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REOUVRIR LE DOSSIER DU GAZ DE SCHISTE EN ENROPE ? POINT DE VUE

UN RISQUE D’EFFONDREMENT DE L’ECONOMIE EUROPEENNE ?

Selon Philippe Charlez, contributeur régulier à Metahodos, l’économie européenne pourrait s’effondrer dans les prochaines années face à des concurrents américains bénéficiant d’une énergie 15 fois moins chère grace au gaz de schiste.

Les précédentes publications de metahodos

LES CONSÉQUENCES ÉNERGÉTIQUES DE LA GUERRE EN UKRAINE. Podcast https://metahodos.fr/2022/03/12/les-consequences-energetiques-de-la-guerre-en-ukraine-philippe-charlez-et-thierry-bros/

QUELLES SONT LES FORCES ET FAIBLESSES DE LA DÉMOCRATIE LIBÉRALE ? https://metahodos.fr/2021/12/09/zero-fossiles/

RENCONTREZ P. CHARLEZ « L’UTOPIE DE LA CROISSANCE VERTE » – LES ENTRETIENS DE LA METHODE – JEUDI 9 DECEMBRE https://metahodos.fr/2021/11/18/renconrez-p-charlez-lutopie-de-la-croissance-verte-les-entretiens-de-la-methode-jeudi-9-decembre/

Climat et pauvreté. Philippe Charlez https://metahodos.fr/2021/10/20/climat-et-pauvrete/

ARTICLE

Il faut relancer le dossier gaz de schistes en Europe

Nous avions avec Pascal Baylocq en 2014 expliqué dans Gaz et Pétroles de Schistes en Questions1 comment les Américains avaient recouvré au cours des 15 dernières années une indépendance énergétique qu’ils avaient pourtant progressivement perdue depuis les Trente glorieuses. À l’aube du XXIe siècle, le pays de l’Oncle Sam dépendait à 70 % de ses importations pétrolières et à 15 % de ses importations gazières.

Tous les conflits notamment au Moyen-Orient depuis la fin des années 1960 (guerre du Kipour, Révolution iranienne, guerre d’Afghanistan, première et seconde guerre du Golfe) pouvaient se lire en filigrane de la dépendance énergétique américaine. Conscients que leurs besoins futurs en gaz naturel allaient inexorablement s’accroître, ils avaient construit le long de la côte atlantique des terminaux de regazéification.

Le double jeu des États-Unis sur les hydrocarbures et le gaz de schiste

En 2005, l’Agence Internationale de l’Énergie prévoyait qu’à partir de 2010, les États-Unis devraient importer massivement du gaz naturel liquéfié et deviendraient dès 2010 le second importateur derrière le Japon. Dans ce scénario, la Russie et l’Iran devaient jouer un rôle accru dans la fourniture de gaz naturel liquéfié avec un pouvoir de nuisance renforcé. Cette importation massive aurait alors un impact majeur sur les prix.

Dans la réalité c’est l’inverse qui s’est produit. Grâce aux gaz de schistes, les Américains ont fortement accru leur consommation gazière remplaçant notamment de nombreuses centrales à charbon par du gaz. Un remplacement massif leur permettant de réduire de 15 % leurs émissions de gaz à effet de serre, l’une des meilleures performances mondiales de ces dix dernières années.

Mais surtout les flux de gaz naturel liquéfié se sont inversés : les terminaux de regazéification ont été recyclés en terminaux de liquéfaction et au lieu de caboter du Moyen-Orient vers les côtes américaines, les méthaniers voguent maintenant depuis le Golfe du Mexique vers la Corée, le Japon, la Chine et l’Europe. Quant au prix du gaz américain il est aujourd’hui 15 fois moins cher qu’en Europe. Telle est la valeur inestimable d’une indépendance énergétique retrouvée !

En décrétant un embargo sur le pétrole et le gaz russe Joe Biden fait preuve d’un cynisme sans limite : sans aucun impact sur l’économie américaine qui n’importe ni pétrole ni gaz de Russie, cet embargo continuera de faire grimper les prix du gaz naturel liquéfié américain que « Sleepy Joe » est prêt à nous vendre au prix fort. Valant moins de 15 euros le MWh en quittant le golfe du Mexique, il sera vendu en Europe à plus de 200 euros/MWh.

D’autant que nous ne pouvons plus bénéficier aujourd’hui de « l’effet tampon » d’un euro fort comme tel fut le cas en 2007 quand l’euro s’échangeait à 1,6 dollar. Un véritable jackpot pour des États-Unis qui n’ont plus aucun besoin d’intervenir militairement pour assurer leur sécurité énergétique. Après être partis d’Afghanistan l’été dernier il ont clairement indiqué qu’ils n’avaient aucune intention d’intervenir en Ukraine.

L’impuissance de l’Europe

Face à l’indépendance énergétique américaine retrouvée, l’Europe ne peut que constater sa faillite énergétique imprimée depuis le début du siècle par le climato gauchisme. Il est aujourd’hui établi que certaines ONG bien-pensantes ont entretenu des relations incestueuses avec le géant Gazprom et obtenu des oligarques russes de juteux financements en échange d’un puissant lobbyisme anti-nucléaire et anti-gaz de schistes. Qui se souvient de la manipulation grossière du film Gasland et de son robinet en feu qui enflamma l’imagination collective ? Qui se souvient de l’instrumentalisation du débat entretenue par José Bové député européen écolo à l’époque ?

Qui se souvient de la position de Ségolène Royal alors ministre de l’Environnement qui voulait « examiner juridiquement la façon d’interdire l’importation de gaz de schistes américain » dénonçant un contrat passé entre ENGIE et l’entreprise américaine CHENIERE en vue de la fourniture de gaz naturel liquéfié américain ? Qui se souvient de la déclaration solennelle de François Hollande « tant que je suis président, il n’y aura pas d’exploration de gaz de schistes » ; exploration et non exploitation… nous n’étions même plus autorisés à regarder ! L’ancien président qui « solennellement a appelé à arrêter d’acheter du gaz russe » ferait bien de balayer sous sa porte !

Il faut reconnaître qu’à l’époque l’opposition sociétale n’était pas le seul frein à l’exploitation des gaz de schistes en Europe. L’effondrement des cours des hydrocarbures en 2015 rendait leur exploitation non-économique. Convaincus de cette non-économicité et ne souhaitant pas dégrader leur image, la plupart des acteurs privés et publics se sont alors retirés.

Les contextes sociétal (impasse avérée du 100 % renouvelable, croissance de la demande gazière) et économique (prix stratosphériques du gaz) ont évidemment complètement modifié la donne. Faut-il pour autant rouvrir le dossier gaz de schiste ?

En 2013, l’Agence Américaine de l’Énergie avait établi en première approximation que l’Europe recelait dans son sous-sol 15 trillions de m3 de gaz de schiste dont 20 % (soit 2500 milliards de m3) seraient exploitables. Le scénario de développement conduisait à une production annuelle de l’ordre de 160 milliards de m3 soit exactement les importations russes estimées en 2020.

En d’autres termes, le développement des gaz de schistes en Europe pourrait nous libérer totalement du carcan Russe.

Il faut changer de paradigme

Pour satisfaire cet objectif, il faudrait forer 50 000 puits. L’empreinte au sol serait de l’ordre de 500 km2 (soit l’équivalent du lac de Genève). Quant à la quantité d’eau nécessaire pour effectuer la fracturation hydraulique elle serait comprise entre 500 millions et un milliard de m3, une « goutte d’eau » à l’échelle européenne quand on compare aux 30 milliards de m3 consommés en France chaque année et dont 20 %, soit 6 milliards de m3 fuient dans la nature.

Il s’agirait évidemment d’un changement de paradigme pour une Europe aujourd’hui figée dans sa bien-pensance climato-gauchiste. D’interdiction en moratoire et d’hésitations en contradictions, l’Europe est en train de passer à côté de sa révolution énergétique aussi bien sur le gaz que sur le nucléaire.

Déjà fortement affectée par la crise du covid, l’économie européenne pourrait s’effondrer dans les prochaines années face à des concurrents américains bénéficiant d’une énergie 15 fois moins chère. L’indépendance énergétique américaine retrouvée montre qu’il n’y a pas de fatalité au déclin.

  1. Philippe Charlez et Pascal Baylocq (2014) Gaz et Pétroles de Schistes…en questionsÉditions Technip

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