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VIVRE EN POÍĒSIS : AIMÉ CÉSAIRE « PUISQUE NOUS AVIONS HONTE DU MOT « NÈGRE », NOUS AVONS REPRIS LE MOT « NÈGRE » »

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AIMÉ CÉSAIRE : “L’ADMIRABLE EST QUE LE NÈGRE AIT TENU ”

LE 11/05/2021 – France Culture – Réécouter  (58 MIN) – LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

ÉCOUTER

https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=3b9089fc-ec51-4814-8da2-4abac0d2e5a0

Aimé Césaire était multiple : penseur de la négritude, homme politique, historien, poète, homme de théâtre… Impertinent et courageux, il fut un héros de plume complexe, son image est-elle aujourd’hui trop lisse ? Quelle fut sa réflexion politique et historique sur l’esclavage colonial

« Puisque nous avions honte du mot « nègre », nous avons repris le mot « nègre » »,

lance Aimé Césaire, qui forge au cours de ses discussions avec Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas le mot de négritude.
Comment retourner la honte en fierté ?
Comment sortir de l’aliénation de l’esclavage et de la colonisation par la célébration ?
Construire et revendiquer une identité et une culture nègre, est-ce le meilleur moyen de lutter contre les effets contemporains de l’esclavage ?

L’invitée du jour : Silyane Larcher, politiste et philosophe, chargée de recherche au CNRS

Césaire subversif

« Césaire état impertinent, courageux, cherchait à affirmer une subjectivité indépendamment des normes, des injonctions sociales, morales, et dans la négritude, des injonctions esthétiques. Le projet intellectuel de la négritude était de prendre à bras le corps une injure, celle du mot nègre, et la reprendre à son compte pour la retourner vers le dominant, dans une logique bien connue des sociologues, de retournement du stigmate.    


Il se définit lui-même pas tant par l’injure mais par l’irrévérence et par l’impertinence, une liberté affichée avec insolence, mais quand même, peut-être, une liberté qui est quand même “une réaction à”.    Silyane Larcher

Texte lu par Denis Podalydès :

Extrait de Cahier d’un retour au pays natal, d’Aimé Césaire, éditions Présence Africaine, 1939 (avec une mesique de Guido Lopez-Gavilan, Variantes, Coral, Leyenda III, de l’album Por el mar de las Antillas anda un violin)

Sons diffusés :

Archive d’Aimé Césaire, dans L’avenir est ailleurs, documentaire d’Antoine-Léonard Maestrati et Michel Reinette, 2007

Bande originale du film Rue Cases-Nègres, de Euzhan Palcy, 1983, Malavoi, Bac ti-bouc

Archive d’Aimé Césaire sur la définition de « négritude », 1er janvier 1981, dans Césaire ou le masque des mots, RFO

Nous vous proposons DEUX textes d’Aimé Cesaire:

Premier:

« Histoire je conte l’Afrique qui s’éveille
les hommes
quand sous la mémoire hétéroclite des chicotes
ils entassèrent le noir feu noué
dont la colère traversa comme un ange

l’épaisse nuit verte de la forêt

Histoire je conte
l’Afrique qui a pour armes
ses poings nus son antique sagesse
[sa raison toute nouvelle
Afrique tu n’as pas peur tu combats tu sais
mieux que tu n’as jamais su tu regardes
les yeux dans les yeux des gouverneurs de proie
des banquiers périssables

belle sous l’insulte Afrique et grande de ta haute conscience et si certain le jour
quand au souffle des hommes les meilleurs aura disparu
la tsé-tsé colonialiste »

Second:

Ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole
ceux qui n’ont jamais su dompter la vapeur ni l’électricité
ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel
mais ils savent en ses moindres recoins le pays de souffrance
ceux qui n’ont connu de voyages que de déracinements
ceux qui se sont assouplis aux agenouillements
ceux qu’on domestiqua et christianisa
ceux qu’on inocula d’abâtardissement
tam-tams de mains vides
tam-tams inanes de plaies sonores
tam-tams burlesques de trahison tabide


Tiède petit matin de chaleurs et de peurs ancestrales
par-dessus bord mes richesses pérégrines
par-dessus bord mes faussetés authentiques
Mais quel étrange orgueil tout soudain m’illumine ? (…)

ma négritude n’est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour
ma négritude n’est pas une taie d’eau morte sur l’œil mort de la terre
ma négritude n’est ni une tour ni une cathédrale


elle plonge dans la chair rouge du sol
elle plonge dans la chair ardente du ciel
elle troue l’accablement opaque de sa droite patience.

Eia pour le Kaïlcédrat royal !
Eia pour ceux qui n’ont jamais rien inventé
pour ceux qui n’ont jamais rien exploré
pour ceux qui n’ont jamais rien dompté (…)

et voici au bout de ce petit matin ma prière virile
que je n’entende ni les rires ni les cris, les yeux fixés

sur cette ville que je prophétise, belle,
donnez-moi la foi sauvage du sorcier
donnez à mes mains puissance de modeler
donnez à mon âme la trempe de l’épée
je ne me dérobe point. Faites de ma tête une tête de proue
et de moi-même, mon cœur, ne faites ni un père, ni un frère,
ni un fils, mais le père, mais le frère, mais le fils,
ni un mari, mais l’amant de cet unique peuple.

Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie
comme le poing à l’allongée du bras !
Faites-moi commissaire de son sang
faites-moi dépositaire de son ressentiment
faites de moi un homme de terminaison
faites de moi un homme d’initiation
faites de moi un homme de recueillement
mais faites aussi de moi un homme d’ensemencement (…)

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