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VERS UNE « SOCIETE DE LA LONGEVITE ». L’URGENCE A AGIR ?

LA SOCIETE TOUT ENTIERE CONCERNEE

Dominique Libault, auteur en 2019 d’un rapport sur le grand âge, appelle de ses vœux une loi qui permettrait de faire face à la transition démographique en cours. Mais pour lui, c’est la société dans son ensemble qui doit se saisir du sujet. Maîté Darnault développe cela dans l’article proposé ci dessous.

LA LENTEUR DE LA REFORME

Annoncé depuis vingt ans, le « risque dépendance » a été inscrit dans la loi de financement de la Sécurité sociale 2021, mais sans moyen financier spécifique.

Le rapport Libault rendu public en 2019 formule des propositions éclairées, argumentées et quantifiées. Il estime entre 5 et 6 milliards d’euros le besoin annuel de financement et pointe en priorité absolue une revalorisation importante de la rémunération des professionnels.

Le rapport Vachey, publié en septembre 2020, propose deux pistes de financement : l’alignement de la CSG des retraités sur celle des actifs ou l’instauration d’un deuxième jour de solidarité. L’augmentation des droits de mutation sur les successions de patrimoine est aussi évoquée.

L’exécutif a, pour l’instant, bloqué le projet de loi « grand âge ».

LIRE DANS LIBERATION : Le grand âge, l’angle mort des politiques publiques

« Si rien n’est fait rapidement pour ­organiser et faciliter la prise en charge des seniors, la société risque de le payer très cher, humainement et financièrement.

par Alexandra Schwartzbrod publié le 20 octobre 2021

Un jour Emmanuel Macron aura 80 ans, il ne sera peut-être plus autonome et il se mordra sans doute les doigts d’avoir repoussé avec constance le vote d’une loi sur la dépendance durant ces années 2017-2022. En 2050, la France comptera plus de 4 millions de seniors en perte d’autonomie. Si rien n’est fait rapidement pour organiser et faciliter leur prise en charge, la société risque de le payer très cher, humainement et financièrement. Humainement, car ce sont les proches, s’il y en a, qui devront s’occuper d’eux, et avec les moyens du bord vu que le recrutement prévu de personnels dédiés, dans les Ehpad notamment, s’avère largement insuffisant par rapport aux besoins. Financièrement, car ce sont autant d’inactifs et de personnes plus ou moins dépendantes que la société devra prendre en charge.Lire aussi notre décryptage

Tout cela est d’autant plus dommage que les voyants rouges ne cessent de clignoter depuis quelques années, particulièrement depuis la pandémie. La crise sanitaire a en effet révélé la situation critique de nombre de personnes âgées, qu’elles soient chez elles ou en Ehpad, livrées à elles-mêmes et enfermées dans une immense solitude. Il y a donc urgence car c’est un véritable mur qui se rapproche. Cette préparation d’une «société de la longévité», pour reprendre les mots de l’ancien directeur de la Sécurité sociale Dominique Libault, est un beau et terrible sujet de société qui relève aussi bien de la politique que de l’économie, du social que de la santé. Et surtout, il concerne chacun d’entre nous car nous serons tous, un jour ou l’autre, dans le rôle de l’aidant ou dans celui de l’aidé.

Le grand âge, cet angle mort des politiques publiques, devrait idéalement devenir un des principaux sujets de cette campagne électorale. Il doit en tout cas impérativement être inscrit au chapitre des priorités du prochain quinquennat. »

Article

«Il faut préparer l’apparition d’une société de la longévité»

par Maïté Darnault, correspondante à Lyon de Libération

Directeur de la Sécurité sociale de 2002 à 2012, Dominique Libault préside le Haut Conseil du financement de la protection sociale et dirige l’Ecole nationale supérieure de sécurité sociale de Saint-Etienne. En 2018, il a été le maître d’œuvre d’une radiographie inédite des problématiques liées au vieillissement de la population française, où les avis des professionnels du secteur et des acteurs locaux ont été étayés par une consultation citoyenne. Remis au gouvernement en mars 2019, le rapport Libault émet 175 propositions pour bâtir une «stratégie de protection sociale du XXIe siècle cohérente».

En quoi la prise en charge des enjeux du grand âge et de la dépendance est-elle une urgence ?

Ces enjeux interrogent l’action publique sur deux plans, celui de l’urgence mais aussi celui de la capacité d’anticipation. Il ne s’agit pas simplement d’agir en réaction à des crises, mais de pouvoir préparer l’apparition d’une société de la longévité, car la France va être très touchée par la transition démographique. Il y a trois défis à relever : le défi démographique, qui demande une préparation des moyens pour faire face à cette évolution de la population, notamment celle en perte d’autonomie. Le deuxième sujet est celui de la création de solutions répondant mieux aux demandes de nos concitoyens, qui ne sont aujourd’hui pas véritablement satisfaits des offres concernant la dernière partie de leur vie. Le troisième défi, c’est celui de l’amélioration de l’espérance de vie en bonne santé de la population, en mettant en œuvre des stratégies de prévention, car on a un taux d’incapacité nettement plus élevé à ces âges que dans certains pays d’Europe du Nord. Tout ceci repose sur les métiers du grand âge et c’est là qu’est l’urgence : il y a un problème aigu d’attractivité de ces métiers face aux besoins actuels. Sans stratégie de longue haleine, nous allons vers des lendemains très compliqués pour pouvoir accompagner cette société de la longévité.nullEditorial

Le grand âge, l’angle mort des politiques publiques

Société20 oct. 2021

Une loi dédiée est-elle nécessaire ?

A mon sens, il est souhaitable d’avoir une stratégie systémique portée par une loi au Parlement, qui donne une direction et des ambitions nouvelles dans notre pays. Il s’agit à la fois de travailler sur les métiers, sur l’âgisme, sur la prévention, sur les nouvelles offres de prise en charge, sur les parcours. Une loi peut avoir une vision globale sur la gouvernance, les aspects financiers ou sociétaux que des articles budgétaires ne portent pas complètement. Cependant, il ne faut pas sanctuariser l’idée d’une loi comme le dogme absolu. Au-delà des positions des pouvoirs publics, la réflexion sur le grand âge doit nourrir en profondeur la société, et il y a déjà des évolutions, un certain nombre de choses sont en train de changer car des acteurs se saisissent des sujets.null

Rendre les métiers du soin et du lien attractifs, ce n’est pas qu’une question de revalorisation salariale mais aussi d’organisation du travail, de représentations…

En effet, le management est une chose importante et on peut s’inspirer de ce qui se fait aux Pays-Bas avec la méthode Buurtzorg [sur le soin de proximité, ndlr],qui donne beaucoup plus de liberté et d’autonomie aux personnes employées. Certains services à domicile en France commencent à s’en inspirer. Le sens du métier est aussi un vrai sujet : si vous faites essentiellement des toilettes et des gestes techniques, ce n’est pas tellement attractif. Si vous redéfinissez le contenu des postes en mettant l’accent sur l’aspect relationnel, préventif, vous pouvez faire bouger les lignes. Il y a également la question de l’environnement de travail. Des établissements expérimentent par exemple un découpage en unités de petite taille, en «maisons». C’est mieux pour les personnels qui retrouvent un environnement plus circonscrit et pour les pensionnaires qui apprécient d’être dans un hébergement moins collectif.null

Le domicile traditionnel n’est pas toujours la bonne solution, il ne faut pas l’idéaliser. Il s’agit de faire bouger l’offre : que l’Ehpad soit moins Ehpad et que le domicile soit plus accessible. C’est tout le travail sur l’hébergement intermédiaire, intergénérationnel, inclusif. Il y a à inventer de nouvelles formes de logement pour les personnes âgées dans les villes et les campagnes. Ça a déjà commencé et c’est là que les mouvements sociétaux doivent être encouragés. Il faut travailler sur des lieux et des moments décloisonnés pour modifier la façon de concevoir le vieillissement de nos aînés.

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