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CE QUE DISENT – DE NOTRE RÉGIME ET DU MALAISE DÉMOCRATIQUE – LA LETTRE DES MILITAIRES ET LA CONFUSION CRÉÉE AU SOMMET.

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MALAISE DANS NOTRE SYSTÈME POLITIQUE

Un récent article de l’Opinion nous permet, parmi d’autres, de prendre la mesure de l’embarras et de la confusion créés par la lettre des militaires et les réactions des élites et classes dirigeantes.

Les réactions à cette missive nous disent beaucoup sur notre régime politique et l’état de la démocratie et de l’action publique.

LIRE, PAR AILLEURS, NOTRE PUBLICATION D’IL Y A QUELQUES JOURS : CETTE TRIBUNE DE  MILITAIRES ET GRADÉS QUI EMBARRASSE

Illustration:

Est-ce bien à un autre militaire de donner une conférence de presse et de parler « le plus fort » quand l’executif cherche sa posture, même si ce militaire est chef d’état-major.

Rappelons d’ailleurs que le haut de la hiérarchie, c’est le chef des armées, c.ad. le chef de l’Etat.

UN SECOND AVERTISSEMENT LANCÉ PAR DES GÉNÉRAUX : « UNE GUERRE HYBRIDE A COMMENCÉ CONTRE LA FRANCE »

Plusieurs jours après la missive des généraux, un deuxième groupe de haut-gradés alerte sur le risque d’une « guerre hybride » en France. Constatant l’état de délitement du pays, ils proposent « une stratégie globale » dans laquelle ils pointent la menace de « l’islamisme et [de] l’éclatement de la France ».

ARTICLE

ARMÉE : UNE MAJORITÉ DE FRANÇAIS SOUTIENT LA  «LETTRE DES GÉNÉRAUX» 

Jean-Dominique Merchet 29 avril 2021

Dix-huit militaires d’active figurent parmi les signataires. Le chef d’état-major des armées annonce des sanctions.

Dans un entretien au Parisien, le chef d’état-major des armées (cema), le général François Lecointre, explique avoir été « choqué » par la lettre de généraux et autres militaires, la plupart retraités, appelant à une « intervention » de l’armée pour mettre fin au « délitement » du pays. « Cela me révulse absolument », a déclaré le cema, parce que « la neutralité de l’armée est essentielle ». Le général Lecointre a annoncé des sanctions contre les signataires encore susceptibles d’en faire l’objet.

Quel succès ! Après Jean Castex la condamnant « avec la plus grande fermeté, il ne manquait plus que la réaction du président Macron à la « lettre des généraux » contre le « délitement » du pays. Et à sa « récupération politique » par Marine Le Pen, selon le Premier ministre.

Une semaine après sa publication dans Valeurs Actuelles, un sondage Harris Interactive/LCI remet une pièce dans le juke-box : 58 % des Français déclarent soutenir les militaires signataires. Cette tribune remporte un franc succès à droite avec 71 % des sympathisants LR et 86 % de ceux du RN. Une très forte majorité de Français partage la vision exprimée par les anciens militaires sur « la société française en train de se déliter » (73%) ou « une forme d’antiracisme qui produit une haine entre les communautés » (74%). Du pain bénit pour la présidente du FN.

Quant aux tentations putschistes qui leur sont prêtées quand ils parlent de « l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national », le sondage montre qu’un Français sur deux (49 %) pense que « l’Armée devrait intervenir sans qu’on lui en donne l’ordre afin de garantir l’ordre et la sécurité en France. »

Malaise démocratique. 

« Sans qu’on lui en donne l’ordre »… cela s’appelle un coup de force militaire. Le malaise démocratique s’exprime désormais sans détour. Comme le dit à l’Opinion le politologue Jérôme Fourquet : « Il y a un sentiment de perte de contrôle sur le “régalien”, l’impression que ça flotte et la crainte d’une dislocation du pays. En creux, la lettre des généraux exprime ce procès en défiance vis-à-vis de l’exécutif. »

Pour Eric Deroo, spécialiste de l’histoire militaire, « cette affaire renvoie à la mythologie d’un général comme ultime recours quand le pays est en crise. » C’est une particularité française qui s’inscrit dans la longue durée de l’histoire politique, de Napoléon Bonaparte à Charles De Gaulle en passant par le général Boulanger « qui a secoué la IIIe République » et Philippe Pétain. Plus récemment, l’audience du général de Villiers l’a encore montré. « L’image de l’armée est celle de la Grande Muette, d’une force apolitique. Lorsque ça va mal, les Français songent à faire appel à un général pour faire de la politique justement parce qu’il est apolitique », explique Eric Deroo.

Quand la ministre ou le chef d’état-major affirment, comme ce dernier vient de le faire dans le Parisien que « l’armée est républicaine, elle n’est pas politisée, elle est à l’image de la société française », Eric Deroo croit que ces propos « renforcent le sentiment de certains Français qu’elle pourrait être un recours ». Même si ce sentiment est aujourd’hui instrumentalisé par un groupe de généraux aux convictions d’extrême droite assumées. Interrogé par l’Opinion, l’ancien capitaine Jean-Pierre Bernadac, l’auteur du texte, a ainsi reconnu avoir « dirigé le service d’ordre du Front national dans les années 1990 ».

Sur le site place-armes.fr, qui est à l’origine de la lettre publiée le 14 avril, les signataires ont réagi ce jeudi en affirmant qu’« une partie des politiques et le gouvernement nous ont raillés, méprisés, insultés et aujourd’hui l’Etat s’acharne sur nous en voulant faire condamner certains de nos camarades. Nous avons heureusement un allié, le peuple de France, comme le sondage Harris Interactive pour LCI le montre ».

Selon des sources non vérifiables, le texte aurait déjà recueilli plus de 10 000 signatures, mais seules 1 200 ont été rendues publiques. La lettre est désormais ouverte au soutien des civils et de nombreux policiers s’y seraient joints.

Devoir de réserve. 

Parmi les signataires connus, les Armées ont déjà identifié 18 militaires d’active, dont quatre officiers, a indiqué le chef d’état-major des armées, le général Lecointre, dans le Parisien. Sur un total de 210 000 militaires en activité, hors gendarmes, c’est dérisoire. Mais les signataires ne pouvaient ignorer qu’ils courraient le risque d’être sanctionnés, à cause du « devoir de réserve » propre au statut militaire. Beaucoup d’autres peuvent en partager les idées, sans vouloir franchir le pas d’un engagement explicite qui compromettrait leur carrière.

Pour Eric Deroo, qui dispose de nombreux contacts dans le monde militaire, « l’appel des généraux scrogneugneu n’est que la croûte du gratin, mais ça bouillonne en dessous ». Au premier tour des élections de 2017, environ 40 % des militaires, gendarmes et policiers ont voté pour Marine Le Pen.

Le ministère et l’état-major des armées ont décidé de punir les signataires. Une volonté que ne partagent pas les Français selon le sondage Harris/Ifop : seuls 36 % y sont favorables pour les militaires d’active et 26 % pour ceux à la retraite. Comme l’annonce le général Lecointre, les généraux en deuxième section, qui restent « à la disposition du ministère de la Défense » seront symboliquement mis à la retraite, perdant au passage quelques avantages matériels. Les militaires d’active seront déférés devant un conseil d’enquête et ils risquent jusqu’à une « radiation des cadres ».

L’ancien officier de gendarmerie Jean-Hugues Matelly, qui avait fait l’objet d’une telle procédure finalement annulée par le Conseil d’Etat en 2011, met en garde contre « une impasse juridique ». « Objectivement, il n’y a pas d’appel à l’insurrection dans ce texte », dit-il, en rappelant que la jurisprudence le concernant insistait sur la « proportionnalité » entre la faute et la peine. En attendant, la perspective de sanctions, devenues inévitables, relance l’affaire. Reste à savoir au bénéfice de qui ?

3 réponses »

  1. Bonjour, Thierry,J’oserais ajouter que la réaction radicale des gouvernants sur la légitimité de la tribune et non sur le fond, repeint le gouvernement d’une couche de totalitarisme de plus : « Ceux qui me contestent seront sanctionnés sans dialogue ! ». Le soutient populaire à la démarche d’alerte, voire au contenu de la tribune, constitue un rappel de la fronde populaire des gilets jaunes qui couve encore. L’atmosphère devient tendue. Cette attitude des gouvernants en forme de parti pris risque fort de faire éclater la situation en un nouveau clash social. Il est aussi pensable que la gendarmerie ne participe pas à la répression, voire trop mollement. Alors le clivage armée/police serait consommé. Nous ne prédirons pas alors de la suite certainement délétère. Ce scenario est certainement à prendre en compte…Mais je peux bien sûr me tromper.Bien amicalementJean-Marc

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