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Annonces du gouvernement sur le Covid-19 : pour en finir avec les paris présidentiels

EPIDEMIE

Covid-19 : pourquoi l’exécutif rechigne à prendre des mesures plus drastiques pour enrayer l’explosion des cas de contamination

Article rédigé par 

Antoine ComteFrance TélévisionsPublié le 28/12/2021 16:55Mis à jour le 28/12/2021 18:57 Temps de lecture :  6 min.

Le Premier ministre, Jean Castex (à gauche) et le ministre de la Santé, Olivier Véran, le 27 décembre 2021 à Matignon. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Le Premier ministre, Jean Castex (à gauche) et le ministre de la Santé, Olivier Véran, le 27 décembre 2021 à Matignon. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Pour tenter d’endiguer l’épidémie, le gouvernement n’a pas souhaité resserrer la vis autant que dans la plupart des pays européens. La stratégie de l’exécutif ? Miser sur la vaccination et éviter au maximum les mesures impopulaires à quatre mois de l’élection présidentielle.

Pas de couvre-feu pour le réveillon de la Saint-Sylvestre et encore moins de nouveau confinement ; une rentrée scolaire maintenue pour le 3 janvier et des lieux culturels ou sportifs toujours ouverts malgré des jauges réduites : face à l’inquiétante progression du virus qui a dépassé la barre symbolique des 100 000 cas avant Noël, le gouvernement a décidé d’imposer sans vraiment contraindre, en annonçant des nouvelles mesures, lundi 27 décembre. Une stratégie politique propre, qui se démarque des choix faits par la plupart de nos voisins européens. Plusieurs pays de l’Union européenne ont en effet opté pour un sérieux tour de vis, avant et après le réveillon de Noël, afin de freiner l’extrême viralité du variant Omicron qui déferle sur le Vieux Continent.

>> Covid-19 : suivez l’évolution de la pandémie dans notre direct

Ce sont les Etats nordiques qui ont décidé de prendre les mesures les plus drastiques. Si, depuis la mi-décembre, le Danemark a par exemple fermé ses lieux culturels et imposé aux restaurants de baisser le rideau entre 23 heures et 5 heures, c’est bien aux Pays-Bas que les restrictions sont les plus importantes. Depuis le 19 décembre et au moins jusqu’au 14 janvier, le pays est en effet totalement confiné.

En Allemagne, où la barre symbolique des 60 000 contaminations quotidiennes a été franchie fin novembre, les tests négatifs ne suffisent plus pour accéder aux lieux recevant du public. Et à compter de ce mardi, les rassemblements sont limités à 10 personnes pour les vaccinés et à deux personnes pour les non-vaccinés. En Italie, le port d’un masque FFP2 est obligatoire dans les transports, les stades ou encore les lieux culturels. En Espagne, c’est également un couvre-feu qui a été décidé pour la Catalogne, entre 1 et 6 heures du matin.

>> Covid-19 : où en sont nos voisins européens face au boom des contaminations ? Le point sur les chiffres et les mesures prises

Des choix radicaux qui détonnent donc, au regard des décisions annoncées par le Premier ministre Jean Castex lundi soir. Franceinfo vous explique pourquoi l’exécutif rechigne à prendre, pour le moment, des dispositions beaucoup plus contraignantes.

Parce que la France mise sur la vaccination

Jean Castex et son ministre de la Santé, Olivier Véran, l’ont rappelé lundi lors de leur conférence de presse : « La vaccination reste au cœur de notre stratégieElle prémunit contre les formes graves de la Covid-19″ et donc contre « les risques d’hospitalisation ». Alors que 77% des Français ont reçu au moins deux doses de vaccin, selon les chiffres de Santé publique France, et que la campagne de vaccination pour la troisième injection bat son plein (22 millions de personnes sont triplement vaccinées), le gouvernement préfère miser sur la stratégie du tout vaccin pour tenter d’endiguer la cinquième vague épidémique. 

Une stratégie vaccinale utilisée comme arme principale face au variant Omicron et que l’exécutif a voulu renforcer encore un peu plus. Le délai entre deux doses de rappel a été réduit de quatre à trois mois dès ce mardi et le gouvernement martèle qu’il souhaite « faire peser la contrainte sur les non-vaccinés tout en cherchant à aller vers et à convaincre nos concitoyens qui sont encore très éloignés du système de soins ».

La chasse aux faux pass sanitaires est également ouverte par Jean Castex. « Ce n’est pas admissible et nous devons collectivement nous donner les moyens de l’enrayer, et de le sanctionner plus lourdement ». Le projet de loi sur le pass vaccinal, qui sera prochainement débattu au Parlement, entend mettre la pression sur les cinq millions de Français non vaccinés, et en particulier ceux qui contournent illégalement la vaccination. « Cela signifie que dans les lieux où le pass s’applique depuis plusieurs mois, il faudra justifier d’être vacciné pour pouvoir entrer », assure le chef du gouvernement.

Parce que les hôpitaux ne sont pas (encore) submergés

Alors que les contaminations liées au variant Omicron explosent à travers tout le pays, l’hôpital tient encore le choc pour le moment. Les conditions de travail sont difficiles pour l’ensemble du personnel soignant, mais les établissements ne sont pas saturés comme lors de la toute première vague, en mars 2020.

Selon Santé publique France, les hospitalisations quotidiennes sont actuellement stables, même si 1 634 nouvelles admissions à l’hôpital ont été comptabilisées ces dernières 24 heures. Ce chiffre est en augmentation par rapport à la semaine précédente, où 1 466 nouveaux patients avaient été recensés, et cette tendance commence à mettre les services hospitaliers du pays sous pression. Toujours selon Santé publique France, le nombre de patients en soins critiques a également augmenté de 10% et les décès quotidiens à l’hôpital de 14%.

« A chaque mesure prise par le gouvernement, on peut toujours trouver un côté ridicule, comme le fait de ne plus pouvoir boire son café debout au comptoir. Mais ces mesures vont sans doute réduire les situations les plus à risque. Cela reste difficilement mesurable, contrairement aux données globales qu’on peut récolter avec un confinement généralisé. Mais réduire par exemple les jauges à l’intérieur comme à l’extérieur aura forcément un impact positif« , se projette Astrid Vabret, cheffe du service de virologie au CHU de Caen.

Parce qu’Emmanuel Macron « ne peut pas être impopulaire à quatre mois de la présidentielle »

Le chef de l’Etat, qui n’est pas encore officiellement candidat à l’élection présidentielle de 2022, sait qu’il joue gros avec cette nouvelle vague de l’épidémie. Pour ne pas prendre des mesures trop liberticides et donc apparaître comme impopulaire à quatre mois seulement du scrutin, Emmanuel Macron continue donc de miser sur la stratégie qu’il a adoptée il y a un an : la vaccination, combinée au strict respect des gestes barrières.

« Emmanuel Macron essaie d’éviter de devenir impopulaire, ça c’est certain (…) Mais si les hôpitaux venaient à être totalement débordés, le sujet de l’avenir de l’hôpital en France pourrait revenir dans la campagne présidentielle et donner des angles d’attaque aux opposants politiques d’Emmanuel Macron », analyse Bruno Cautrès, politologue au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

Parce que le gouvernement ne veut pas mettre un coup d’arrêt au fonctionnement du pays

Le président de la République ne souhaite pas changer son pari face au virus et faire tourner au ralenti l’économie du pays. Face à la multiplication des arrêts maladies – entre le 1er novembre et la mi-décembre, le nombre d’arrêts de travail dérogatoires pour les personnes devant s’isoler a été multiplié par plus de 7, passant de 5 763 à 42 541 –, le gouvernement envisage même d’assouplir les régles d’isolement pour les cas contacts.

Pas question non plus de céder aux desiderata des personnels de santé. Cinquante soignants ont signé, dimanche, une tribune dans le JDD pour demander au gouvernement de reporter la rentrée scolaire de janvier, en raison des nombreux cas de contaminations recensés dans les écoles.

« Début 2021, Emmanuel Macron n’avait pas suivi les recommandations du Conseil scientifique et avait choisi l’optique d’une reprise de la vie économique. Comme jusqu’à maintenant, cela avait plutôt bien fonctionné, il reste aujourd’hui dans la même logique. »Bruno Cautrès, politologue au Cevipof 

à franceinfo

L’exécutif pourra-t-il donc tenir encore longtemps face à l’extrême contagiosité du variant Omicron ? Des mesures plus drastiques devront-elles être prises comme chez nos voisins européens ?

Ces « mesurettes », dixit plusieurs ténors de l’opposition comme l’écologiste Sandrine Rousseau au micro de France Inter mardi, le monde scientifique ne souhaite pour le moment pas les commenter. « Je pense que de nouvelles mesures trop strictes n’auraient pas été bien acceptées par la population, mais je ne suis pas dans la tête des politiques. Surtout à 100 jours des élections ! », ironise la spécialiste des coronavirus, Astrid Vabret.

Coronavirus : Emmanuel Macron gère-t-il la crise sanitaire façon Boris Johnson ?

MIS À JOUR LE 28/12/21 Jean-Loup Delmas 20 Minutes

La gestion épidémique d’Emmanuel Macron se rapproche de plus en plus de celle du Premier ministre britannique : ne prendre que des mesurettes et espérer que la vague passe toute seule.

  • Lundi, en pleine cinquième vague, la France n’a pris que des faibles mesures pour espérer endiguer l’épidémie.
  • Le pays se rapproche de plus en plus de l’Angleterre dans sa gestion du coronavirus : un laxisme et une simple espérance que la vague disparaisse d’elle-même.
  • Pourquoi Emmanuel Macron devient de plus en plus optimiste face au Covid-19 et de moins en moins prudent ?

Devant une grande épreuve de la vie, nous nous en sommes tous remis à la providence au moins une fois, abandonnant toute raison logique pour se réfugier dans une pensée magique : « Ca va bien se passer parce que ça doit bien se passer », Si cette stratégie a déjà fonctionné pour quelques-uns de nos partiels ou entretiens d’embauche, elle est plus contestable quand il s’agit de la gestion sanitaire d’une épidémie de coronavirus.

C’est pourtant ce qui semble découler des (non-) décisions de lundi, à la suite du Conseil de défense sanitaire. Alors que le pays connaît plus de 70.000 cas par jour, seules des « mesurettes » ont été décrétés, loin des tours de vis fermes lors de la première et la seconde vague. Peu à peu, l’exécutif se calque sur la gestion pandémique de  Boris Johnson en Angleterre, adoptant de moins en moins de mesures restrictives et se contentant d’espérer que la cinquième vague passe d’elle-même sans faire trop de dégâts.

Choisir ce que l’on veut voir

« Le gouvernement semble s’engager dans une sorte de pensée magique, ou tout du moins d’attentisme irresponsable », confirme le chercheur en santé publique Mickaël Ehrminger. Le tout basé sur un seul fondement scientifique : le variant Omicron, de plus en plus dominant dans le pays, provoque moins de formes graves et des hospitalisations moins sévères chez un individu que le variant Delta.nullPUBLICITÉnullnull

Si ce fait est confirmé par plusieurs études, l’exécutif semble volontairement diminuer l’impact d’une autre réalité : le variant Omicron est bien plus contagieux. « Or, si la contagiosité est beaucoup plus importante, cela ne réduira pas la valeur absolue des cas graves et des décès par rapport à un variant qui serait peu contagieux mais très létal », note le chercheur. Sans compter que cette vague Omicron intervient lors des fêtes de fin d’année, et alors que la cinquième vague du variant Delta n’est pas finie. Autrement dit, face à un hôpital déjà à bout.https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/src/qxm5s0f/zone/1/showtitle/1?tagparam=category%3Dsante%26subcategory%3Dsante%2Ccoronavirus%2Ccovid-19%2Cemmanuel-macron%2Cpolitique%2Cpresidentielle%2Cvariant-omicron

Loin de calmer le lâcher prise des gouvernements, cette tension de l’hôpital est parfois utilisée pour justifier une absence de mesures. Boris Johnson a ainsi justifié son absence de tour de vis lundi en déclarant que la pression hospitalière « provient surtout des absences du personnel plutôt que des unités de soins intensifs surpeuplées ». Tout le principe de la pensée magique : distordre la réalité pour ne la regarder que du point de vue que l’on désire.

Emmanuel Macron prisonnier de son passif

La « Boris-Johnsonisation » d’Emmanuel Macroncommence en réalité en janvier-février 2021 lorsque, contre l’avis du Conseil scientifique, le président décide de ne pas reconfiner la France en pleine flambée des cas. Depuis, le président serait prisonnier de cette décision passée, à en croire Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et spécialiste de la politique française : « Il y a une volonté de cohérence face à ses décisions précédentes. Il est très lié à ce choix de janvier et rien ne serait pire pour lui que de donner un sentiment d’une politique en zigzag et revenant sur ses pas ».

Selon le chercheur, la volonté de ne pas imposer des mesures trop fortes permet également à Emmanuel Macron de maintenir un de ses autres narratifs phares : le pass sanitaire. Réimposer couvre-feu ou pire un confinement, lorsque le vaccin et le pass ont été vendus comme empêchant cela, remettrait en cause tout le succès de la campagne de vaccination française, l’un des grands leitmotivs d’Emmanuel Macron.

Le désaveu de novembre 2020

Double raison donc de s’obstiner à ne pas prendre de mesures plus fortes et espérer qu’Omicron ne fasse pas trop de dégâts, sans prêter l’oreille aux alertes des scientifiques et des soignants. « Incontestablement, on avance de plus en plus vers une gestion totalement politique et économique, et les composantes scientifiques sont totalement ignorées », confirme Mickaël Ehrminger.

Un dédain de la part d’Emmanuel Macron qui pourrait bien trouver son origine le 28 octobre 2020. En pleine seconde vague, et dans son discours pour annoncer un deuxième confinement, le président justifie la mesure en déclarant que selon les prévisions scientifiques, il y aura quoiqu’il se passe au minimum un pic à 9.000 réanimations. Finalement, les réanimations n’ont jamais dépassé la barre des 5.000 personnes simultanément.

Optimisme à outrance

Depuis ce jour, le président semble miser plus sur le « et si ça se passait bien ? » que le « et si ça se passait mal ? ». Une philosophie qui l’arrange également bien pour la présidentielle 2022.  « Emmanuel Macron veut renouer aussi avec cette incarnation d’une vision positive et optimiste, élément fondamental de sa narration. Qu’importent les alertes des scientifiques, le politique est là pour tracer une voie vers l’avant », appuie Bruno Cautrès.

Contrairement au non-confinement du printemps 2021, la France partage avec d’autres pays cette stratégie de ne pas trop imposer de mesures : l’Angleterre donc, mais également l’l’Espagne, comptent également sur la seule vaccination pour passer la vague. Des pays qui s’auto-entretiennent mutuellement dans leur choix. « La France s’oriente vers un laisser-faire implicite, prenant pour exemple les nations qui font le minimum », redoute Mickaël Ehrminger. Le chercheur conclut : « Il n’y a plus grand-chose de sanitaire dans la gestion de cette crise, malheureusement. Prévenir est un gros mot dans beaucoup de pays, et encore plus en France. »

Ne reste plus qu’à y croire et à espérer.

Annonces du gouvernement sur le Covid-19 : pour en finir avec les paris présidentiels

Haut fonctionnaire, Victor Dogood – un pseudonyme – s’inquiète des « non-décisions » prises par l’exécutif malgré un nombre très élevé de contaminations et un « virus hors de contrôle ».

"C'est au Premier ministre et au ministre de la Santé qu'est revenu le privilège de défendre les décisions ou plutôt les non-décisions prises par le président de la République en son conseil de Défense", note un haut fonctionnaire activement engagé dans la lutte contre la crise sanitaire.

« C’est au Premier ministre et au ministre de la Santé qu’est revenu le privilège de défendre les décisions ou plutôt les non-décisions prises par le président de la République en son conseil de Défense », note un haut fonctionnaire activement engagé dans la lutte contre la crise sanitaire.

afp.com/Ludovic MARIN

Par Victor Dogood, pseudonyme d’un haut fonctionnaire activement engagé dans la lutte contre la crise sanitaire.  Publié le28/12/2021 à 12:27, mis à jour à 15:05Élysée Express​Les analyses indispensables sur la campagne présidentiellePar la rédaction de L’Express, chaque mercredi à 18HJe m’inscris

« Curieuse République que celle qui serait présidée par un muet » disait Valéry Giscard d’Estaing. Nous y sommes et une fois encore, c’est au Premier ministre et au ministre de la Santé qu’est revenu le privilège de défendre les décisions ou plutôt les non-décisions prises par le président de la République en son conseil de Défense. Après avoir voulu endosser les habits de chef de guerre durant la première vague, Emmanuel Macron s’est depuis transformé en défenseur silencieux, mais obstiné de l’apaisement sanitaire. null

Or que voyons-nous autour de nous ? Un nouveau variant qui se répand à une vitesse fulgurante, un virus désormais hors de contrôle avec plus de 100 000 nouvelles contaminations par jour. Et que faisons-nous ? Rien ou si peu, là où tous nos voisins, un à un, finissent par se rendre à l’évidence et par prendre leurs précautions. nullPUBLICITÉnullnullLIRE AUSSI >> Pr Gilbert Deray. Omicron : chevalier de l’apocalypse ou solution idéale à la pandémie ?

Pourquoi ? Ce point mérite que l’on s’y arrête. Nous attendons de voir, puisqu’il n’est pas dit que ce variant soit aussi dangereux que les précédents. L’attitude paraît rationnelle : pourquoi « emmerder » trop tôt les Français, surtout à la veille des fêtes, surtout à quelques mois d’une élection présidentielle, si le virus se révélait tout à coup moins dangereux ? 

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« Le virus circule. Il fait des ravages, tout comme les séquelles du Covid »

L’argument est séduisant. Mais il repose sur une inversion qui est devenue la définition même de l’apaisement sanitaire : entre éviter des morts, d’un côté, et éviter de réduire temporairement notre liberté individuelle, de l’autre, c’est le deuxième objectif qui l’emporte aussi longtemps que les réanimations ne débordent pas. 

Mais il faut que chacun le sache : même quand elles ne débordent pas, des femmes et des hommes malades entrent à l’hôpital et certains y meurent. Le virus circule. Il fait des ravages, tout comme les séquelles du Covid. La saturation des réanimations est l’ultime limite. L’éviter, c’est éviter le tri massif, non les morts. 

Un virus « hors de contrôle »

L’attitude pusillanime du gouvernement aura deux conséquences. La première, c’est qu’il y aura plus de morts du Covid. Combien ? Personne ne le sait, mais il n’existe aucune réalité parallèle où 100 000 nouvelles personnes seraient malades chaque jour sans qu’une proportion, même faible, d’entre elles ne finisse par être gravement atteinte. La seconde, c’est que si jamais la dangerosité du variant Omicron se révèle suffisante pour mettre en péril notre système de santé, nous ne serons plus en mesure de reprendre le contrôle en temps et en heure. nullPUBLICITÉnullnull »Une fois de plus, nous voici donc collectivement devenus les instruments d’un pari présidentiel »

Car avec 100 000 contaminations par jour, le virus est hors de contrôle. Si un freinage se révèle nécessaire, son ampleur sera exceptionnelle et peut-être sera-t-il tout simplement impossible. Nous avons perdu jusqu’aux réflexes les plus élémentaires de prudence. 

Voici où nous en sommes rendus : nous roulons à pleine vitesse sur une route verglacée. Nous savons que nous roulons vite. Nous savons que le verglas est épais. Mais nous ne sommes pas certains que ce verglas soit aussi dangereux qu’un autre. Donc nous continuons à rouler à pleine vitesse, nous accélérons même. Qui peut penser que si par miracle, nous arrivons à bon port, il y aura lieu d’en féliciter le conducteur ? LIRE AUSSI >> Variant Omicron : Emmanuel Macron, ou l’équation impossible

Une fois de plus, nous voici donc collectivement devenus les instruments d’un pari présidentiel. Mais on ne joue pas aux dés en pleine crise sanitaire ! Tout comme on n’épuise pas un peu plus des soignants à bout de forces en les contraignant à passer leurs congés au lit des malades, y compris lorsqu’ils sont eux-mêmes atteints du Covid mais peu ou pas symptomatiques. Que l’on en soit à tripatouiller d’ores et déjà les règles d’isolement pour gérer les conséquences d’une circulation virale incontrôlée en dit long sur l’état de fragilité d’une France touchée de plein fouet par Omicron

Il faut que la raison reprenne le dessus. Ce énième pari se révélera peut-être gagnant, mais nous ne pouvons plus continuer à parier ainsi des vies humaines par excès de confiance. À un moment ou à un autre, la sanction viendra et ce sont les Français et non leur Président qui en paieront le prix. 

Vacciner est nécessaire, mais pas suffisant

La réalité est simple : face à cette épidémie, nous avançons dans le brouillard, mais nous avons quelques points de repère. Appuyons-nous sur eux. Le premier d’entre eux, c’est qu’il faut deux semaines pour qu’une décision produise ses effets sur les courbes d’hospitalisation. Autrement dit, il faut cesser de décider le 27 décembre en regardant la situation au 27 décembre, mais anticiper ce qu’elle sera au 10 janvier. Au bout de près de deux ans, il est temps que nous comprenions qu’une décision proportionnée ne s’apprécie pas au jour J, mais au jour J+14. 

Le second point de repère, c’est que le vaccin est une arme puissante, mais qui ne peut rien seule. Nous sommes en train de l’apprendre à nos dépens : il y a déjà de l’échappement vaccinal, il y en aura peut-être encore plus demain quand de nouveaux variants verront le jour. Vacciner est donc nécessaire, mais pas suffisant. Dire le contraire, c’est s’exposer à une crise de confiance majeure quand la réalité deviendra visible. Il faut donc se vacciner et vacciner, mais il faut également accepter que, chaque fois que la situation l’exige, nous soyons amenés à réduire notre vie sociale temporairement pour sauver des existences humaines. LIRE AUSSI >> Présidentielle : l’opposition face à l’incertitude d’une campagne sous Covid

Le troisième point de repère, c’est que nos armes sont limitées, mais efficaces utilisées au bon moment et avec détermination. Il y en a trois : le vaccin, les tests et les réductions de contact. Jouons-les à plein et arrêtons de réduire par principe la gamme des actions possibles. Il n’y a jamais de courage à ne pas faire ce qui est nécessaire – par exemple rétablir un couvre-feu dès maintenant. Nous avons aussi besoin de plus de tests – et nous serions bien inspirés d’autoriser une fois pour toutes la grande distribution à vendre des autotests (la vente d’autotests a été autorisée hors pharmacies « à titre exceptionnel et jusqu’au 31 janvier 2022 », selon un arrêté publié ce mardi au Journal officiel, ndlr) pour pouvoir dépister ceux qui le souhaitent et soulager des pharmaciens épuisés par la demande de tests en officine. Ces mêmes tests pourraient rendre de grands services dans les écoles, par exemple sous la forme de testings réguliers et systématiques, lorsque nous nous serons enfin décidés à ouvrir les yeux et à voir qu’elles jouent un rôle majeur dans l’avancée de l’épidémie. « Quand il s’agit de protéger leurs proches et de prendre soin d’eux-mêmes, les Français sont au rendez-vous »

Le quatrième point de repère, c’est que la population fait, depuis le début de la crise, preuve d’une responsabilité exemplaire. Les consignes données ont toujours été respectées. Il faut arrêter de dresser le tableau erroné d’un pays qui gronderait et ne supporterait plus de faire ce qui doit être fait. C’est faux. Il y a de la lassitude, bien sûr, beaucoup même, mais cette lassitude n’a jusqu’ici nourri aucune attitude irresponsable, si ce n’est dans une toute petite proportion de la population. Quand il s’agit de protéger leurs proches et de prendre soin d’eux-mêmes, les Français sont au rendez-vous. 

Ce qu’ils ont parfaitement compris, c’est que nous étions entrés dans une crise longue et pénible, faite d’incertitudes, qui sera nécessairement marquée par des à-coups réguliers. Il est grand temps que les responsables politiques fassent, dans leur expression, la preuve d’une même maturité. 

En somme, l’objectif n’est pas de vivre avec le virus, car vivre avec le virus, c’est accepter que des femmes et des hommes en meurent. Notre objectif doit être de le vaincre et pour le vaincre, nous aurons besoin d’un chef de guerre sanitaire, dont l’unique préoccupation sera de trouver les voies et moyens pour remporter une victoire définitive. Alors et alors seulement il sera temps de retrouver les petites joies de la vie politique et de composer avec les circonstances.

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