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Démocratie : Une leçon anglaise?

BILLET

La récente publication des résultats de l’enquête du CEVIPOF montre l’immense décalage de la démocratie française par rapport à d’autres pays, l’Italie, l’Allemagne ou l’Angleterre.

DEUX EXTRAITS DE L’ARTICLE RECEMMENT PUBLIE PAR METAHODOS:

Echec de LA promesse? Le nouveau monde n’est pas advenu. Défiance, lassitude, morosité. (CEVIPOF) https://metahodos.fr/2021/02/23/echec-de-la-promesse-le-nouveau-monde-nest-pas-advenu-defiance-lassitude-morosite-cevipof/

Lassitude et la morosité

À la question : « Parmi les qualificatifs suivants, quels sont ceux qui caractérisent le mieux votre état d’esprit actuel ? », la lassitude revient dans 41 % des cas. Ce qualificatif ne revenait que dans 10 % des cas en février 2020, avant le confinement, et dans 28 % des cas en avril 2020, en plein confinement.

Viennent ensuite la morosité (34 % des cas, en hausse de 12 points par rapport à février 2020) et la méfiance (28 % des cas, en baisse de 2 points par rapport à février 2020). Du côté des qualificatifs positifs, la sérénité et la confiance reviennent toutes deux dans 15 % des cas, en baisse respectivement de 6 et 3 points par rapport à l’année dernière. La plus forte baisse en une année concerne le bien-être, qui revient dans 11 % des cas, en baisse de 9 points par rapport à février 2020.

Les Allemands et les Britanniques « sereins »

À titre de  comparaison, à la même question, les Italiens ont le même ressenti que les Français (40% expriment de la lassitude et 23% de la sérénité). Le qualificatif qui revient le plus souvent dans la bouche des Allemands et des Britanniques est la sérénité (40  % et 42 % des cas, dans les deux cas en baisse par rapport à la dernière vague). La lassitude ne revient que dans 15 % des cas en Allemagne, dans 31 % des cas au Royaume-Uni.

La démocratie fonctionne pas très bien pour 55% des Français

Le jugement des Français sur le fonctionnement de la démocratie est à la hausse. Mais 55 % d’entre eux estiment que la démocratie ne fonctionne « pas très bien » quand ils étaient 70 % en décembre 2018 !

Les Français partagent avec les Italiens la défiance la plus forte à l’encontre des partis politiques, syndicat et médias. Particularité française : une confiance plus forte dans les associations (66 %) que dans la justice (48 %). Alors que 48 % des Allemands estiment que le personnel politique se préoccupe de leur avis, 80 % des Français et des Italiens en doutent. Pour les Français, c’est même un état d’esprit constant depuis douze ans que le baromètre du Cevipof le mesure.

Des lecteurs anglais nous proposent de reprendre ici l’article de Marianne de décembre 2020.

Natacha Polony nous propose: Plutôt que de nous gausser des outrances de Boris Johnson, peut-être pourrions-nous constater qu’il a défendu les intérêts et la volonté des citoyens qui l’ont élu, et qu’il l’a fait avec un sens aigu du rapport de force. Natacha Polony revient sur le feuilleton du Brexit.

ARTICLE

Démocratie : la leçon anglaise

Natacha Polony –  31/12/2020 – Marianne

Grand coup de balai sur la civilisation : la saison automne-hiver 2020-2021 a remisé au placard ces concepts ringards, liberté, responsabilité, toutes ces vieilles lunes datant d’une époque où l’on s’imaginait que la démocratie pouvait être un horizon plus noble que la soumission ou l’anesthésie. On en est désormais à envisager entre les chapons de Noël et le couvre-feu du 31 décembre une loi d’urgence sanitaire autorisant l’instauration d’un passeport vaccinal pour récompenser les bons citoyens et repérer les mauvais. La Chine comme modèle de gestion des hommes…

Dans ce contexte, on comprend que toute manifestation d’une quelconque indépendance vis-à-vis du dogme universel semble parfaitement baroque. C’est sans doute pourquoi les médias français ont tant de mal à analyser depuis quatre ans et demi le feuilleton désarmant du Brexit. Et, même lorsque le feuilleton touche à sa fin, la tentation est visiblement grande pour nombre de commentateurs de continuer à nous raconter l’histoire des méchants Britanniques et de leur Premier ministre clownesque face aux héros européens vainqueurs parce que unis, comme dans une série B. Nous aurons donc eu droit à tous les poncifs, ceux-là mêmes qu’on nous sert depuis quatre ans.Le Royaume-Uni obtient un accord de libre-échange avec l’Union européenne qui lui permet d’exporter ses produits vers le continent sans aucun droit de douane

Petit retour en arrière : les Anglais, en 2016, avaient voté pour quitter l’Union européenne, mais, le lendemain, ils le regrettaient déjà. D’ailleurs, tout leur personnel politique allait faire en sorte d’éviter cette catastrophe aux conséquences dignes des sept plaies d’Égypte. Theresa May, en particulier, qui se battait pour faire respecter le choix du peuple britannique, n’avait en fait, nous expliquaient ces brillants analystes, aucune intention de laisser son pays marcher vers le chaos. Les électeurs, eux, renouvelaient leur vote par deux fois, en portant au pouvoir Boris Johnson ? Peu importe, ils ne voulaient pas du Brexit. Quant audit Boris Johnson, qui négociait comme un beau diable pour obtenir un accord, nos fins tacticiens nous racontaient qu’il faisait semblant. Il ne voulait pas porter, devant ses électeurs, la responsabilité d’un « no deal », mais n’avait en réalité aucune envie d’aboutir.

Curieusement, cet homme si peu motivé, cet hurluberlu hirsute, a obtenu in extremis en 2019 la mise en œuvre du départ du Royaume-Uni de l’Union européenne et, en 2020, tout aussi in extremis, un accord commercial avec la même Union européenne. Une grande victoire pour les Vingt-Sept, nous explique-t-on alors, puisqu’ils sont restés unis face à la perfide Albion. Certes. Mais l’observateur moins avisé qui se pencherait sur l’accord en question pourrait bien se dire qu’il est des vaincus plus mal en point que Boris Johnson. Résumons : le Royaume-Uni obtient donc un accord de libre-échange avec l’Union européenne qui lui permet d’exporter ses produits vers le continent sans aucun droit de douane. Et l’Union veillera à ce qu’il n’y ait pas trop de distorsion de concurrence par une dérégulation forcenée, sous peine de possibles sanctions, à voter entre les Vingt-Sept.

Et sinon ? Sinon, rien. Plus de soumission à la Cour de justice de l’Union européenne, plus de recours devant la Cour européenne des droits de l’homme, plus de règlements, plus de directives. Ah, si, comble du drame : les étudiants anglais ne bénéficieront plus d’Erasmus ! Ils devraient s’en remettre, dans la mesure où les universités britanniques sont plutôt mieux cotées que leurs homologues du continent, et dans la mesure, surtout, où les jeunes Anglais sont, d’une part, moins soumis à l’injonction d’apprendre des langues étrangères et, d’autre part, disposent de l’ensemble des pays du Commonwealth pour ces fameux voyages qui forment la jeunesse. Mais on se doit de regretter Erasmus, argument ultime de quiconque veut illustrer les grandes réussites de l’Union européenne…Plutôt que de nous gausser des outrances de Boris Johnson, peut-être pourrions-nous constater qu’il a défendu les intérêts et la volonté des citoyens qui l’ont élu.

Entendons-nous, il ne s’agit nullement de croire que le Brexit pourrait être un modèle pour la France. Le Royaume-Uni n’était ni dans la zone euro, ni dans l’espace Schengen, et n’entretenait pas avec le reste de l’Union la dépendance qui est la nôtre. Il y a beaucoup à faire pour la France en Europe, pour peu qu’elle cesse de la rêver et d’en jouer les bons élèves. Mais telle devrait être, justement, l’analyse menée sur le Brexit, plutôt qu’il soit servi aux citoyens européens une fable dans laquelle les méchants Britanniques vont forcément payer leur outrage à notre eschatologie commune. Les Anglais n’ont jamais eu l’intention de renoncer à une once de leur souveraineté au nom de l’idéal européen – on peut le déplorer, mais il est assez piquant de voir ceux-là mêmes qui ont voulu à toute force l’entrée du Royaume-Uni dans l’Union, ou leurs héritiers idéologiques, s’en offusquer aujourd’hui. Et, chose étonnante pour nos élites, celles d’outre-Manche pratiquent globalement une forme de patriotisme spontané qui les incite, malgré des désaccords profonds et des tensions politiques majeures, à croire en la puissance de leur démocratie.

Plutôt que de nous gausser des outrances de Boris Johnson, peut-être pourrions-nous constater qu’il a défendu les intérêts et la volonté des citoyens qui l’ont élu, et qu’il l’a fait avec un sens aigu du rapport de force. Et que l’exigence des citoyens anglais de « reprendre le contrôle » – contre Bruxelles, contre la City, contre tout ce qui leur semblait réduire la démocratie à quantité négligeable – est non seulement légitime, mais potentiellement contagieux.

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