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LA DÉMOCRATIE RESTE ATTRACTIVE. APPEL AUX DIRIGEANTS DES DÉMOCRATIES. HUMAN RIGHTS WATCH (PARTIE 1)

PUBLICATION DE DEMAIN : LES EXTRAITS DU RAPPORT SUR LA FRANCE

Une montée nuancée des autocrates dans le monde,

Les autocrates sont confrontés à des mobilisations populaires ou à de larges coalitions politiques résistant aux attaques liberticides, selon l’ONG.

La montée des autocrates est plus nuancée qu’on ne le pense, avance le rapport annuel de HRW.

La thèse défendue par HRW, dans son rapport mondial sur la situation des droits humains, peut surprendre. Contre toute attente, l’ONG de défense des droits humains – qui chaque année répertorie les atteintes aux droits de l’homme dans le monde, et elles étaient nombreuses en 2021 – soutient que l’autocratie n’est pas en plein essor dans le monde, et que la démocratie est loin d’être en déclin.

Dans son 32e rapport mondial sur la situation des droits humains publié le 14 janvier, Human Rigths Watch avance que les régimes autocratiques sont plus faibles qu’on ne le croit. Contestés de l’intérieur, ils pourraient même être en plus grande difficulté si les démocraties ne manquaient pas à leurs principes.

KENNETH ROTH, DIRECTEUR EXÉCUTIF DE HRW ( sur France Inter): « Selon la croyance populaire, ces derniers temps, les autocrates auraient gagné du terrain et les dirigeants démocrates seraient en déclin. Mais il apparaît que c’est beaucoup plus compliqué que cela. En fait, l’environnement est assez difficile pour les autocrates de nos jours. Nous le voyons parce qu’il y a eu des manifestations publiques massives en faveur des démocraties dans de très nombreux pays. Il y a eu aussi une tendance croissante à de larges alliances politiques de gauche à droite, pour vaincre un autocrate. »

Poussée des régimes autoritaires, mais aussi mobilisations pour défendre la démocratie

C’est un rapport attendu chaque année : celui établi par Human Rights Watch (HRW). L’ONG de défense des droits de l’Homme .

Le document fait 750 pages et dresse un panorama de la situation dans le monde. Il souligne la répression contre les opposants au pouvoir en Chine, en Russie, au Bélarus ou encore en Egypte. Il constate la poussée de régimes autoritaires et populistes, en Hongrie ou au Brésil.

Mais le directeur de l’ONG à saluer les mobilisations populaires pour défendre la démocratie.

« Même la junte birmane et l’armée soudanaise sont sur la défensive, constate-t-il_. Loukachenko au Bélarus est obligé de s’appuyer sur Poutine pour rester au pouvoir. Tout n’est donc pas aussi négatif qu’on le croit. Il y a fondamentalement une lutte. Et c’est ce qui me rend optimiste : dans beaucoup de pays, les gens expriment leur aspiration démocratique. Ils sont prêts à risquer d’être arrêtés et même de se faire tirer dessus pour défendre la démocratie._ »about:blank

Le rapport met en évidence l’émergence de dirigeants aux tendances autoritaires (en Hongrie, Pologne, Brésil ou encore aux États-Unis sous Donald Trump), l’accession au pouvoir de militaires (Soudan, Mali, Guinée) et par la répression des oppositions (Chine, Russie, Turquie…), en réalité, les populations ne sont pas favorables à la mise en place de régimes autocratiques. «La demande populaire pour une démocratie respectueuse des droits humains demeure souvent forte. Dans un grand nombre de pays, des foules de personnes sont récemment descendues dans les rues, au risque d’être arrêtées ou abattues. Rares sont les manifestations réclamant un régime autocratique», a constaté Human Rights Watch.

Les JO de Pékin et le boycott diplomatique

Par ailleurs, le patron de Human Right Watch dénonce la situation des droits de l’homme en CHine, à l’heure où vont s’ouvrir les Jeux olympiques d’hiver à Pékin. Et il regrette que la communauté internationale ne soit pas davantage unie pour boycotter cet événement.

UN APPEL AUX DIRIGEANTS DES DEMOCRATIES

L’ONG rappelle que les dirigeants des démocraties doivent davantage soutenir publiquement :

  • les institutions démocratiques,
  • l’indépendance de la justice,
  • des tribunaux,
  • des médias,
  • des associations,
  • reconnaître l’importance des contre-pouvoirs,
  • favoriser le débat public, tant sur le plan national qu’international.

Nous vous proposons deux articles, le premier de Libération ( extrait ) et le second de France Inter

Article 1

«L’attrait de la démocratie reste fort», selon Human Rights Watch

par Léa Masseguin publié le 13 janvier 2022 Libération

L’avenir des autocrates est plus sombre que ce que l’on pourrait penser, à en croire Human Rights Watch (HRW). C’est la conclusion de la 32e édition du rapport mondial de l’ONG, publié ce jeudi. Certes, l’année 2021 a été marquée par une intensification de la répression de l’opposition, de la Chine au Bélarus, en passant par l’Ouganda. Plusieurs coups d’Etat militaires, parfois sanglants, ont eu lieu à travers le monde, en Birmanie et dans plusieurs pays africains, au Soudan, au Mali ou au Tchad. Des démocraties autrefois établies, telles que la Hongrie, le Brésil, l’Inde et les Philippines, font par ailleurs face à l’émergence de dirigeants aux tendances autocratiques.

Des autocrates «égoïstes»

Mais cette montée de l’autocratie, définie comme un régime politique où un seul individu détient le pouvoir, «cache une réalité plus complexe», nuance le document de plus de 700 pages de l’organisation de défense des droits humains. Car cette année a aussi été marquée par une multitude de mouvements sociaux appelant à une démocratie respectueuse des droits de chacun, même s’ils n’ont pas été couronnés de succès. De Cuba à Hongkong, un grand nombre de personnes sont descendues dans les rues, parfois au risque d’être arrêtées ou tuées, «preuve que l’attrait de la démocratie reste fort», estime Kenneth Roth, directeur exécutif de HRW, à l’occasion de la parution du rapport….

…/…

Article 2

En 2021, la rue a fragilisé les autocrates, estime Human Rights Watch

par Valérie Crova publié le 13 janvier 2022 France Inter

Chaque année, Human Rights Watch répertorie les atteintes aux droits de l’homme dans le monde, et elles étaient nombreuses en 2021. Pourtant, contrairement à une idée répandue, les régimes autocratiques ne seraient pas en train de gagner du terrain, au contraire, explique Kenneth Roth, directeur exécutif de l’ONG.

FRANCE INTER : S’il n’est toujours pas optimiste, le rapport annuel de Human Rights Watch, qui est rendu public ce jeudi, révèle tout de même un phénomène encourageant…

KENNETH ROTH, DIRECTEUR EXÉCUTIF DE HRW : « Selon la croyance populaire, ces derniers temps, les autocrates auraient gagné du terrain et les dirigeants démocrates seraient en déclin. Mais il apparaît que c’est beaucoup plus compliqué que cela. En fait, l’environnement est assez difficile pour les autocrates de nos jours. Nous le voyons parce qu’il y a eu des manifestations publiques massives en faveur des démocraties dans de très nombreux pays. Il y a eu aussi une tendance croissante à de larges alliances politiques de gauche à droite, pour vaincre un autocrate. »

Vous donnez des exemples de mouvements de protestation qui ont vu le jour et à travers lesquels s’exprime le désir de démocratie. Sauf que nombre de ces mouvements ont été réprimés comme à Hong Kong ou au Soudan…

« Ce qui est impressionnant, c’est la fréquence à laquelle les gens sont descendus dans la rue, même lorsqu’ils risquaient d’être jetés en prison ou abattus. Il y a eu un coup d’État militaire en Birmanie, une prise de contrôle militaire au Soudan, mais les dirigeants militaires [de ces pays] sont en difficulté. Ils ont complètement perdu la confiance de leur peuple. En Birmanie, un mouvement de désobéissance civile massif est apparu. La junte fait face à des sanctions économiques et elle est en train de faire marche arrière. Le Soudan essaie actuellement de négocier. Les militaires savent qu’ils ont perdu le soutien de la population. »

Même s’il y a eu un recul dans certains pays, je trouve toujours réconfortant le fait qu’il existe une demande populaire si forte en faveur de la démocratie.

À écouter  –  MONDEDu Brésil à l’Inde en passant par la Hongrie, le populisme face aux urnes en 20224 min

Sur le plan politique, vous notez une tendance à voir des coalitions émerger pour faire tomber des régimes corrompus…

« C’est ce qui s’est passé en République tchèque pour se débarrasser du Premier ministre Andrej Babis. C’est arrivé en Israël pour se débarrasser du Premier ministre Benjamin Netanyahu. C’est en quelque sorte ce qui s’est passé aux États-Unis, avec le rassemblement autour de Joe Biden. C’est ce qui se passe maintenant en Hongrie, où Victor Orban fait face à une large coalition et pourrait facilement perdre les prochaines élections. Comme, en Turquie, où le président Erdogan doit affronter une large coalition similaire. Cela montre, pour moi, la sophistication politique de la part des partis politiques de ces pays qui ont peut-être leurs différences, mais qui ont en commun la nécessité de défendre la démocratie. »

Vous êtes sévère à l’égard des dirigeants démocratiques qui seraient trop faibles face aux autocrates. Et vous égratignez Emmanuel Macron…

« L’un des grands problèmes est que si de nombreux gouvernements déclarent soutenir les droits de l’homme dans leur politique étrangère, ils ont tous tendance à faire des exceptions majeures lorsqu’il s’agit de certains pays alliés. Et le gouvernement français en est un parfait exemple.

L’Égypte traverse aujourd’hui la pire période de répression de son histoire moderne. Mais parce que le régime du président Sissi est un acheteur majeur d’armes françaises, parce qu’il aide à lutter contre les phénomènes migratoires, parce qu’il est considéré comme fournissant une sorte de stabilité au Moyen-Orient, le gouvernement français continue de le soutenir, et continue de lui vendre des armes.

Le président Macron a même donné la Légion d’honneur au président Sissi. Cela tourne donc en dérision une politique étrangère dont on dit qu’elle est construite sur le respect des droits de l’homme. »

Y a-t-il de vrais motifs d’espérer d’autres changements à venir, au Brésil par exemple ?  

À écouter  –  MONDEEt si les États-Unis perdaient leur système démocratique ?3 min

« Le Brésil fait face à des élections cette année, que Bolsonaro pourrait facilement perdre. Il tente de saper le scrutin à peu près comme Trump a tenté de saper les élections aux États-Unis. Mais, vous savez, le Brésil, comme les États-Unis, possède une société civile vigoureuse, une presse saine et libre, un Congrès indépendant, un pouvoir judiciaire indépendant. Je suis donc convaincu que les institutions sont suffisamment fortes pour résister aux manipulations de Bolsonaro.

Mais cela montre aussi l’importance de ces institutions. La défense de la démocratie ne consiste pas simplement à encourager le droit de vote. Elle doit passer par des institutions indépendantes, et par divers freins et contrepouvoirs. Je pense que la vraie leçon à tirer de l’année écoulée est qu’il y a lieu d’être optimiste quant à l’existence de mouvements forts et puissants qui s’opposent aux autocrates, et qui résistent à leur répression.

Les gens veulent la démocratie, et il est important que les grandes puissances occidentales trouvent des moyens de se tenir aux côtés des populations de ces pays pour défendre leurs droits et leur quête légitime de démocratie. »

3 réponses »

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