Aller au contenu principal

« LA DEMOCRATIE QUOI QU’IL EN COUTE ». Point de vue

La démocratie frappée par la guerre

La campagne présidentielle est heurtée de plein fouet par la guerre en Ukraine. Au-delà de la sidération et du choc, nous ne pouvons faire l’économie d’un véritable débat, tant nombre de questions, urgentes et déterminantes pour notre avenir, doivent être évoquées.

Voici un article de Aymeric Christensen

Article

La démocratie, quoi qu’il en coûte

Aymeric Christensen, directeur de la rédaction La Vie, Publié le 08/03/2022

Qu’il est difficile de détourner notre attention de la tragédie en cours en Ukraine ! Chaque heure apporte son lot d’images choquantes, de témoignages déchirants, d’informations alarmantes. Passés sans transition de la pandémie à la guerre, du virus chinois à l’angoisse qui venait du froid, il nous faut pourtant, à un mois du premier tour, nous intéresser à la campagne présidentielle dans notre pays.

Une élection pour rien ? Il serait facile de la considérer ainsi tant, après avoir semblé des mois « en attente », l’issue de la campagne semble aujourd’hui inexorable. Dernier candidat déclaré – mais qui doutait qu’il le serait ? – Emmanuel Macron fait figure d’archi-favori, et aucun de ses 11 concurrents ne semble en mesure de l’emporter.

Le contexte international fait jouer à plein cet « effet drapeau » qui incite à l’union derrière le Président en place ; les ralliements de gauche comme de droite devraient renforcer encore ce que l’« en même temps » de 2017 avait commencé. Et la tentation est grande pour le candidat Macron de n’aborder les débats qu’en surplomb – comme ses prédécesseurs, il a déjà refusé d’y participer avant le premier tour – et au pas de course, considérant que le pays a besoin d’un chef d’État à plein temps pour gérer la crise. À circonstances exceptionnelles…

Des crises sanitaire, écologique et maintenant diplomatique

Malheureusement, non. Quelles que soient les urgences, la France n’a tout simplement pas les moyens d’éviter un véritable débat démocratique. Ces dernières années, nous avons vu s’enchevêtrer les crises, toutes plus aiguës les unes que les autres : sociale, sécuritaire, sanitaire, écologique, économique et maintenant diplomatique. À travers elles, c’est aussi une crise de sens qui révèle en filigrane, avec cruauté, les difficultés du peuple français à partager un récit commun, un modèle de développement, un projet d’avenir.

En positif, on peut penser que la guerre lancée en Ukraine par la Russie de Vladimir Poutine redonne – malgré elle, et sans les résoudre – un semblant de perspective face à ces périls sans fond. Les vulnérabilités qu’elle met au jour éclairent en retour quelques priorités pour les années qui viennent, entre souveraineté économique et énergétique, (re)construction européenne, coopération internationale ou politique de défense.

Sur tous ces plans, le projet politique d’Emmanuel Macron regagne sans doute en légitimité, d’autant que les patriotes autoproclamés ont compté parmi les admirateurs béats du maître du Kremlin et continuent souvent à nous servir ses éléments de langage. Pour autant, le Président ne peut esquiver un débat sur sa gestion du pays depuis cinq ans, sur ses choix économiques comme éthiques, ni s’abstenir de répondre aux critiques sur le recours régulier à l’état d’urgence et à des mesures autoritaires.

Ne pas aggraver l’abstention et le décrochage politique

Notre réponse collective au réchauffement climatique et à l’effondrement des écosystèmes, enfin, ne peut plus être différée ; nos choix face cette urgence-là nécessitent d’être débattus maintenant, pas renvoyés à des consultations citoyennes qui n’ont pratiquement jamais été respectées jusqu’ici.

A lire aussi : Comment faire campagne en temps de guerre ?

La guerre fait rage en Ukraine ; la dictature s’affirme chaque jour un peu plus en Russie. Réalités crues qui appellent à un examen de conscience sur les invocations hasardeuses qui ont pu être faites chez nous de ces deux notions ces dernières années. Mais surtout, ces catastrophes sous nos yeux ne doivent en aucun cas nous faire négliger le véritable débat dont notre pays a besoin, sous peine d’aggraver l’abstention et le décrochage politique d’une partie de la population.

Quel que soit le prix électoral d’une descente dans l’arène pour le Président, il y a là un impératif de démocratie, dont nous voyons à quel point elle est fragile. C’est aussi exigence devant l’histoire. Ne pas y répondre serait un grave renoncement.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :