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Plus rien ne sera jamais comme avant ? Nicolas Baverez

La fin du contrôle par le haut d’une action publique ? Repenser les politiques publiques

Dans son nouvel essai, Nicolas Baverez tire les leçons d’une crise qui précipite, à ses yeux, le déclassement de l’Occident.

EXTRAIT : « La logique de contrôle par le haut d’une action publique débouche sur sa paralysie, car elle bute rapidement sur l’embolie des administrations et la défiance des citoyens. » Cette crise doit au contraire conduire les gouvernements à repenser leurs politiques publiques en mariant « une orientation stratégique claire avec des relais territoriaux et la mobilisation des acteurs économiques et sociaux […] le tout grâce à un recours intensif aux technologies numériques » dont on a mesuré toute l’efficacité pendant la pandémie.

VOIR PAR AILLEURS NOTRE PUBLICATION :

Lire Nicolas Baverez : «(Re)constructions» Démocratie, Capitalisme… https://metahodos.fr/2021/10/13/27225/

ARTICLE

L’après-Covid selon Baverez

Par Daniel Fortin, Publié le 24 sept. 2021, LES ECHOS

Plus rien ne sera jamais comme avant. « Avant », c’était la vie qui précédait la pandémie, où un monde finissant ne se voyait pas finir, où il a fallu le choc d’un virus pour ouvrir les yeux sur la grande transformation à l’oeuvre depuis bien longtemps. Si l’on devait résumer en quelques mots le propos de Nicolas Baverez dans son dernier livre, il serait celui-ci.

Comme d’autres avec lui, l’essayiste s’efforce de mesurer les conséquences d’un choc, d’un « événement monde », écrit-il, que personne n’avait vu venir.

Mais loin de considérer cet épisode comme un phénomène isolé, il le contextualise, le replaçant dans une chaîne historique de crises qui, à ses yeux, fait sens. Attentats du 11 septembre 2001, crise financière de 2008, invasion de la Crimée par la Russie puis, maintenant, Covid-19 venu d’Asie… ces chaos successifs conduisent tous, selon Nicolas Baverez, au même constat : celui du déclassement progressif de l’Occident. Un Occident qui, « avec ses 800 millions d’habitants, a perdu le contrôle de la planète qui vit au rythme de 7,8 milliards d’individus », écrit-il.

Nos régimes démocratiques se délitent, défiés par leur propre usure et par les populismes censés y remédier.

Car si nul ne sort indemne de la pandémie, la fin de crise qui se dessine montre que les dégâts ne sont pas les mêmes pour tout le monde. De même que l’Europe sortit exsangue de la Seconde Guerre mondiale, c’est désormais la partie la plus riche de notre planète qui se fissure et avec elle l’idée même de la démocratie.

Incapables désormais de gagner des guerres, ni même de conclure de véritables paix, impuissantes à assumer leur vocation universaliste en exportant leur modèle , nos régimes démocratiques, en effet, se délitent , défiés par leur propre usure et par les populismes censés y remédier.

Accélérateur de l’histoire

Cette crise, universelle, mondiale, radicale a donc joué un rôle d’accélérateur de l’histoire et Nicolas Baverez décortique avec beaucoup de minutie les transformations visibles et moins visibles qu’elle a contribué à amplifier. L’une des plus structurante est le choc démographique , avec, dans le monde développé, une chute des naissances de l’ordre de 15 à 20 %. Un recul qui, s’il se prolonge, pourrait amplifier le vieillissement de nos sociétés.

Mais loin de se laisser emporter par l’idée aussi à la mode que lénifiante du « monde d’après », l’auteur s’empresse aussi de tordre le cou aux fausses leçons pas toujours désintéressées, que certains voudraient tirer de cette crise, à commencer par le faux diagnostic d’une démondialisation inéluctable .

 « En dépit de la violence inouïe de la secousse, en dépit de la nouvelle guerre froide et du découplage économique entre les Etats-Unis et la Chine, les chaînes de valeur complexes ont résisté et montrent une étonnante flexibilité, y compris dans leur capacité à se recomposer », écrit-il

« Loin de s’effondrer, le commerce maritime, qui assure 90 % du volume des échanges internationaux, s’est vivement redressé. […] Les paiements mondiaux n’ont connu aucune interruption contrairement à 2009 et les accords entre Banques centrales n’ont pas été touchés par l’exacerbation des conflits entre les grandes puissances. »

Rupture majeure

Pour autant, note l’auteur, ladite mondialisation évolue. Le Covid-19 a même acté une rupture majeure en mettant un terme au cycle libéral fondé sur le primat des marchés sur les Etats, sur la disparition des frontières et sur le libre-échange. Le monde est saisi par un nouvel accès de fièvre protectionniste et à côté du formidable élan entrepreneurial qui a caractérisé le capitalisme ces dernières années, les Etats reprennent désormais toute leur place.

Mais Nicolas Baverez douche immédiatement les enthousiasmes des nostalgiques d’une puissance publique omniprésente. Il rappelle qu’en dépit des apparences – celle notamment de la centralité d’un pouvoir qui serait le rempart le plus efficace contre les ravages d’une pandémie -, les Etats autoritaires – à l’exception notable de la Chine – ont globalement failli dans leur gestion de la crise.

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« La logique de contrôle par le haut d’une action publique débouche sur sa paralysie, car elle bute rapidement sur l’embolie des administrations et la défiance des citoyens. » Cette crise doit au contraire conduire les gouvernements à repenser leurs politiques publiques en mariant « une orientation stratégique claire avec des relais territoriaux et la mobilisation des acteurs économiques et sociaux […] le tout grâce à un recours intensif aux technologies numériques » dont on a mesuré toute l’efficacité pendant la pandémie.

Parmi les changements majeurs confirmés par cette épidémie et qui vont structurer notre siècle, la nouvelle ambition de la Chine figure au tout premier plan. Nicolas Baverez lui consacre un long passage, convaincu du désir de ses dirigeants de remettre en cause l’ordre mondial hérité de 1945. Pour les Etats-Unis, le défi est autrement plus dangereux que celui de l’Union soviétique d’autrefois, note l’auteur. Plus qu’un choc géopolitique, c’est un conflit des valeurs qui, aujourd’hui, se joue.

(RE)CONSTRUCTIONS

Essai

Par Nicolas Baverez. Editions de l’Observatoire. 233 pages, 21 euros. En librairie le 29 septembre

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