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TRENTE QUATRE : IL N’Y A JAMAIS EU AUSSI PEU DE DÉMOCRATIES DEPUIS 1995

ARTICLE EXTRAIT

« Le nombre de démocraties libérales, estimé à seulement 34, n’a jamais été aussi bas depuis 1995 »

Gilles Paris. Publié le 21 décembre 2022. LE MONDE

Les démocraties libérales sont réduites à faire le dos rond en espérant que s’épuise la vague autoritaire, analyse, dans sa chronique, Gilles Paris, éditorialiste au « Monde ».

Les défenseurs des normes démocratiques qui se retournent sur l’année écoulée ne peuvent que le constater : cela aurait pu être bien pire. Si l’armée russe s’était révélée aussi modernisée et dominatrice que Vladimir Poutine le professait avec assurance, un pouvoir fantoche serait aujourd’hui installé à Kiev à la place de celui, certes perfectible, qui accompagne l’affermissement dans la guerre d’une nation, et ce pouvoir serait actionné du Kremlin. Il serait aussi légitime que celui d’Alexandre Loukachenko à Minsk, c’est-à-dire qu’il ne représenterait rien des aspirations de son peuple et reposerait exclusivement sur les mêmes ressorts répressifs.

Lire aussi : Poutine estime que le monde entre dans sa décennie « la plus dangereuse » depuis 1945

L’Ukraine ne serait plus indépendante, ni souveraine. Il lui serait intimé l’ordre de tourner le dos à l’Europe, alors qu’il s’agit d’une aspiration profonde, à l’origine de la révolution de 2014 à laquelle Vladimir Poutine ne s’est jamais résigné. La contagion autoritaire qui a saisi le monde depuis plus d’une décennie aurait avancé un peu plus. La Géorgie et la Moldavie y seraient plus exposées que jamais. Le discours devenu obsessionnel du Kremlin et de ses épigones d’un déclin irréversible du camp occidental aurait trouvé de nouveaux relais et de nouveaux idiots utiles pour le présenter comme une réalité.

Cela aurait également pu être bien pire, si, aux Etats-Unis, la fièvre de la contestation des résultats électoraux par une partie du camp républicain, lorsque ces derniers lui sont défavorables, n’avait pas reflué lors des élections de mi-mandat, le 8 novembre. Il y avait matière à inquiétude depuis qu’une minorité significative de ce camp justifie désormais le recours à la violence contre le parti adverse.

La mise en garde de Joe Biden à propos de cette dérive, à la veille de ces élections, a cependant rencontré un écho suffisant, y compris de la part d’électeurs républicains modérés. Ces derniers ont en effet refusé de soutenir certains candidats appuyés par Donald Trump, qui prétendaient occuper au niveau des Etats les plus disputés des postes stratégiques dans la perspective de la présidentielle de 2024.

Puissance du populisme d’extrême droite

Au Brésil, le retour au pouvoir de Luiz Inacio Lula da Silva a été obtenu de haute lutte. Comme l’ancien président républicain en 2020 aux Etats-Unis, le sortant, Jair Bolsonaro, qui se réclamait du même modèle populiste dédaigneux des règles démocratiques, a réussi, deux ans plus tard, à galvaniser son électorat malgré un mandat riche en controverses. Battu de peu, il s’est muré dans le silence avant de s’engager, lui aussi, sur la pente glissante d’un négationnisme électoral resté pour l’instant marginal. Si l’alternance historique survenue en Colombie a témoigné d’une maturité politique inattendue, les troubles qui ont saisi le Pérou après la tentative de coup de force du président, Pedro Castillo, en décembre, ont souligné au contraire la fragilité de la démocratie dans cet Etat andin.

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