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« La campagne des législatives n’existe pas ». Point de vue

ÉMISSION

Dans un creux

le samedi 28 mai 2022, FRANCE INTER Thomas Legrand

La campagne des législatives n’existe pas. Les ministres ont été nommés juste avant la période imposée dite « de réserve ». Pendant cette période, les membres du gouvernement ne peuvent pas utiliser, pour leur communication, le temps d’antenne dévolu à l’exécutif pour faire campagne ; c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas dire ce qu’ils feront, proposer des mesures, si la majorité était reconduite. Ils ne peuvent venir dans les médias que pour se présenter et donner, à grands traits, la philosophie de leur action future. Et vous remarquerez qu’ils ne se précipitent pas sur les plateaux. Notamment le nouveau ministre de l’Éducation nationale Ndiaye, à qui, on aimerait poser tout un tas de questions tant son profil et son pédigrée politique tranchent avec ceux de son prédécesseur.

Dès lors, sans que soit posé sur la table le détail de l’action de l’exécutif dans les prochains mois, peu de chance de voir la campagne s’animer (avec du grain à moudre comme disait en son temps le secrétaire général de Force ouvrière André Bergeron). Le seul débat politique, puisque de son côté Marine Le Pen a déjà baissé les bras et concédé que son mouvement ne serait pas majoritaire à l’issue du scrutin… Le seul débat politique porte sur la faisabilité du programme de la NUPES. Le think tank Terra Nova, d’inspiration sociale-démocrate a publié une note étayée et argumentée pour démontrer le caractère infaisable du programme de la gauche unie. Les responsables de la majorité prennent appui sur ce document pour tenter d’animer un peu la campagne (si tant est qu’ils aient envie de l’animer, espérant peut-être passer en douce comme pour la présidentielle)… Mais cette dénonciation, ces cris d’effroi ont une portée limitée puisque le propos justement des promoteurs de la NUPES, c’est de proposer un programme de rupture. Le but de l’argumentaire de la majorité et d’instiller le doute dans la tête des électeurs socialistes habituels et qui se retrouveront dans leur circonscription (environ 450 sur 577…) sans candidats socialistes ou écologistes pour la première fois depuis le début de la Cinquième République.

Un mouvement du barycentre idéologique du pays (ou du moins de sa représentation politique) est en train doucement de s’opérer vers la gauche. Sous l’effet de l’alliance inédite d’une gauche dominée par son aile radicale, nous nous dirigeons vers une assemblée dont la principale opposition, et de loin, sera à gauche, alors que le gouvernement macronien est dirigé pour la première fois par une personnalité issue de la gauche.

Une question monte en ce moment dans la macronie et autour. Quid après Macron, puisque celui-ci ne pourra pas se représenter en 2027 ? Le président explique à ses visiteurs, en ce moment qu’il n’est pas responsable de ce paysage politique dominé par un grand parti central et idéologiquement mal défini, et des alternatives radicales sur ses bordures. « Ce n’est quand même pas ma faute si LR et le PS ont disparu » dit-il… Certes, les Français ont répondu favorablement par deux fois à sa proposition de réunir au milieu tous les partisans de solutions présentées comme d’équilibre. Mais c’est bien lui qui a théorisé l’effacement de la frontière entre les modérés des deux camps. Son plan a marché et il aboutit à ce que l’alternative au macronisme soit forcément radicale.

Il y a fort à parier que la macronie va se distendre, s’étaler sur ce grand territoire entre la gauche radicale et l’extrême droite (oui, il convient de différencier radicalité et extrémisme, mais c’est un autre sujet qui pourra d’ailleurs faire l’objet d’un édito) et qu’au bout du compte deux offres (centre-gauche vs. centre-droit) vont émerger dans les prochaines années. 

La polémique à la c… noix L’affaire Abad occupe nos conversations de couloir, mais le conflit entre le respect de la présomption d’innocence (compliquée à établir alors qu’aucune procédure contre le ministre concerné n’est en cours) et la nécessaire prise en compte de la parole de victimes que l’on ne connaît pas… rend ce débat impraticable. Le handicap de Damien Abad ajoute une dimension dramatique au caractère inextricable de l’affaire. Autant vous dire que cette semaine n’était pas la plus passionnante sur le plan politique.  A samedi prochain, 

Thomas Legrand

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