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POINT DE VUE. RETOUR OU PERMANENCE DES GILETS JAUNES ?

ENTENDRE LA FRANCE D’EN BAS

Combien de temps il faudra à « la France d’en haut », aveuglée dans ses certitudes, pour entendre « la France d’en bas » des Gilets jaunes ? C’est la question que pose l’article ce dessous.

Article

Gilets jaunes saison 2 : le retour

Par Olivier Maurice. Contrepoints.

La rumeur couve depuis plusieurs jours. #GiletsJaunesSaison2 était en tendance. Plusieurs émissions de radio et plusieurs journaux en ont fait leur sujet. Allons-nous revoir dans les jours qui viennent un mouvement de contestation trois ans après les premiers blocages de ronds-points avec le passage du litre de gasoil au-dessus de 1,5 euro ?

Même cause, même effet ?

Pourtant, il s’en est passé des choses depuis : l’opération de désamorçage gouvernemental, à base de grands débats et de comités citoyens inutiles… la musique de fond de la crise économique larvée qui dure maintenant depuis une douzaine d’années et qui ne fait que s’amplifier… mais surtout la crise pandémique, qui a clairement démontré pour une grande partie de la population l’absurdité de la situation dans laquelle se trouve le pays. La crise du système de santé et la gestion sanitaire et économique catastrophique dont il faut aujourd’hui payer le prix hallucinant.

Résultat : force est de constater que trois ans après l’avertissement, le message n’a clairement pas été entendu, et encore moins compris.

Ce message est pourtant très, très simple : pour toute une partie de la population, le système social français est une véritable calamité et il est indispensable de s’en échapper le plus rapidement possible.

La vraie fracture française se situe là : dans l’incompréhension d’une partie de moins en moins nombreuse et de plus en plus isolée de la population (pour faire court, des urbains riches et remplis de bonnes intentions) pour l’autre partie et des problèmes qu’elle rencontre.

Malheureusement, il semble bien que les avertissements successifs ne suffisent pas.

LA SOURCE DU MAL DES GILETS JAUNES

Le socialisme à la française a été développé dans la première moitié du XXe siècle par une petite élite qui a trouvé dans cette mission de progrès populaire le moyen de se hisser au pouvoir.

Il a débouché sur ce que l’on connait : le modèle social français basé sur les théories marxistes de redistribution et de mise en commun de l’outil productif.

L’idée peut sembler de prime abord très juste et très généreuse : prendre aux riches pour donner aux pauvres.

Ce sophisme moral a eu un effet immédiat : museler toute opposition libérale provenant des riches et obtenir les voix des pauvres en échange d’argent magique.

La route vers le paradis social a effectué une étape majeure il y a 70 ans, quand la France s’est figée dans un modèle issu des négociations entre gaullistes et communistes, et que tout l’appareil d’État, en quête de repentance après l’épisode peu glorieux de la collaboration, s’est empressé d’adopter avec zèle pour faire oublier ses choix et ses actes.

Depuis 70 ans, la France vit dans l’illusion d’une grande fiction : celle de l’insouciance et du mythe du paradis des prolétaires.

UNE SITUATION CATASTROPHIQUE

Le résultat, on le connait : un État obèse, un marigot de parasites situés partout et à tous les niveaux et un bilan économique qui hisse la France dans le dernier carré des pays socialistes :

  • 62,8 % d’argent magique : production nationalisée, monopoles publics…
  • 44,5 % de prélèvements obligatoires : taxes, impôts, cotisations sociales…

Entre dépense et recette, le compte n’y est évidemment pas. Le résultat, ou plutôt le financement à crédit du déficit de résultat que personne ne veut voir s’accumule depuis des années : deux mille sept cent soixante-deux milliards d’euros de dette publique. 2762 milliards d’euros de dette. 2762 et 9 zéros après.

Alors, on cherche depuis des lustres des solutions. Toutes se heurtent au même constat : le système ne pourra jamais se réformer de l’intérieur.

Et ce ne sont pas les solutions cosmétiques (et passablement immorales) qui permettront de sauver le Léviathan asphyxié par son propre poids. Ce n’est pas la chasse aux brebis galeuses, avec tout son lot de lynchages, qui permettra de combler les fuites.

Ce ne sont que des promesses. Un simple et rapide calcul permet de comprendre très rapidement que le compte n’y est pas. Une rapide enquête de terrain permet également de se rendre compte immédiatement que cette supposée manne d’argent détourné n’est que l’arbre qui cache la forêt : le système tout entier n’est qu’un trou béant.

Ce n’est ni l’optimisation fiscale, ni les fainéants, ni les fraudeurs, ni les étrangers, ni la mondialisation, ni les extra-terrestres, ni les trolls et les gobelins qui sont responsables du déséquilibre des comptes. Celui-ci est simplement dû au poids de la bête qui étouffe la société et à l’idiotie crasse de l’analyse économique redistributive.

UNE SIMPLE ÉVIDENCE ÉCONOMIQUE

C’est pourtant si simple à comprendre : pour que quelqu’un puisse s’enrichir, il faut qu’il soit entouré de riches, pas de pauvres.

On ne vend rien à des pauvres. On ne produit rien pour des pauvres. On ne peut pas s’enrichir si on est entouré de personnes avec lesquelles on ne peut rien échanger, qui n’ont rien à donner et pas les moyens de prendre.

Ce n’est pas en appauvrissant les riches que l’on enrichit les pauvres, on ne fait que supprimer l’étape de la production. Au lieu de produire de la valeur pour l’échanger, on met le producteur au chômage et on remplace le revenu de la production par une simple transaction financière.

Alors oui, être payé à ne rien faire, c’est plutôt tentant…

Comptablement, financièrement, le résultat est le même. Économiquement, avec ce système on finit par totalement détruire l’outil productif, à force de financer des revenus de remplacement qui, cerise sur le gâteau, font concurrence aux revenus productifs.

L’erreur politique majeure de tous les gouvernements depuis la mise en place de ce système est de croire que les Français n’ont rien vu, qu’ils sont dupes ou pas suffisamment intelligents ou instruits pour comprendre cette logique élémentaire.

UN SYSTÈME TOTALEMENT EFFONDRÉ

Mais les Français ne sont pas idiots. S’ils ont toléré ce système, tout en sachant très bien qu’il n’avait aucun sens, c’est que le prix de leur calme reposait sur des bases qui sont aujourd’hui en train de s’effondrer :

Tant que c’étaient effectivement les riches qui payaient et que ceux-ci étaient tout fiers de leur générosité parce qu’elle leur permettait de parader en exhibant leur supériorité morale, le deal était acceptable.

Peu à peu, l’arrogance de ceux que l’on a appelé l’élite s’est mixée à une évidence de médiocrité et d’incompétence. Le niveau de pression morale de ceux qui se sentent investis d’une mission salvatrice est devenu d’autant plus inacceptable que ceux que l’on a baptisé le peuple se sont rendu compte que c’était en fait bien eux qui payaient l’addition et que ce système n’avait d’autre résultat que de les enfoncer de plus en plus dans les difficultés.

Surtout, le voile s’est levé sur l’indigence d’un système social supposé être le meilleur du monde et qui s’est révélé crise après crise une réelle catastrophe. Le système de santé s’est complètement effondré au premier virus, les retraites sont devenues des minima sociaux, la fin de vie est devenue un cauchemar, l’accompagnement des plus faibles est à la fois avilissant et misérable, le travail est dévalorisé, la réussite professionnelle est synonyme de pression fiscale et sociale…

Pire, l’arrogance de certains donneurs de leçons va même jusqu’à rendre responsable « la France d’en bas » de tous les maux de l’humanité et le simple fait de prendre sa voiture pour aller travailler ou d’allumer le chauffage ont été quasiment promus au rang de crime contre l’humanité.

UN CHANGEMENT DE SOCIÉTÉ AVEC LES GILETS JAUNES

Les discours de ceux qui appellent à manifester ce week-end sur les ronds-points ont changé. Il est plus audible, plus clair, plus net. Bien plus radical également. Il suffit de les écouter pour s’en rendre compte.

Ces Français veulent que l’État retourne à sa place.

Que l’on cesse de leur imposer un modèle social dont ils ne veulent pas, que les dirigeants sont incapables de faire fonctionner et qui ne leur apporte absolument pas les bénéfices qu’il promet. La seule question est de savoir combien de temps il faudra à « la France d’en haut », aveuglée dans ses certitudes, pour entendre « la France d’en bas ».

Le modèle social français, le modèle socialiste français, l’enfant difforme accouché par le Comité National de la Résistance et la France collaboratrice honteuse est-il en train de vivre ses dernières heures sur les ronds-points et dans les soulèvements populaires qui se succèdent sans discontinuer depuis maintenant trois bonnes années ?

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