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« L’Europe ouvre la bonne voie pour réguler les géants du Net »

Jean Tirole, prix Nobel d'économie 

Article

JEAN TIROLE, PRIX NOBEL D’ÉCONOMIE, TOULOUSE SCHOOL OF ECONOMICS

Par Challenges.fr le 25.06.2022

EDITO – Les économistes travaillent d’arrache-pied à empêcher les abus des Gafam sans bloquer l’innovation. L’activisme de l’Europe en la matière est une très bonne chose. La régulation actuelle est trop lente et ne va pas assez loin.

On le sait trop peu: l’avenir de notre économie digitale et, par-là, de notre société, est en train de se jouer à Bruxelles. Le nouveau pouvoir économique appartient aux géants du Net: les sept plus grosses capitalisations boursières, les start-up les plus florissantes, sont des « plateformes multifaces ». Les plateformes sont des écosystèmes, avec un segment monopolisé – le cœur du système: moteur de recherche pour Google, place de marché pour Amazon, App Store pour Apple, réseau social pour Facebook. Elles se rémunèrent non pas directement sur le consommateur, mais en ponctionnant de l’autre côté de la plateforme, les annonceurs (enchères pour la publicité ciblée) et les vendeurs (ces derniers paient des frais moyens d’environ 30% sur l’App Store, 20% sur Booking, 15% sur Amazon…) et enfin en accumulant de précieuses données. Les économistes travaillent d’arrache-pied à empêcher les abus des Gafam sans bloquer l’innovation. Demain, elles auront aussi un immense pouvoir sociétal, par l’importance des données collectées et par leur statut de groupes de presse.

L’Union européenne prend les devants par trois législations: sur le marché numérique (réguler les plateformes dominantes), sur les services numériques (contrôler le contenu) et sur l’intelligence artificielle (déterminer à quoi cette dernière peut être utilisée). A chaque fois, le bien commun est en jeu. La question fondamentale, « si je ne connaissais pas encore la place que j’occuperai dans la société, dans quelle société voudrais-je vivre? », a beaucoup d’implications, dont certaines sont pertinentes pour le monde numérique: notre bien-être ne peut s’accommoder de plateformes dominantes qui exploiteraient leur pouvoir de marché en ponctionnant commerçants et annonceurs, qui ne respecteraient pas notre vie privée, qui toléreraient les messages haineux et les fake news.

Il requiert également que l’intelligence artificielle contribue à notre bonheur et non pas à la construction d’une société de surveillance basée sur la notation sociale ou à la manipulation à notre détriment de nos défauts cognitifs et de nos autres faiblesses comportementales.

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