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DÉVELOPPER LA SOLIDARITÉ ET SAUVER LE BIEN COMMUN: LES PRIORITÉS DE « L’APRÈS », SELON TROIS NOBEL.

PRÉSENTATION

Trois Nobel appellent les pays riches à faire preuve de solidarité

En ouverture du Sommet de Challenges et TSE sur « sauver le bien commun », trois prix Nobel d’économie, Jean Tirole, Esther Duflo et l’indien Abhijit Vinayak Banerjee, ont réfléchi aux reformes économiques nécessaires.

Une plus grande solidarité des pays riches avec le monde en développement s’impose selon eux.. 

La première table ronde du sommet (« Qu’est-ce que le bien commun? ») a réuni les trois Nobel d’économie.

Jean Tirole a indiqué: « ce qu’on appelle le bien commun se réfère à une question très simple: dans quelle société souhaitons-nous vivre? »

Esther Duflo a alerté sur l’accroissement des inégalités.. La pauvreté s’est accrue, a-t-elle rappelé, dans les zones les moins développées du monde, alors que les pays riches, l’Europe comme les Etats-Unis, « s’en sont raisonnablement bien sortis grâce au déploiement de leurs programmes sociaux, notamment la mise en place du chômage partiel qui a servi d’amortisseur ».

Elle a soulevé une question cruciale pour la suite: « les populations des pays riches commencent à être vaccinées, et c’est louable, mais qu’en est-il pour le reste du monde? Les plus nantis vont-ils faire preuve de solidarité ou vont-ils se replier sur eux-mêmes? Attention à ne pas être égoïste, en laissant les plus pauvres sur le bas-côté. »

Abhijit Vinayak Banerjee a insisté sur l’étendue des ravages que la maladie a faits. Les coûts pourraient être colossaux. Quant à Jean Tirole, lui aussi pourfendeur de l’égoïsme, il s‘est dit « confiant dans la capacité à vacciner 7 milliards d’humains, pour autant que les plus riches mettent davantage la main à la poche ». Il les a appelés « à être plus généreux ».

Abhijit Vinayak Banerjee a déclaré: « Alors que les pays en développement ont consacré en moyenne 2% de leur PIB à combattre la pandémie, le monde occidental investissait 20%, montrant ainsi que l’on pouvait facilement faire tourner la planche à billets. Il faut d’autant moins hésiter à le faire pour les moins nantis, que les taux d’intérêts sont bas. » 

Esther Duflo: « il faut instaurer une taxe sur la fortune, même minimale. » Un outil, combattu par Bercy et l’Elysée, qui pour la quadragénaire permet à la fois d’assurer la redistribution et d’envoyer un signal clair, en bâtissant un système fiscal équitable.

VOIR LA VIDEO :

https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01650969/src/qq0zpxk/zone/1/showtitle/1/

Dans l’entretien que nous reprenons, le prix Nobel Jean Tirole, en marge du Sommet du Bien commun organisé avec Challenges, pousse un cri d’alarme sur les « très graves défaillances de l’économie de marché ».

ENTRETIEN

JEAN TIROLE: « IL FAUT SAUVER LE BIEN COMMUN »

Par Vincent Beaufils – Challenges – 26.05.2021

Challenges: Pourquoi avoir intitulé le Sommet organisé avec Challenges « Sauver le bien commun »?

Jean Tirole: Le bien commun nous renvoie à la question: « Dans quelle société aimerais-je vivre? ». Il nous propose de nous placer derrière ce que plusieurs philosophes ont appelé un « voile d’ignorance », c’est-à-dire de faire abstraction de son identité, sa profession, ses goûts, sa nationalité, sa religion, son genre ou sa génération. L’économie du bien commun est la mise en musique de cette idée.

La très grande majorité des pays a adopté l’économie de marché -même ceux politiquement illibéraux ou dictatoriaux et donc a priori peu enclins à accorder la liberté économique. Le marché stimule l’innovation et la création de valeur et a permis au niveau de vie de l’humanité d’augmenter considérablement ces deux derniers siècles.

Et pourtant l’économie de marché n’est pas la panacée …

Ses défaillances sont nombreuses, notamment de l’inégalité des chances à la destruction de notre environnement, des comportements anti-concurrentiels aux atteintes à notre vie privée, des crises économiques aux faillites bancaires … Bien que la plupart de ces défaillances ne soient pas spécifiques à l’économie de marché (pensons aux régimes communistes du 20e siècle), elles sont très graves et il est essentiel d’y pallier.

En quoi ces défaillances sont-elles nouvelles?

Le bien commun était en fait déjà menacé avant la dernière décennie car l’État, par électoralisme et capture par les lobbies dans les démocraties ou à travers la corruption et l’appropriation des moyens à des fins privées dans les États de non-droit, corrige souvent mal les défaillances de marché. Deux cas emblématiques sont les inégalités et l’environnement. Le bien commun a subi de nouveaux assauts avec la montée du populisme, sa démagogie court-termiste et son mépris des experts et des mécanismes économiques élémentaires ; or une mauvaise gestion économique appauvrit les pays et met en danger le financement du système social.

La menace sur le bien commun s’est-elle aggravée avec la crise sanitaire?

L’arrivée du Covid a accru les inégalités, entre pays et au sein de notre pays. Au-delà du coût humain considérable qu’ils subissent, les pays en voie de développement sont fortement pénalisés par la fermeture des écoles et les difficultés de leurs PME ; de plus, la lenteur de la vaccination retardera leur redémarrage économique. L’inégalité entre citoyens d’un même pays s’est renforcée dans ses dimensions classiques mais présente aussi de nouvelles particularités. L’inégalité éducative s’est accrue partout dans le monde. Le Covid a renforcé l’impact du milieu social, des conditions de logement et de l’engagement du corps enseignant sur les performances scolaires des élèves. Ceci survient alors que l’inégalité éducative, et donc l’inégalité des chances, est particulièrement forte en France ; rappelons que notre pays non seulement se place dans le peloton de queue des pays développés en mathématiques et sciences, matières cruciales pour de nombreux emplois de qualité, mais aussi exhibe un des systèmes éducatifs les plus inégalitaires au monde.

Les travailleurs indépendants, les CDD et stagiaires ont vu leur situation financière et professionnelle se dégrader dramatiquement, même en France avec ses nombreuses aides. Les inégalités intergénérationnelles, déjà fortes en France, se sont accrues, car nombre de jeunes, au-delà des années complexes qu’ils auront vécu, ont été privés d’une bonne éducation, d’apprentissage, d’expérience professionnelle, et seront donc pénalisés sur le marché du travail pendant des années.

La mondialisation n’en sort-elle pas aussi affaiblie?

Après des décennies chantant les louanges d’une mondialisation heureuse et négligeant par trop d’en protéger les perdants et d’éviter que des communautés entières ne soient ravagées par le chômage et le désespoir, le repli sur soi est devenu la nouvelle doxa des élites. La mode du protectionnisme, de la relocalisation, de la primauté des intérêts nationaux sur le bien commun mondial s’est imposée ; pour ne prendre qu’un exemple, les États-Unis ont accru leur protectionnisme par un renforcement des Buy American Provisions, et utilisé le Defense Production Act pour interdire l’exportation des vaccins produits ou finalisés aux États-Unis (ce que l’Europe n’a pas fait) ; leur plan de relance est rempli de privilèges réservés aux fournisseurs américains. Rappelons-nous que les nations avaient largement réussi à échapper à la tentation protectionniste après la crise financière de 2008 ; ce n’est plus le cas.

Comment contrer les effets néfastes du protectionnisme?

Un protectionnisme aveugle fera le miel des lobbies, entrainera les pays dans des guerres commerciales, livrera les consommateurs captifs à des monopoles nationaux, et détruira notre prospérité commune. Au lieu de s’opposer au libre-échange, il faut s’attaquer à ses effets pernicieux, comme l’accroissement des inégalités, réguler intelligemment les GAFA, décroitre la fiscalité pesant sur le travail, instaurer un bonus-malus généralisé et vraiment incitatif pour responsabiliser les entreprises par rapport à leurs licenciements et leur formation professionnelle, anticiper les évolutions par une formation continue efficace, et protéger les perdants. En gros, restaurer la compétitivité pour garder les emplois et porter un soin attentif aux travailleurs potentiellement fragilisés.

La pandémie n’a-t-elle pas au moins affirmé la nécessité de la transition écologique?

Je ne partage pas du tout les vues de ceux qui prônent la décroissance, mais leur reconnais le mérite de la cohérence: ils sont prêts à faire des efforts afin de sauver l’environnement. Nous avons le système et les choix politiques que nous méritons ; alors, oui la pandémie est une opportunité de prise de conscience, pour reconsidérer nos priorités et protéger les jeunes et les générations futures ; mais pour cela arrêtons de croire que nous pouvons avoir le beurre et l’argent du beurre.

Comment mieux préparer l’avenir?

Cette incapacité à préparer l’avenir est la principale défaillance de l’État. L’horizon de la politique est souvent la prochaine élection et il faut du courage aux responsables politiques pour mettre la priorité sur une action portant ses fruits dans 5 ou 20 ans quand d’autres actions moins conformes au bien commun peuvent être orientées sur les intérêts de court terme de cibles électorales. L’éducation, la formation continue et la recherche ont été beaucoup sacrifiées en France depuis des décennies, avec les conséquences que l’on sait en terme d’accès à des emplois de qualité et de richesse nationale permettant de financer les grands services publics et le système social. Le réchauffement climatique, la dette et les inégalités sont trois autres illustrations du même phénomène: continuer à agir comme si de rien n’était pendant une année de plus n’a pas grande conséquence, mais un an plus un an plus… deviennent des décennies d’inaction, et les problèmes attenant des véritables bombes à retardement, environnementales, sociales et économiques.

Le projet de Joe Biden d’une fiscalité mondiale n’est-il pas une forme de prise de conscience?

Je ne suis pas spécialiste du domaine, mais en matière de fiscalité, les économistes s’accordent sur plusieurs points au-delà d’une progressivité synonyme d’assurance sociale vis-à-vis de ses conditions familiales et environnementales et des aléas de la vie. Tout d’abord, si des différences d’opinion apparaissent sur le niveau désirable de pression fiscale, il est difficile de justifier en quoi, derrière le voile d’ignorance, encourager les entreprises ou des ménages bien informés à pratiquer l’optimisation fiscale à travers les niches et paradis fiscaux pourrait rendre le système plus juste ou plus efficace.

Ensuite, la mobilité du capital et, de plus en plus, celle des créateurs de valeur et d’emplois (entrepreneurs, chercheurs…), et la concurrence parfois féroce auxquelles se livrent souvent les pays – y compris au sein de l’Europe- pour attirer ces facteurs de production font qu’il est difficile pour un pays de gérer sa fiscalité dans son coin. En conséquence, des accords internationaux sont nécessaires pour limiter cette concurrence effrénée et forçant les pays à surtaxer les facteurs de production moins mobiles (les travailleurs en particulier).  De nombreuses réflexions ont lieu depuis quelques années au sein de l’OCDE et du G20 sur « l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices ». Réjouissons-nous que l’Amérique de Joe Biden partage les objectifs de cette initiative ; mais il faudra veiller à ce que la manne fiscale -et en particulier celle liée aux GAFA- soit répartie équitablement entre les pays…

L’annulation des brevets sur les vaccins va-t-elle dans le sens du bien commun?

Joe Biden a lancé un pavé dans la marre en prônant la suspension temporaire des droits de propriété intellectuelle sur les vaccins anti-Covid 19.  L’Europe (et le Royaume-Uni et la Suisse), qui pourtant s’était montrée beaucoup plus généreuse en matière d’exportation de vaccins produits sur son sol, s’est dans l’ensemble positionnée contre cette mesure. Bien sûr, des prix élevés freinant la diffusion des vaccins seraient inacceptables en cette période de pandémie, et ce d’autant plus que les Etats, à travers les National Institutes of Health aux États-Unis et le Conseil Européen pour la Recherche, ont financé en partie la recherche correspondante.

La suspension des brevets changerait-elle la situation dramatique dans laquelle les pays pauvres se trouvent? Pas sûr, pour plusieurs raisons. D’abord, la suspension des brevets sur des vaccins déjà bon marché ne ferait que peu baisser leur prix ; AstraZeneca vend son vaccin à environ deux euros la dose à l’Union Européenne. Plus généralement, quand on pense aux bénéfices sanitaires (hospitalisations, Covid long, décès), économiques (mois d’inactivité, écoles fermées), voire psychologiques, les vaccins dans leur ensemble ont un service médical rendu très élevé- en milliers d’euros par dose- par rapport à leur prix.

Comment vacciner 7 milliards de personnes?

Il y a aujourd’hui des goulots d’étranglement comme les ingrédients et le processus de fabrication. Par exemple, les fabricants manquent de familiarité avec la technique de l’ARN messager de BioNTech et Moderna ; les techniques adénovirus quant à elles nécessitent un accès aux cellules. Plus que la propriété intellectuelle, les chaînons manquants sont les ingrédients, les capacités de fabrication et le transfert de savoir technologique (qui est complexe mais lui n’est pas couvert par des brevets). Les capacités doivent être construites rapidement ; et, plutôt que d’être expropriés des fruits de leur recherche, les laboratoires pharmaceutiques doivent être incités à partager leur lignée cellulaire, leur savoir-faire et leurs données. Ils doivent aussi être encouragés à rejoindre le pool de brevets sur les vaccins Covid-19 afin de mettre, à des prix faibles et en guichet unique, leur technologie à la disposition exclusive des pays pauvres (ce qui nécessite d’empêcher la réimportation des vaccins en résultant vers les pays riches).

Les pays développés doivent montrer la voie de trois autres manières: donner leurs doses excédentaires aux pays pauvres ; contribuer plus au fond multilatéral de vaccination; et restructurer les dettes des pays très pauvres mis en difficulté par la Covid.

Le bien commun commande donc de protéger l’innovation…

En matière d’innovation comme dans tous les domaines, le bien commun exige d’être pragmatique plutôt que dogmatique. Les laboratoires pharmaceutiques n’entreprennent une recherche que s’ils peuvent recouvrir leur coût de recherche et développement par leurs ventes et licences. Le marché ne fonctionnera pas et nous n’aurons pas les vaccins et médicaments nécessaires si le contrat social consistant à rémunérer correctement l’innovation n’est pas respecté. Et il revient aux pays développés de le faire.

Ceci évidemment ne justifie en aucun cas l’abus sur les prix pharmaceutiques par rapport au service médical rendu. D’ailleurs, au cas où  la propriété intellectuelle et des prix abusifs seraient le problème, il existe déjà des voies légales (les licences obligatoires) permettant d’échapper au consentement du détenteur de brevet. Par contre, l’expropriation de la propriété intellectuelle par les pays développés, si elle leur offre un gain de court terme, décourage l’innovation, tue le progrès et finit par aller à l’encontre du bien commun. Qu’elles soient dues à  d’autres coronavirus, à des pathogènes relâchés lors de la fonte du permafrost, à des bactéries devenues résistantes aux antibiotiques ou à des attaques bactériologiques, il y aura d’autres pandémies et nous aurons besoin de la crédibilité des États pour encourager la réponse du secteur privé.

Et que faire quand l’innovation devient trop chère?

La défaillance du marché peut effectivement être associée à une demande trop faible pour apporter une rentabilité permettant aux start-up et groupes pharmaceutiques de financer leurs investissements. C’est le cas des maladies orphelines. Ayant identifié ce problème, de nombreux pays dont l’Europe ont suivi l’approche du Orphan Drug Act américain de 1983. Ces législations amendent le régime ordinaire pour encourager les laboratoires à s’intéresser à des maladies touchant un petit nombre de personnes: tolérance d’échantillons de plus petite taille en phase 3, subventions, accroissement de la durée des brevets, années d’exclusivité, ou même recherche publique. Et cela a payé ses fruits: alors que les laboratoires avaient quasiment abandonné la recherche sur les maladies orphelines, des centaines de médicaments sur ces maladies ont été approuvés aux États-Unis après la réforme.

Quand faut-il aider l’industrie pharmaceutique?

Regardez la problématique des antibiotiques: malgré l’antibiorésistance, la majorité des grands laboratoires a délaissé pour des raisons de rentabilité la conception de nouveaux antibiotiques. Cela pourrait résulter à terme en des catastrophes sanitaires dignes de celles du Covid. D’une certaine manière, le problème est le même que pour les maladies orphelines. Les nouveaux antibiotiques ne sont utilisés qu’en dernier recours (afin de préserver leur efficacité) ; ils sont donc peu utilisés, mais ils sauvent de nombreuses vies quand les antibiotiques traditionnels n’opèrent plus. Les gouvernements ont récemment pris conscience de cette menace, et la France s’est jointe l’année dernière à un consortium d’acteurs publics et privés pour financer le développement de nouveaux antibiotiques.

Ceux qui prônent une annulation de la dette ont-ils une interprétation erronée du bien commun?

Deux propositions sont sur la table. La première consiste à annuler les dettes détenues par la banque centrale. Une lettre a récemment circulé au sein des pays de la zone euro pour demander l’annulation de la dette détenue par la Banque centrale européenne (BCE). Cela n’a aucun sens. Nous ferions défaut à nous-mêmes, car la BCE appartient aux citoyens européens. En effet, les bénéfices de la BCE, nets de ses dépenses courantes, sont reversés aux trésors publics des États membres. Ainsi, ce que nous gagnerions d’un côté – l’allègement du remboursement de la dette – nous le perdrions – exactement la même somme – de l’autre côté. C’est un simple jeu d’écriture. L’effacement de la dette détenue par la BCE pourrait atténuer les disparités entre les États membres, mais il consisterait en un transfert fiscal. Un tel projet se heurterait inévitablement à l’opposition de l’Allemagne et des Pays-Bas, dont les finances publiques sont solides par rapport au reste de l’UE, et accentuerait encore les tensions entre les États membres.

Pourtant, l’Allemagne et les Pays-Bas ne se sont-ils pas rangés aux émissions communes?

Certains économistes font un parallèle entre les obligations émises communément et l’effacement de la dette détenue par la BCE, mais les deux sont différents. Les États membres ont accepté d’emprunter conjointement en émettant des obligations pour couvrir l’augmentation des dépenses publiques encourues pendant et après la crise sanitaire, s’assurant ainsi des taux d’intérêt communs sur les marchés financiers. Mais, à l’exception du volet « subventions » du programme (qui constitue de facto un ensemble de transferts entre pays), chaque État membre doit en principe rembourser sa propre dette.

Que dire aux partisans de l’annulation de la dette?

C’est la deuxième proposition: un défaut plus large (appelé par euphémisme « restructuration de la dette »), qui inclurait parmi ses victimes les investisseurs privés, et pas seulement la banque centrale. Bien entendu, une partie du coût d’un tel défaut serait à nouveau infligée au pays lui-même. Les banques italiennes détiennent beaucoup d’obligations d’État italiennes ; une répudiation de ces dernières affaiblirait considérablement les banques italiennes et conduirait, pour certaines d’entre elles, à un renflouement par le gouvernement italien…

Mais même si le défaut de paiement n’avait pas d’impact financier direct sur le pays lui-même, il resterait problématique. Les marchés financiers perdraient confiance dans le gouvernement et refuseraient de lui prêter (ou lui prêteraient à des taux très élevés) pendant un certain nombre d’années. Cela signifie que le gouvernement devrait plus ou moins équilibrer son budget du jour au lendemain, ce qu’il n’a pas fait depuis longtemps (près de 50 ans en France) et qui ne serait certainement pas souhaitable dans la récession à venir.

L’annulation de la dette est une stratégie court-termiste au même titre que notre lutte faiblarde contre le réchauffement climatique, l’absence de préparation aux pandémies, ou le sous-investissement en éducation et en recherche. Le bien commun exige plus de projection dans l’avenir.

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