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« Luc et le pouvoir » Jean-Marc SAURET

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ARTICLE

Le mardi 28 juin 2022. Jean-Marc SAURET

En ces chaleureux jours d’été, je voudrais aborder un tout autre sujet. L’économiste et prêtre jésuite Gaël Giraud indiquait lors d’un entretien sur une plateforme du web que le christianisme (et encore moins le catholicisme) ne pouvait absolument pas être ni royaliste, ni totalitaire, ni privatif contrairement à l’erreur qu’il avait commise durant une longue histoire. A ce propos, il invitait à relire les dernières pages de l’évangile de Luc, « la bonne nouvelle ». Dans ce moment où l’évangéliste raconte l’ascension, il fait remarquer que les apôtres demandent à Jésus si c’est maintenant qu’il va s’assoir sur le trône de David et restaurer la souveraineté judaïque. Jésus leur répond qu’il n’est pas venu pour ça, qu’il est là pour le lien entre dieux et les hommes et que la direction d’un peuple ne lui appartient pas. Et il s’en va… 

Le sens qu’en donne Gaël Giraud est que le « Christ », mentor et raison d’être des chrétiens, laisse vide le trône du pouvoir de manière à ce que les gens s’en emparent, apprennent à construire ensemble et en fassent quelque chose de juste et de bon au service des plus humbles conformément à son enseignement. Ici, nous n’avons même plus besoin du mot « démocratie », juste d’amour fraternel. C’est d’ailleurs là son dernier testament : « Aimez-vous les uns les autres ! »  Réalisme ou utopie ?…

Ceci me fait penser à la construction de la société au sortir de la horde, selon Freud : la fratrie dépossédée du père défunt, ne le remplace pas mais apprend à construire en commun un nouvel ordre social par leur fraternité sous l’image totémisée du père.

Gaël Giraud prolonge en montrant que le christianisme œuvrant auprès des plus faibles et des plus pauvres, invite chacun à se libérer des jougs des puissants pour le bien de tous. Pour preuve, l’économiste fait référence à la théologie de la libération développée par le franciscain brésilien et prix Nobel alternatif, Leonardo Boff. Il nous fait remarquer qu’elle a été largement revendiquée par l’avocat dominicain Henri Burain des Roziers, dit l’avocat des « sans terres », ces gens dépossédés par la junte militaire brésilienne. Selon Gaël Giraud, le christianisme, tourné vers les plus humbles et les plus modestes, est une expérience de libération qui a des conséquences politiques.

Il poursuit en posant fermement que « L’évangile a quelque chose à voir avec la démocratie et qu’elle n’est pas compatible avec l’idolâtrie de la monarchie ». Etre chrétien aujourd’hui c’est être fondamentalement démocrate, c’est être favorable à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, c’est aussi être fondamentalement écologiste. » Il répond à cette injonction messianique d’amour réciproque, humble et universel.

Ainsi il développe que, pour les chrétiens, « Le Christ a refusé de s’asseoir sur le trône. Il a donc laissé le lieu du pouvoir vide de manière à ce que nous puissions apprendre à construire ensemble les figures du lien social qui vont occuper le lieu du pouvoir ». Redisons-nous le testament de ce Jésus : « Aimez vous les uns les autres ». Idolâtrer le roi est donc incompatible avec l’évangile. Abandonner, durant cinq ans et plus, les pouvoirs à un président l’est tout autant.

Cette bonne nouvelle est le récit qui donne du sens à ce que nous vivons. C’est là toute sa raison d’être. Son récit porte un sens qui pense raconter une vérité, voire la vérité. Il questionne le quidam sur son propre sens à être là, à vivre ce qu’il vit, à dire si et comment cela en vaut la peine.

Dans sa thèse « Composer un monde commun », Gaël Giraud invite à partager entre tous le pouvoir de créer et organiser le vivre ensemble. Ce n’est ni à quelqu’un ni à personne de faire ce travail seul, dans son coin. C’est à nous tous ensemble. Il voit dans le christianisme une réflexion de libération de tous contre la servitude des pouvoirs politiques.

Nous sommes ici très loin d’une religion de l’obéissance à des lois extérieures, éditées d’un « en haut ». Nous sommes aussi très loin de la soumission aux classes supérieures, à un clergé dominant, judicateur et inquisiteur.

Alors je me demande pourquoi tous les chrétiens ne sont-ils pas dans la rue à imposer la fraternité universelle, le bonheur pour tous, la solidarité et l’égalité des droits, la répartition des richesses, la liberté d’être, la fin des mensonges et des manipulations, la solidarité, la bienveillance et la compassion, l’amour de leurs évangiles contre l’usage de la peur …

Il est vrai que les docteurs de l’Eglise ont développé, après les grandes peurs de l’an mille, une nouvelle stratégie de la peur, peur de l’enfer et des damnations rachetables par quelques indulgences. Elle me semble avoir eu deux conséquences. D’une part l’émergence de la rébellion protestante, et d’autre part une certaine apathie silencieuse de « fidèles », qui toléraient la confiscation de l’esprit politique évangélique et l’acceptait jusqu’à la faire sienne. C’est ce que nous revivons actuellement dans un retour du syndrome de Stockholm.

Je me demande pourquoi tous ces gens de culture chrétienne se détournent de leurs devoirs sur l’impôt, de contribuer à la société en paix. Je me demande pourquoi ils favorisent l’enrichissement des leurs aux dépends des populations, aux dépends des plus modestes qu’ils ont déontologiquement le devoir d’aimer plus qu’eux-mêmes. Je me demande pourquoi ils développent ces réactions d’exclusion, d’ostracisme, de haine, d’anathème, de domination, de mépris et de compétition. Auraient-il perdu le sens de leurs évangiles ?

Je me demande pourquoi ils se réclament de valeurs qu’ils ont eux-mêmes trahies et abandonnées, comme s’ils ne les avaient jamais connues, comme si elles ne leur étaient pas propres. Pourtant, on ne trie pas dans les textes que l’on pense « sacrés », c’est à dire « fondamentaux et fondateurs ». On ne s’arrange pas avec son identité sociétale, ni avec son éthique, ni avec sa conscience.

Quand ces riches chrétiens aisés et gouvernants condamnent les gilets jaunes, se souviennent-ils que leur Messie les avait chassés du temple avec les marchands ? Ils ont, comme leurs pairs, un devoir de bonté, de fraternité, et d’amour universel. Alors, que la conscience revienne !

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