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LES FRANÇAIS ET LA DÉMOCRATIE : « EN DANGER » POUR 61 % « URGENCE A LA DEFENDRE » POUR 74 % – UN DOSSIER EN DEUX ANALYSES

Que pensent les Français de l’état de la démocratie en France?

Le verdict est sombre.

A quelques mois de la présidentielle, Challenges dévoilait le 9 décembre un sondage réalisé avec Harris Interactive d’une ampleur exceptionnelle: plus de 10.000 Français interrogés. Et un résultat qui émerge clairement:

61%, des sondés estiment que la démocratie est en danger et à 74% qu’il est urgent de la défendre.

DE LOURDS CONSTATS

66% des personnes déclarant qu’elles ne votent jamais,

70% des Français estimant qu’ils n’ont pas la maitrise de leur vie,

58% de ceux estimant qu’il leur est difficile de s’en sortir avec son niveau de revenu,

82% des personnes jugeant que le résultat des élections est faussé,

85% des électeurs estiment que « trop de décisions sont prises à Paris.

MAIS AUSSI DES PISTES POUR REINVENTER LA DEMOCRATIE

« Si l’on devait douter d’un pacte de confiance avec les responsables politiques comme avec les acteurs habituels fortement endommagé, on pourrait en avoir une confirmation implicite lorsque les Français réagissent à des propositions émises pour « stimuler » la démocratie, commente L’institut HARRIS

« Le moins que l’on puisse dire c’est que la confiance ne règne pas : mise en place d’un contrôle de la véracité de ce que publient les médias, recours plus fréquent aux référendums, révocation possible des élus à mi-mandat, Référendum d’Initiative Citoyenne sont plus évoqués que des aménagements de type vote par Internet ou par correspondance. » HARRIS

« Il ne s’agit pas d’une volonté de mettre fin au mandat par délégation (la suppression du Sénat comme de l’Assemblée Nationale sont moins évoqués) que de pouvoir contrôler les élus ou les journalistes. Au final, un tiers des Français parlant de la suppression de la chambre basse et la moitié l’évoquant pour la chambre haute n’est pas anodin. Nous ne sommes pas dans une optique de la fin des élus mais d’une maitrise plus nette par les citoyens. » HARRIS

ARTICLE 1

Près des deux tiers des Français estiment que la démocratie est en danger

Mercredi 8 décembre 2021 Par La rédaction de France Bleu

Plus de 8 Français sur 10 (83%) se déclarent attachés au régime démocratique et près des deux tiers (61%) estiment que la démocratie est en danger, selon un sondage Harris Interactive réalisé pour France Bleu et le magazine Challenges dévoilé ce mercredi.

Quel regard les Français portent-ils sur la démocratie, à quelques mois de l’élection présidentielle ? Pour le comprendre, Harris Interactive a réalisé une enquête pour France Bleu et le magazine Challenges*. Il en ressort que plus de 8 sondés sur 10 (83%) se déclarent attachés au régime démocratique – associé à la liberté, l’égalité, le fait de pouvoir s’exprimer librement et de respecter les choix du peuple – et 61% estiment qu’il est en danger.

Une petite majorité estime que la démocratie française « fonctionne bien »

À peine plus de la moitié des Français (54%) estiment que la démocratie française « fonctionne bien », indique encore cette enquête Harris Interactive. La majorité des sondés qui expriment cette opinion sont des sympathisants LREM/ MoDem (85%). En deuxième position figurent les sympathisants PS (66%) juste devant les sympathisants EELV (65%) et LR (64%). Viennent ensuite les sympathisants LFI (43%) puis les sondés qui se disent « sans préférence partisane » (44%) et enfin les sympathisants RN (29%). Les plus confiants en notre démocratie appartiennent en outre aux catégories les plus aisées, 64% gagnent plus de 4.000 euros nets par mois.

« Au global, un Français sur deux estime que la France est une démocratie et que celle-ci fonctionne bien ; 30% que c’est une démocratie mais qu’elle fonctionne mal ; et un peu moins d’un Français sur cinq que la France est un régime autoritaire », résume l’institut de sondage. Cette dernière opinion est davantage avancée par des sympathisants d’extrême droite (31%), d’extrême gauche (26%), et les personnes dont les revenus sont inférieurs à 1.000 euros nets par mois.

Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive
Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive

Une France trop centralisée

Les Français s’accordent majoritairement pour dire que les décisions en France sont trop centralisées85% des sondés estiment que « trop de décisions sont prises à Paris par des personnes qui ne connaissent pas la réalité de l’ensemble du pays« . Un chiffre qui atteint 90% chez ceux qui estiment que notre démocratie « fonctionne mal ».

76% des personnes interrogées jugent que l’on « pourrait plus facilement régler nos problèmes si les élus locaux avaient plus de pouvoir » ; à l’inverse, seuls 37% considèrent que l’on « pourrait plus facilement régler nos problèmes si l’État avait plus de pouvoir ».

Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive

Un tiers des sondés estime que le vote est globalement inutile

Alors que l’abstention a atteint des niveaux records lors des dernières élections régionales et départementales, ce sondage dévoile que deux tiers des Français estiment qu’il est utile de voter car c’est une manière d’exprimer ce qu’ils pensent, et près de trois quarts des sondés pensent que c’est par les élections que l’on peut faire évoluer les choses. En tête des élections plébiscitées figurent les municipales et la présidentielle.

Un tiers des Français estime au contraire que le vote ne sert pas à grand-chose car les responsables politiques ne tiennent pas compte de la volonté des électeurs. D’après cette enquête, les Français âgés de 25 à 34 ans estiment dans l’ensemble moins utile que leurs aînés de participer à différentes élections, réunions ou assemblées consultatives.

Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive

Parmi ceux qui déclarent ne pas participer systématiquement aux élections, présidentielle ou locales, une majorité se dit désintéressée ou éloignée de la politique et près d’un sondé sur deux évoque « un moyen d’expression ».

Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive
Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive

Autre piste susceptible d’expliquer ce désintérêt pour les différents scrutins : « 7 Français sur 10 (71%) estiment que les élections en France sont justes, mais seulement un quart (23%) qu’elles le sont systématiquement ».

Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive

La liberté d’expression en question

« Moins d’un quart des Français (23%) déclare se sentir libre de s’exprimer ET éprouve le sentiment d’être entendu par les dirigeants politiques ; quatre Français sur dix (42%) se déclare libre de s’exprimer mais pas entendu », note en outre Harris Interactive. Dans cette dernière catégorie, on trouve une courte majorité de 65 ans et plus (56%).

A contrario, « trois Français sur dix (33%) déclarent ne pas se sentir libre de s’exprimer », un chiffre qui atteint 42% chez les 25-34 ans. Plus de la moitié des Français déclarant ne pas avoir le sentiment de maîtriser leur vie ne se sentent également pas libre de s’exprimer.

Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive
Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive

Plus d’un Français sur deux contre les actes violents visant les élus

Alors que plusieurs élus ont annoncé porté plainte après avoir reçu des menaces de mort, une majorité des Français interrogés (69%) estime qu’il n’est pas compréhensible -et pour la moitié d’entre eux (50%) pas compréhensible du tout- de recourir à des actes violents envers le gouvernement et les élus

Toutefois, 3 Français sur 10 (31%) pensent le contraire selon ce sondage. Il s’agit davantage d’hommes, jeunes (18-34 ans), appartenant à des catégories populaires, se disant très à gauche et très à droite, et éprouvant le sentiment de vivre dans un régime autoritaire (41%).

Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive
Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive

Si dans leur majorité les Français condamnent les actes d’agression ou d’intimidation d’élus, près d’un Français sur deux déclare soutenir (8%) OU comprendre (37%) les personnes qui interpellent les élus par des mots grossiers.

Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive

L’avenir de la démocratie selon les Français

Près des deux tiers des Français (61%) estiment que la démocratie est en danger, mais dans l’ensemble, les Français ont confiance dans le fait que la France demeure une démocratie dans les 10 ans à venir (73%), et plus de 8 Français sur 10 estiment que si la France n’était plus une démocratie cela serait quelque chose de grave (et même quelque chose de « très grave » pour 1 Français sur 2).

Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive
Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive

Dans la veine du baromètre annuel de Kantar Media sur la confiance que les Français accordent aux médias, cette enquête montre que les Français sont partagés quant aux rôles de plusieurs acteurs pour garantir la démocratie ou non. Alors que les organes de presse et les journalistes, qui jouent un rôle majeur dans la préservation de notre démocratie, sont de plus en plus attaqués, seuls 40% des sondés estiment que « les médias représentent une garantie pour la démocratie ».

Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive

Parmi les options privilégiées par les Français « pour stimuler la démocratie », se trouvent un contrôle de la véracité de ce que publient les médias, la comptabilisation du vote blanc, le recours plus fréquent aux référendumsla mise en place du RIC ou encore la révocation des élus à mi-mandat. Par ailleurs, les Français âgés de 18 à 24 ans se déclarent plus volontiers ouvert à l’abaissement du droit de vote à 16 ans.

Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive

Démocratie et entreprise

Denier volet de cette enquête, 6 Français sur 10 estiment que les entreprises en France ont un fonctionnement démocratique.

Les Français et la démocratie
Les Français et la démocratie – Harris Interactive

En outre, les sondés estiment majoritairement que lorsqu’une entreprise réalise des profits exceptionnels elle devrait en reverser une part aux salariés (et pour 6 Français sur 10 une part importante) et que cela serait une bonne chose que les salariés d’une entreprise soient intéressés via une distribution d’une partie du capital, qu’ils soient mieux représentés et consultés pour les prises de décisions.

_*_Enquête réalisée en ligne du 21 au 29 octobre 2021 sur un échantillon de 10.320 personnes représentatif des Français âgés de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie  socioprofessionnelle, taille d’agglomération et région de l’interviewé(e). 

ARTICLE 2

LE RAPPORT DES FRANÇAIS À LA DÉMOCRATIE

ANALYSE DE HARRIS INTERACTIVE POUR CHALLENGES

Enquête réalisée par Harris Interactive en ligne du 21 au 29 octobre 2021.
Échantillon de 10 320 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus.
Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).
« Le coeur des Français bat à un rythme asynchrone à celui de la démocratie« 

25% d’abstention au second tour de la dernière élection présidentielle alors même qu’une candidate d’extrême-droite était présente. 12% de personnes se déplaçant le même jour et déposant un bulletin blanc ou nul dans l’urne. Moins de 50% de participation au premier tour des élections législatives, bien moins au second.

Une abstention abyssale lors des régionales et départementales laissant entrevoir que le « boudage » d’urnes aux municipales l’année précédente ne pouvait se résumer à la seule résultante de la peur de contracter la Covid.

Des revendications de Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), des mouvements tels les Gilets Jaunes nés sans organisation prédéfinies, sans leader reconnu, dans des territoires peu sujets à la mobilisation sociale…

Nous pourrions à l’envie énumérer les signes d’un rapport distant des Français à l’égard de la démocratie. Et d’une distance s’accroissant depuis cinq ans. Evidemment, tout n’a pas débuté à l’initialisation du mandat d’Emmanuel Macron. Mais nous avons connu un condensé de ses manifestations.

Tant et si bien qu’il est parfois difficile de qualifier cette distance : fatigue ? exaspération ? désintérêt ? critique ? colère ? lassitude ?

C’est dans cette optique que Challenges a confié à Harris Interactive la responsabilité de questionner un échantillon conséquent de Français sur leur rapport à la démocratie. 10 000 personnes ont accepté de nous répondre longuement. Cette étude nous permet de confirmer certains pans d’opinion préalablement identifiés, d’en minorer d’autres et… de mettre en avant des logiques pouvant à certains égards nous questionner. A certains moments, nous hésiterons dans notre analyse entre voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Nous avons pris le parti d’observer les contempteurs. Et de considérer que ce n’est pas parce qu’ils sont minoritaires que leur avis ne doit pas être considéré. Surtout lorsqu’ils peuvent être les prémices de dynamiques d’opinion.

Télécharger le rapport

Que retenir de cette enquête ?

Que si la France apparaît comme une démocratie, 18% indiquent qu’il s’agit d’un régime autoritaire.

Si aucune catégorie de population n’exprime ce sentiment majoritairement, remarquons des césures. Une césure géographique déjà : le sentiment de vivre dans un régime autoritaire est relayé par plus d’un habitant sur cinq d’une agglomération inférieure à 20 000 habitants. Une césure financière également : les personnes gagnant moins de 2 000€ par mois expriment plus que les autres que la France n’est pas une démocratie. 

Césure politique enfin : les électeurs de Nicolas Dupont-Aignan comme de Marine Le Pen à la dernière présidentielle tout comme les non participants pour un quart d’entre eux font part de ce sentiment. Outre ces variables, observons que les conditions de vie jouent nettement : 50% des personnes estimant qu’elles n’ont pas du tout la maitrise de leur vie, tout comme 37% de ceux rencontrant de fortes difficultés en fin de mois jugent la France comme relevant d’un régime autoritaire.

1. Régime autoritaire, est-ce une critique chez nos compatriotes ?

83% des Français se déclarent attachés au régime démocratique et 16% pas attachés. L’écart est net. Mais observer qu’un Français sur six s’en déclare pour le moins distant n’est pas négligeable.

Et ce d’autant plus que 36% des personnes ne se déclarant pas attachées à notre système démocratique indiquent, qu’à leurs yeux, la France est dotée d’un régime autoritaire ; 34% de ceux estimant que le fait que l’Union européenne se soit construite autour de valeurs démocratiques est plutôt une faiblesse ; 26% de ceux pensant que ce ne serait pas grave si la France n’était pas une démocratie dans 10 ans. On le voit, indiquer que la France serait un régime autoritaire ne constitue pas, en soi, une critique.

On peut y trouver une des clefs d’explication lorsque l’on explore le regard porté sur le fonctionnement de la France. Sur ce point les Français sont partagés. 54% seulement estiment que la démocratie fonctionne bien et 11% là aussi seulement, qu’elle fonctionne très bien. A ce titre, 16% jugent qu’elle ne fonctionne pas bien du tout. Une fois encore, certaines idées préconçues sont battues en brèche : ce ne sont pas les plus jeunes qui sont les plus critiques. Le profil type d’un Français estimant que la démocratie ne fonctionne pas bien est le suivant : une femme (48% le pensent), âgée de 50 à 64 ans (50%), habitant en zone rurale (52%), de catégorie populaire (47%), très à droite sur l’échiquier politique (68%) et abstentionniste(61%).

En dehors de ces considérations structurelles, observons que des variables d’opinion œuvrent nettement : 66% des personnes déclarant qu’elles ne votent jamais, 70% des Français estimant qu’ils n’ont pas la maitrise de leur vie, 58% de ceux estimant qu’il leur est difficile de s’en sortir avec son niveau de revenu et – logiquement – 82% des personnes jugeant faussé le résultat des élections.

2. La démocratie est-elle malade intrinsèquement de ses institutions ou de la pratique ?

Evidemment nous n’avons pas posé la question de la sorte. Reste que l’appétence à disposer de représentants connaissant la France et étant « au plus proche des responsabilités » demeure. Ainsi 85% des électeurs estiment que « trop de décisions sont prises à Paris par des personnes qui ne connaissent pas la réalité de l’ensemble du pays » et – seulement – 37% que l’on « pourrait plus facilement régler nos problèmes si l’État avait plus de pouvoir ». Sur ce dernier point, peu de différences sociologiques sont à relever. Notons, et cela vient alimenter l’ensemble de la réflexion, que 53% des électeurs estimant qu’un régime autoritaire serait plus propice au développement économique qu’une démocratie pensent qu’un Etat plus fort serait une bonne chose tout comme la même proportion (52%) des Français estimant qu’il ne serait pas grave si la France n’était pas une démocratie dans 10 ans.

Toujours dans la même veine, plus d’un Français sur quatre doute de la sincérité du scrutin (29%). Ce doute est d’autant plus manifeste que les personnes interrogées ont un faible niveau de revenu, se situent très à droite sur l’échiquier politique, déclarent ne jamais voter (56%) et – en forme de paradoxe – ne sont pas attachés au système démocratique (53%).

Et dans ce contexte, on ne trouve pas de majorité de Français accordant leur confiance à chacun des acteurs pour garantir la démocratie en France. On identifie même plus d’un Français sur quatre (23%) jugeant que les formations politiques représenteraient une menace pour la démocratie.

3. Une fois que nous avons vu cela, observons que 8% des électeurs jugent inutile de participer à toutes les élections.

Quel est le profil de ces abstentionnistes systématiques ? jeune : 11% des moins de 35 ans, faiblement diplômé : 10% et surtout en tension : 27% de ceux n’ayant pas du tout la maitrise de leur vie, 21% de ceux pour lesquels il est très difficile de s’en sortir avec son revenu. Sur le fond, observons que l’on reste en France toujours marqué par la politique et critique à l’égard du politique. On ne se saisit pas des réponses faciles : ni l’excuse de « l’oubli », ni celle de la distance, ni même celle du déficit de temps (souvent mobilisées dans les enquêtes par les interviewés comme facteurs explicatifs de non-action) ne sont des arguments nettement évoqués.

De même, si 27% des Français abstentionnistes résiduels évoquent le désintérêt pour la politique, cette proportion se trouve être faible au regard d’autres arguments : le fait de ne se reconnaitre dans aucun candidat, l’expression d’un mécontentement tant à l’égard du personnel politique que de la manière dont vont les choses en France mais également un doute quant aux changements issus des élections.

4. La démocratie, on le sait, ne s’exprime pas que par le vote.

On peut maugréer dans son coin – les Français le font souvent – ou d’une manière plus ou moins marquée. Déjà… en rallant dans un déjeuner de famille ou encore en manifestant. Si les actes de violence sont en proportion rares, près d’un tiers des Français déclare les comprendre. Compréhension n’est pas soutien. Mais n’est pas condamnation non plus. Près d’un jeune de moins de 35 ans sur deux estime ces actes compréhensibles, les personnes les plus à gauche et à droite se positionnent à des niveaux supérieurs à la moyenne. Plus surprenant ce ne sont pas les Français les plus à « cran » financièrement qui se révèlent être en empathie avec les mobilisations. L’effet générationnel l’emporte sur la situation économique personnelle. Les tensions ne se manifestent pas que par procuration ou ne sont pas que des violences cathartiques.

Et le fait qu’un quart des Français indique qu’ils adoptent une attitude bienveillante à l’égard de ceux agressant des élus, envoyant des menaces ou encore dégradant des permanences nous renseigne sur un état du pays. Une France qui s’est construite autour de la politique, assignant au politique un rôle essentiel ne voit pas ses citoyens condamner unanimement les formes de violence – même indirectes – à l’égard des élus. Jeunes, catégories populaires, salariés d’une entreprise publique, habitants de HLM, Français se situant très à gauche comme très à droite, abstentionnistes systématiques et personnes ayant du mal à se projeter vers l’avenir sont les plus cléments.

5. La démocratie, à tout prix ? Oui… mais pas pour une majorité de Français…

« Rien de tel qu’une guerre pour ressouder l’unité nationale ». Telle est l’antienne de certains stratèges. On peut y adjoindre que dans ces situations l’appétence à la démocratie peut être moindre. Sans nullement prendre position, nous pouvons d’ailleurs noter que ce sont les termes utilisés par Emmanuel Macron dans le cadre de la lutte contre la Covid et que les instances déployées – associant peu le parlement – n’ont pas été décriées.

Ainsi, pour à peine 6 Français sur 10, une guerre comme un affrontement au sein d’un pays ne peuvent s’exonérer de la démocratie. En l’état actuel de la situation, observons que 39% des Français estiment plus efficace de disposer d’un régime autoritaire lors d’affrontements au sein d’un même pays et 24% dans le cadre d’une crise sanitaire. Ici encore, les variables identifiées précédemment jouent le plus dans la structuration des réponses.

Au final, 57% des Français indiquent qu’un régime autoritaire peut être plus efficace qu’une démocratie pour au moins un des aspects testés (allant d’une guerre à la crise écologique en passant par une crise sanitaire ou sociale…). Nous avons posé la question de l’efficacité. Et non du souhait. Et l’on sait que les Français ne privilégient pas l’efficacité en toutes circonstances. Reste que la démocratie peut vaciller à l’épreuve des faits, et nous observons là ce que peuvent être les facteurs de bascule.

6. Réinventer la démocratie ?

Si l’on devait douter d’un pacte de confiance avec les responsables politiques comme avec les acteurs habituels fortement endommagé, on pourrait en avoir une confirmation implicite lorsque les Français réagissent à des propositions émises pour « stimuler » la démocratie. Le moins que l’on puisse dire c’est que la confiance ne règne pas : mise en place d’un contrôle de la véracité de ce que publient les médias, recours plus fréquent aux référendums, révocation possible des élus à mi-mandat, Référendum d’Initiative Citoyenne sont plus évoqués que des aménagements de type vote par Internet ou par correspondance.

Il ne s’agit pas d’une volonté de mettre fin au mandat par délégation (la suppression du Sénat comme de l’Assemblée Nationale sont moins évoqués) que de pouvoir contrôler les élus ou les journalistes. Au final, un tiers des Français parlant de la suppression de la chambre basse et la moitié l’évoquant pour la chambre haute n’est pas anodin. Nous ne sommes pas dans une optique de la fin des élus mais d’une maitrise plus nette par les citoyens.

Terminons par un point. Le pari que l’économie – et notamment le capitalisme – œuvrerait en faveur de la démocratie ne fait pas sens pour les Français. L’exemple par essence de ce que peut être la dissonance entre puissance économique d’un côté, système politique pour le moins fermé de l’autre se trouve en Chine. Et les personnes interrogées ne pensent pas, dans leur grande majorité, que ce pays deviendra dans les prochaines années une démocratie.

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