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MONTREAL : LE GOUT DU POUVOIR MET LA DEMOCRATIE EN MODE PAUSE ?

Metahodos vous propose deux articles :

  1. Quand le goût du pouvoir torpille la démocratie
  2. Emmerder la démocratie, un jeu dangereux

Article

Quand le goût du pouvoir torpille la démocratie

Le Journal de Montréal, 12 janvier 2022, JEAN-PIERRE CHARBONNEAU

Dans sa chronique «Emmerder la démocratie» – VOIR CI-DESSOUS – l’analyste politique Emmanuelle Latraverse a raison de dire que «la politique est trop rarement une œuvre de compromis». Pourtant, depuis des lustres, les sages nous disent que la politique, en démocratie, c’est justement «l’art du compromis».

Compromis 

Ce qu’il faut savoir, c’est que l’art et l’œuvre de compromis sont le résultat d’une combinaison de deux forces qui doivent cohabiter et s’exercer ensemble dans un équilibre dynamique. Comme la loi de la polarité taoïste du yin et du yang. Quelles sont ces deux forces? Les humains et leur soif de pouvoir qui agissent consciemment dans l’arène politique et les institutions qui déterminent qui peut avoir droit de cité dans cette arène et les règles qui régissent son fonctionnement. nullnull

On comprend facilement qu’en démocratie, c’est d’abord le mode de scrutin et le système politique qui caractérisent le type de représentation des citoyens et le type de gouvernance. Tous les modes de scrutin ne se valent pas et certains sont supérieurs si l’on veut obtenir des élections équitables, des parlements vraiment représentatifs des choix de la population et des politiques publiques issues de la collaboration et des compromis. 

Incidemment, lors du grand Sommet international pour la démocratie tenu au début du mois de décembre dernier à l’initiative du président américain Joe Biden, on a souligné à juste titre que la première étape essentielle, pour faire progresser la démocratie, est la tenue d’élections libres et équitables. 

Lors de la dernière élection générale québécoise, le chef de la CAQ avait promis devant les caméras de l’Assemblée nationale, en compagnie des chefs du PQ, de QS et du Parti vert, qu’une loi serait votée dans le présent mandat pour instaurer un mode de scrutin de type proportionnel qui rendrait les élections plus équitables et qui générerait plus de collaboration entre les partis. 

En déposant le 25 septembre 2019 le projet de loi qui donnait suite à cet engagement transpartisan, fruit d’un compromis, le premier ministre François Legault avait déclaré devant un parterre de journalistes et d’invités, dont moi, qu’il était prêt, dans l’avenir, à diriger un gouvernement minoritaire ou un gouvernement de coalition, car les citoyens du Québec sont rendus là. «Les gens veulent plus de collaboration entre les partis politiques. Ils veulent que nous gouvernions autrement», avait dit le nouveau premier ministre. 

Malheureusement, en renonçant juste avant Noël, en catimini, à étudier puis adopter le projet de loi et, en plus, en renonçant à tout jamais à la réforme promise, François Legault a non seulement trahi ses partenaires de l’entente et l’électorat, il a consacré le maintien pour longtemps d’un système électoral qui empêche une représentation équitable des partis et qui induit la loi du plus fort au détriment de la recherche du compromis. 

En catimini 

On le voit de plus en plus, François Legault préfère gouverner seul et en catimini. Et il espère avoir encore plus de députés serviles autour de lui à l’issue de l’élection générale du 3 octobre prochain. Ainsi, nos vieilles institutions politiques jouent contre la gouvernance de compromis et les acteurs politiques dominants veulent que cela continue ainsi. Voilà ce qui emmerde la démocratie québécoise: une monarchie élective et une Assemblée nationale inéquitable et non représentative. 

Jean-Pierre Charbonneau, président du Mouvement Démocratie nouvelle et ex-ministre de la Réforme des institutions démocratiques

Tribune

Emmerder la démocratie, un jeu dangereux

Emmanuelle Latraverse, 12 janvier, Le Journal de Montréal

Couvre-feu, annulation d’une majorité de chirurgies, crainte de trier les malades aux soins intensifs, la liste des fléaux de la 5evague est longue. Pourtant, rien de tout ça ne mérite de rappeler l’Assemblée nationale, comme l’a réclamé la cheffe libérale, Dominique Anglade.

Tout au plus est-ce que le premier ministre consent un appel hebdomadaire à ses homologues de l’opposition.Publiciténull

Ce n’est pas la première fois que la pandémie sert de prétexte pour mettre l’exercice de la démocratie sur pause. 

C’est là un jeu dangereux. 

Fragile

Cette démocratie que nous tenons pour acquise demeure fragile. Sa force repose sur le respect des citoyens envers leurs institutions.

À quoi ça sert un parlement si nul ne le prend au sérieux ? À quoi ça servent les élections si l’opposition est réduite à chialer et le gouvernement à s’en moquer ?

Vous trouvez que j’exagère ? C’est pourtant le triste spectacle auquel nous avons eu droit cet automne sur le front de la pandémie. Un dialogue de sourds, futile et partisan, entre une opposition grimpée dans les rideaux et un gouvernement protégé par des décrets qui lui donnent les coudées franches.

Vaxi-taxe

Le gouvernement Legault en est rendu à imposer une nouvelle « contribution santé » Entendons-nous, c’est une taxe pour punir les non-vaccinés, une vaxi-taxe.

Or le principe de base voudrait que toute nouvelle taxe doive être votée par les élus du peuple. Or dans ce cas-ci, rien n’est moins sûr, l’analyse n’a pas encore été faite, me dit-on.

Agir vite semble la seule chose qui compte. 

Dans les faits, ça ne changera rien, la CAQ a la majorité. Et pourtant, un débat important sur une mesure extrême (que j’appuie entièrement) sera évacué avec le moins de remous possible.

La vaxi-taxe passera-t-elle le test des chartes ? Où ira l’argent ? Quels en seront les modalités, les risques, les avantages (au-delà de faire plaisir à la majorité) ?

On laisse le débat dans l’espace public, plutôt qu’auprès des élus, marginalisés.

On ne devrait pas s’en surprendre, le passeport vaccinal a été imposé, puis modulé par décret également.

Or si en France, chacune de ces mesures liberticides est soumise à un vote, pourquoi le Québec doit-il en faire l’économie ?

D’ailleurs, toutes les fois que le gouvernement Legault s’est donné la peine de collaborer avec l’opposition, ses projets de loi ont été bonifiés, puis ont fini par faire consensus. Pourquoi soustraire la pandémie et son lot de mesures extrêmes ferait-il exception ?

La pandémie a le dos large

On invoquera l’urgence sanitaire. Mais peut-être faudrait-il réfléchir aux impacts sur la cohésion sociale. 

La politique est trop rarement une œuvre de compromis. Mais elle ne doit pas devenir un outil de polarisation extrême. Une pandémie encore moins.

D’ailleurs, il s’agit de voir la baisse importante de l’appui aux mesures sanitaires, pour comprendre qu’avoir raison à tout prix n’a pas si bien servi le gouvernement dans les derniers mois.

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