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LA DÉMOCRATIE EN EUROPE SELON UN AXE NORD SUD ! ET UNE FRANCE À LA TRAÎNE

En queue de peloton, les pays latins

France, Espagne, Portugal, Italie, Grèce se situent au-dessous de 8 sur 10.

La zone médiane de l’Europe

Suisse, Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne, Grande-Bretagne, Autriche, avec une note comprise entre 8 et 9.

En tête caracolent les pays scandinaves

Norvège, Finlande, Suède, Islande, Danemark, Irlande, avec une note égale ou supérieure à 9 sur 10.

Ces éléments de synthèse émanent de l’analyse réalisée par MarieHélène Miauton Fondatrice en 1978 d’un institut d’études économiques et sociales dont elle assure la présidence, elle est également connue pour sa réflexion sociétale ou entrepreneuriale et comme essayiste et chroniqueuse au Temps.

Article

La démocratie en Europe selon un axe nord-sud!

Plusieurs études s’emploient à mesurer le taux de démocratie dans le monde. Concernant l’Europe, le classement interpelle notre chroniqueuse, Marie-Hélène Miauton

Marie-Hélène Miauton LE TEMPS. Publié dimanche 8 mai 2022

Plusieurs études internationales tentent de mesurer le taux de démocratie des pays du monde. Les éditions récentes montrent un recul des libertés politiques dû aux dispositions prises pour contrer la pandémie de Covid-19. Pourtant, le mouvement était déjà amorcé auparavant et, même dans les pays les moins enclins à la dictature, les indicateurs sont en recul depuis dix ans. En outre, la souveraineté des peuples souffre de la mondialisation politique et économique, plus particulièrement en Europe, avec la remontée des décisions vers Bruxelles.

Le Democracy Index 2021 élaboré par The Economist Intelligence agrège une soixantaine de paramètres pour attribuer une note à chaque pays. Sur cette base, il délivre un hit-parade abondamment commenté, où la Suisse se situe toujours parmi les meilleurs, même si son faible taux de participation aux élections la prétérite. On découvre ainsi que le classement démocratique des nations de l’Europe de l’Ouest (tableau n°12, page 64) suit exactement un axe nord-sud! En tête caracolent les pays scandinaves (Norvège, Finlande, Suède, Islande, Danemark, Irlande) avec une note égale ou supérieure à 9 sur 10.

Puis vient la zone médiane de l’Europe (Suisse, Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne, Grande-Bretagne, Autriche) avec une note comprise entre 8 et 9. Enfin, en queue de peloton, les pays latins (France, Espagne, Portugal, Italie, Grèce) se situent au-dessous de 8 sur 10. Seule la Belgique perturbe cet ordre géographique surprenant, avec une note très médiocre de 7,51 qui la positionne parmi les plus mal classés.

Le facteur religieux

Cette étonnante corrélation serait-elle imputable au climat? Difficile à croire tant le chaud et le froid, les palmiers ou les sapins, les climatiseurs ou les cheminées n’ont rien à voir avec la liberté ou la dictature. Serait-ce alors plutôt le déroulement de l’Histoire qui aurait conduit le Nord à mieux prendre en compte les aspirations des peuples?

Sans doute, car les Etats du Sud, depuis l’empire romain jusqu’à l’Espagne et la France, furent traditionnellement centralisés, puissants, et monarchiques plutôt que démocrates. Mais la place de médiane dans le classement de l’Angleterre, voire des Pays-Bas, vient tempérer cette explication.

Reste alors, comme souvent dans les analyses historiques, à invoquer l’influence de la religion, avec des pays de culture protestante au nord et de culture catholique au sud. Mais en quoi cela devrait-il influencer la démocratie? Sans doute l’opposition des protestants au caractère très hiérarchique et centralisé du catholicisme, dont les fidèles ne communiquent pas directement avec leur Dieu comme eux sont autorisés à le faire, a-t-il forgé des esprits plus individualistes, plus intimement attachés à leur liberté, plus enclins à penser et à décider par eux-mêmes. Politiquement parlant, les peuples du Nord seraient donc plus naturellement démocrates, moins tentés de s’en remettre à un homme providentiel et à caresser des rêves de grandeur.

La prospérité d’une nation

Par ailleurs, Max Weber explique dans son ouvrage L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme paru en 1905 que la sobriété et la notion de réinvestissement des bénéfices ont dicté aux protestants une éthique entrepreneuriale, au point que la majorité de l’activité économique a été longtemps concentrée dans des pays de culture luthérienne. Selon lui, la Réforme impose l’idée que le devoir s’accomplit dans l’exercice d’un métier, c’est-à-dire dans des tâches temporelles, bien loin de la tentation monastique propre au catholicisme. Pour un protestant, il ne faut pas travailler pour vivre mais vivre pour travailler, philosophie propice au développement économique. Or, le PIB par habitant suit, lui aussi, le même axe nord-sud que le taux de démocratie. Normal, car la prospérité d’une nation permet la cohésion sociale, la redistribution des richesses, le respect des minorités et la confiance dans les institutions, ce sur quoi repose in fine une véritable démocratie.

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