique ». L’Italie par exemple vaccine en priorité les professionnels de santé. Ce qui fut décidé hier seulement pour les soignants de plus de 50 ans !

D’autres insistent sur la nécessité d’une stratégie territorialisée, visant en priorité les territoires les plus touchés par l’épidémie. Désignerait-on à tort l’amateurisme et l’improvisation ? ou le refus de mobiliser les acteurs et la méconnaissance des responsables territoriaux ?

La colère de Patrick Pelloux: « Le pays de Pasteur se reconfinerait ad vitam æternam…? » 

Le medecin urgentiste Patrick Pelloux a présenté ainsi ses voeux : « Bonne et heureuse année à toutes et tous, avant d’entrer sans transition dans le vif du sujet : Espérons que la vaccination commence enfin car nous avons vraiment l’air bête par rapport aux autres pays, Espagne, Angleterre, USA, Italie ….. mais que se passe-t-il ???? » s’interroge le médecin urgentiste sur son compte Twitter.

« Si personne ne veut se faire vacciner, on serait donc le dernier pays à ne pas se faire vacciner, on serait le pays qui se reconfinerait ad vitam æternam ? » Une perspective qui ne devrait logiquement séduire personne. »

Voici donc l’expression de la colère de Francois de Closets.

ARTICLE

«Vaccination: le sabotage administratif»

François de Closets –  L’opinion 31 12 2020

Contre la Covid, nous faisons quelques dizaines de vaccinations à grand spectacle quand nos voisins en font des milliers, voire des dizaines de milliers. Une paralysie qui reproduit celle que nous avons connue sur les tests de dépistage. La raison est toujours la même : une inefficacité administrative érigée au rang de sabotage. Voyons cela.

Première erreur : les masques.

La classe politique ayant stupidement vidé notre arsenal sanitaire, il fallait au plus vite, le reconstituer sur un marché mondial en folie. Nous nous sommes retrouvés empêtrés dans la lente et lourde procédure des marchés publics, alors que les cargaisons faisaient l’objet jusqu’à la dernière minute de surenchères payées en cash. Nos lenteurs détournaient les livraisons en provenance de l’étranger mais elles freinaient aussi la production nationale, en faisant attendre interminablement les agréments nécessaires aux entreprises.

L’impossibilité de réaliser les tests n’est pas moins incompréhensible.

La France était parfaitement équipée en laboratoires, publics ou privés, médicaux ou vétérinaires, pour répondre à cette brusque explosion de la demande. Mais les laboratoires médicaux du secteur public étaient seuls habilités à pratiquer ces examens. Il en est allé de même pour les lits de réanimation que l’on cherchait dans l’hôpital public en oubliant les cliniques privées. Et que dire de ces « attestations dérogatoires de déplacement », une stupidité qui a accompagné les déplacements des Français pendant le confinement.

Cela n’était rien encore, le chef-d’œuvre kafkaïen fut atteint avec la vaccination.

L’injection vaccinale est un acte médical des plus simples, laissé aux infirmières ou aux pharmaciens. Il est, le plus souvent, obligatoire et pratiqué en séries. Faute de l’imposer pour la Covid-19, l’administration aurait pu présumer l’acceptation et laisser aux réfractaires le soin d’expliciter leur refus. Impossible, car la bureaucratie sanitaire en a fait un acte médical majeur nécessitant un consentement éclairé, comme les plus lourdes opérations chirurgicales.

Elle a donc pondu un mode d’emploi de 45 pages prévoyant une consultation préalable ! La procédure prévoit aussi un consentement donné par écrit et renouvelé de vive voix, s’y ajoute un suivi, la tenue d’un fichier conservant le numéro du lot, etc. Autant de règles qui deviennent ingérables lorsqu’il s’agit de personnes très âgées, bien souvent sous tutelle, qui constituent pourtant la première cohorte des Français à vacciner.

Nous voilà donc équipés par notre administration d’un carcan qui renforce la méfiance de la population française

– « Si l’on prend tant de précautions, c’est bien la preuve qu’il y a un risque grave » – et ralentit les opérations au point que, si même le vaccin a l’efficacité espérée, il mettra une bonne année pour débarrasser la France de la Covid-19.

Voilà donc le dernier exemple en date de cette emprise bureaucratique qui a paralysé la France face au coronavirus. L’hôpital public a échappé à la bérézina car le personnel soignant a pris les choses en main – les « choses » étant en l’occurrence des malades qui risquaient de mourir — et fait au mieux, sans se soucier des règlements hospitaliers.

Comment expliquer qu’un système administratif, dont l’excellence est toujours célébrée, ait un bilan aussi cataclysmique ?

La réponse tient en un mot : la bureaucratisation. Notre fonction publique s’est mise à son propre service, elle vise d’abord à assurer l’irresponsabilité des fonctionnaires. Ne cherchez pas ailleurs la vraie raison de notre délire vaccinal. Il vise simplement à mettre ceux qui organiseront la campagne ou procéderont aux injections à l’abri des vaccinés mécontents ou des « antivax » enragés. Ce cursus vaccinorum assure la tranquillité de ceux qui le suivent. Il est donc excellent.

Ces dysfonctionnements sont liés à la crise sanitaire, donc circonstanciels. Dans des conditions ordinaires, ces accumulations de procédures ne font que ralentir le fonctionnement du pays mais en période de crise, lorsque l’urgence renverse la table, que les solutions préfabriquées perdent toute pertinence, le cadre réglementaire devient un piège qui se referme. La France se trouve administrée contre les Français. Voilà ce que nous avons découvert au cours de la crise sanitaire. Comment en sortir ?

La France n’a pas à réinventer son administration.

Elle s’est construite autour de son Etat et, dans l’ensemble, elle n’a pas à le regretter. Conservons donc ce qui fonctionne, c’est-à-dire la gestion ordinaire, et corrigeons ce qui ne fonctionne pas, c’est-à-dire la gestion de crise. Et c’est là que l’on bute sur la question de la responsabilité.

Quelles que soient les circonstances, le fonctionnaire sait que, s’il applique le règlement, il est irréprochable. Qu’il impose des délais mortifères, qu’il interdise le recours à des solutions de secours, qu’il transforme les contrôles en procédures paralysantes, peu importe. Dès lors qu’il peut se réfugier derrière le règlement, il n’aura à répondre de rien. Si, au contraire, il s’aventure hors des routes tracées pour improviser une solution ad hoc, il perd la protection statutaire et ne pourra se justifier par les résultats obtenus car sa responsabilité n’est pas de résultat mais de moyen.

Voilà précisément ce qui n’est plus admissible. L’urgence doit changer non pas l’administration mais son mode de fonctionnement.

Face à la situation nouvelle crée par la crise, le fonctionnaire doit improviser. Ce n’est pas une possibilité mais une obligation. Tirons donc au plus vite les enseignements des dysfonctionnements révélés par la crise sanitaire, instaurons l’administration à deux vitesses. Si longtemps que l’on reste dans le cours ordinaire des évènements, la France est structurée par son droit administratif et les fonctionnaires qui l’appliquent. Le système doit certes être amélioré mais il doit d’abord être conservé.

Mais, lorsque surviennent, à l’échelle locale ou nationale, des situations extrêmes, des singularités qui font exploser les paramètres et rendent inopérantes nos lois, alors l’administration doit trouver instantanément le mode de fonctionnement le plus adapté aux circonstances. Une liberté qui entraîne une responsabilité. Celle-ci ne doit pas se fonder sur la conformité au règlement mais sur la pertinence des initiatives. Le respect scrupuleux et hors de propos des modes de fonctionnement ne serait plus une clause absolutoire mais une circonstance aggravante.

L’introduction dans notre droit administratif de ce double mode de fonctionnement soulève de nombreuses difficultés juridiques. Raison de plus pour la lancer sans attendre. Toute la fonction publique doit désormais savoir qu’en situation d’urgence, le respect du règlement ne la protège plus mais peut au contraire la condamner. Seule l’action au service des Français peut rendre à l’administration sa raison d’être, aux fonctionnaires leur dignité.

François de Closets est journaliste et essayiste. Dernier ouvrage paru : Les guerres d’Albert Einstein, tome II (Robinson Editions)

1 réponse »

  1. Bonjour, nous sommes plus sur un déficit d’organisation et de réserve, ,notre pays a beau reste issu de la révolution et de l’empire, mais tout a été détricoté au fil des années pour une gestion non stratégique mais économique, la sécurité sanitaire est un bel exemple, si nous avions 150 000 jeunes organisés et formés grâce à un SNU efficace avec un minimum de moyen nous aurions pu mobiliser 250 Groupes Tactiques Assistance sanitaire sur les hôpitaux ou pour armer des centres provisoires ou mobiles. Si nous avions un conflit nous aurions les mêmes problèmes avec les troupes, les munitions et très très peu de réserve. Nous avons abandonné la robustesse, pour l’agilité (le système D en Français) donc peu de résilience de l’état, il nous reste la résilience du peuple pour combien de temps ? Nous devriosn avoir des réserves formées dans 5 domaines régaliens ou nous sommes sans muscles :
    Sécurité logistique et sanitaire (pandémie, arrivée massive de réfugier, catastrophe …)
    Sécurité civile (renforcement des pompiers juste suffisant en temps normal) risques sur les personnes et les biens (risques naturels, risques industriels, risques de conflits)
    Sécurité publique renforcer la Gendarmerie et la Police pour la protection des infrastructures d’importance majeur.
    Sécurité environnementale : prévention par l’éducation, surveillance, grand travaux sur les friches, sur le reboisement, sur la dépollution)
    Défense du territoire : Avoir un véritable garde nationale capable d’assurer la défense du territoire si notre armée est engagée sur une grosse opération extérieure sans que nous ayons le choix. Rendre leurs réserves à chaque armées elles en auront besoin pour ce recompléter ou ce renforcer.

    La France ne maitrise plus les mots organisation et volume !

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