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Une no-gouvernance, fabrique d’angoisse. Anxiété pour 85% des Français

Les annonces quotidiennes d’hypothèses sur les mesures de protection, les interdictions, les tests, les vaccins…Les hésitations de l’exécutif, les annonces soudaines et multipliées, la communication descendante, sans débat et partage des informations et des scénarios…

Autant d’événements, de pratiques qui ne se basent pas sur la considération des personnes, la confiance, l’écoute, l’empathie, la transparence, la vérité… – que nous appellerons no-gouvernance (qui se double d’un no-management de l’administration) – et qui créent de l’anxiété , de l’angoisse, des peurs , des colères aussi.

Le bilan quotidien de l’épidémie, avec ses données chiffrées de personnes contaminées, hospitalisées, en réanimation ou décédées contribue, avec l’absence de perspectives claires, à la montée de l’angoisse qui s’exprime dans toutes les couches de la société.

Exrait de FRANCE CULTURE: La fabrique de l’angoisse

Dans Le concept d’angoisse, Kierkegaard insiste sur « l’inadéquation des désirs humains avec leur inscription dans la réalité du monde », la distorsion entre nos limites et l’infinité des possibles. Les sciences sociales l’étudient comme un phénomène collectif. Robert Castel y voyait l’indice d’une « psychologisation du monde social » indissociable de la « montée du pouvoir néolibéral », l’angoisse résultant d’une assignation de l’individu à la responsabilité de sa « trajectoire sociale ».

Alain Ehrenberg, dans La fatigue d’être soi, la comprend comme « le produit de l’individuation des sociétés et du glissement d’un registre disciplinaire fondé sur l’autorité et la culpabilité, à celui de l’autocontrainte, de l’autonomie et de la responsabilité ». Certains anthropologues analysent la précarité, ou la condition d’attente caractéristique du mode de gestion bureaucratique des personnes « comme une technique de gouvernance, voire d’intériorisation des schèmes de domination », et pourvoyeuse d’angoisse.

Le dossier de la revue aborde des cas de figure très divers, de la gestion du stress sur scène pour un musicien à l’angoisse suscitée par l’ampleur des questions liées à l’environnement, angoisse dont on peut faire une alliée dans l’action écologique, en passant par l’angoisse du jeune prof devant sa classe, ou celle qui s’exprime dans l’accompagnement des mineurs transgenre et de leurs parents.

Et dans le contexte sanitaire que nous traversons, l’angoisse de la mort est étudiée à travers l’enquête menée par Barney Glaser et Anselm Strauss, dont l’ouvrage – intitulé Angoisse et non encore traduit – est une référence dans l’étude sociologique de la mort et des mourants, avec une description en situation des difficultés de l’équipe soignante face à la douleur d’une patiente atteinte d’un cancer en phase terminale. « La petite musique des morts bruisse dans nos vies » résument Anouche Kunth et Clémentine Vidal-Naquet dans l’édito de la dernière livraison de la revue Sensibilités (Anamosa) consacrée à « l’après-vivre » de nos défunts, à tous ces seuils « où les vivants s’entretiennent avec les disparus » : les pratiques vestimentaires du deuil au XIXe siècle, l’hommage aux morts et la minute de silence en milieu scolaire après les attentats de 2015, les tatouages après celui de Manchester en 2017 lors du concert d’Ariana Grande, destinés à collecter des fonds pour les victimes.

Le confinement ne prévoyait pas l’autorisation d’assister aux obsèques, et d’innombrables témoignages font état de la difficulté à faire son deuil dans ces conditions. Stéphanie Sauget y voit une raison supplémentaire de discuter la thèse fameuse de Philippe Ariès sur le déni de la mort dans nos sociétés.

Le débat avait été initié, entre autres, par Jean-Claude Chamborédon, qui signalait la source de l’auteur des Essais sur l’histoire de la mort du Moyen Âge à nos jours pour la période contemporaine : les travaux de Barney Glaser et Anselm Strauss que je viens de citer. Ils venaient étayer la thèse de Philipe Ariès selon laquelle « le mourant est privé de sa mort », escamotée par ses proches et les médecins craignant une réaction émotionnelle en chaîne. Mais si la personnalisation actuelle des cérémonies funéraires s’éloigne des rituels traditionnels, elle ne témoigne pas pour autant d’un déni de la mort.

L’historienne cite l’ouvrage de Thomas Laqueur sur Le Travail des morts et ce qu’il appelle le « nécronominalisme » : depuis la Première Guerre mondiale et surtout avec la Shoah, le soin porté à retrouver et inscrire le nom des morts. Et Georges Didi-Huberman conclut son bel article sur le culte des morts au Mexique et le travail du deuil, le Nachleben, l’après-vivre, en évoquant notre propre survivance à ceux qui nous ont fait « du corps même de leur absence ».

Un sondage YouGov pour « Le HuffPost » révèle que les Français restent très sceptiques sur la gestion de la crise par le gouvernement.

Lire l’article ci dessous

ARTICLE

Confinement: les hésitations du gouvernement jugées anxiogènes par 85% des Français –

Romain Herreros Huffpost

Si de nombreux indicateurs montrent que les Français sont particulièrement éprouvés par une crise du coronavirus qui dure depuis presque un an, le dernier sondage YouGov pour Le HuffPost souligne que l’opinion reste sceptique à bien des égards sur la façon dont l’exécutif gère les choses. Début janvier, l’institut de sondages révélait que 7 Français sur 10 considéraient que la stratégie vaccinale était mauvaise. Un score qui n’a pas bougé un mois plus tard: 71% des sondés affirment que l’exécutif gère mal cette campagne, selon cette étude menée entre le 1er et le 2 février.

Un score tout aussi sévère lorsqu’il est question du chef de l’État. Seulement 30% des sondés disent en effet faire confiance à Emmanuel Macron pour résoudre la crise sanitaire. Et ce ne sont pas les signaux confus émis en amont de l’allocution de Jean Castex qui seront de nature à restaurer la confiance. À la question “estimez-vous que les hésitations du gouvernement au sujet de la gestion de la crise sanitaire ajoutent à l’anxiété ambiante?”, plus de huit Français sur 10 (85%) répondent par l’affirmative. 

Un constat majoritaire dans toutes les franges de l’opinion, de l’extrême gauche à l’extrême droite en passant par les sympathisants de La République en Marche, qui le partagent à 58%. Il faut dire que les commentaires contradictoires qui ont précédé l’intervention du Premier ministre ainsi que les alertes émises par le monde médical ont de quoi dérouter, surtout quand les décisions semblent finalement prises à rebours du consensus scientifique.

Recul du scepticisme lié au vaccin

D’autant que sur la question spécifique du confinement, les Français qui s’y disent favorables pour endiguer l’épidémie continuent d’être plus nombreux. Ainsi, 45% des sondés pensent que le chef de l’État aurait dû reconfiner, quand 32% pensent l’inverse et 22% disent ne pas avoir d’avis. Une avance courte, certes, mais qui montre qu’une hostilité de principe liée à la restriction la plus contraignante est encore loin d’être majoritaire dans le pays.  

Toujours sur le plan des restrictions, les Français approuvent en très grande majorité la fermeture des frontières annoncées par Jean Castex (86%). Autre signe encourageant pour l’exécutif, le scepticisme sur la vaccination a reculé ce mois-ci. Début janvier, 44% des sondés se disaient prêts à se faire vacciner dès que les doses seraient disponibles. Un chiffre en hausse de 4 points ce mois-ci, portant l’adhésion au vaccin à 48%. Ce n’est pas encore la majorité, mais on s’en rapproche. Et au regard des difficultés éprouvées par l’exécutif à susciter une adhésion autour de sa politique sanitaire, cette progression a de quoi réconforter le gouvernement dans sa promotion du vaccin.   

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