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UNE FRACTURE SOCIALE AGGRAVÉE ENTRE LES DEUX FRANCE

UNE FRANCE REPLIÉE SUR ELLE MÊME ET UNE FRANCE PROSPÈRE

Trois ans après le mouvement des « Gilets jaunes » et à l’heure de la réforme des retraites, deux France subsistent l’éditorialiste de Challenges. D’un côté, une France qui a vu l’activité se rétracter, les services publics disparaître, et s’est repliée sur elle-même. De l’autre, une France prospère qui a profité de la mondialisation, et vu ses revenus exploser.


ARTICLE

La France est bel et bien (encore plus) fracturée en deux

Par Ghislaine Ottenheimer le 25.02.2023 CHALLENGES

La fracture sociale! C’est elle qui avait sauvé Jacques Chirac en 1995 et lui avait permis de se faire élire président de la République. S’appuyant sur une note du sociologue Emmanuel Todd intitulée « Aux origines du malaise politique », le candidat du RPR avait eu l’idée audacieuse d’utiliser cette thèse du déclassement social et du désarroi populaire pour doubler sur sa gauche le grand favori, son ami de trente ans, Edouard Balladur, et au second tour l’emporter contre toute attente face à Lionel Jospin, inventant le slogan « France d’en haut et France d’en bas », stigmatisant les élites, dénonçant la « technostructure », reprenant à son compte le discours anti-maastrichtien.

L’intéressé avait d’ailleurs avoué: « Je vous étonnerai par ma démagogie. » Il a certes été élu, mais il s’est aussitôt renié en pratiquant une politique libérale pro-européenne de bon ton. Ce qui lui a coûté une défaite aux législatives suivantes.

Une fracture jamais résorbée

Depuis, cette fameuse fracture entre le peuple et les élites a été disséquée, dénoncée, critiquée… Elle a inspiré une multitude d’ouvrages: La Peur du déclassement, d’Eric Maurin (2009), La France périphérique, de Christophe Guilluy (2014), La Spirale du déclassement, de Louis Chauvel (2016), L’Archipel français, de Jérôme Fourquet (2019), La Diagonale du vide, de Mathieu Mouillet (2019), Le Grand Déclassement, de Philippe d’Iribarne (2022)…

Mais elle ne s’est jamais résorbée, pire, elle s’est enkystée, avec sa cohorte de Français qui, dans les années 1960, se fiant au discours des dirigeants politiques, ont cru en l’avenir et se sont installés dans des communes périphériques disposant à l’époque de tous les standards pour jouir d’une vie agréable: écoles, ramassage scolaire, PTT, Trésor Public, gare, piscine, maternité… Et des usines.

La France des « gilets jaunes »

Las, quelques décennies plus tard, non seulement leur coquet pavillon se révèle une passoire thermique, mais il n’y a plus ni gare, ni maternité, ni école, ni usines, leurs voitures diesel sont condamnées à la casse et le prix du carburant a doublé. C’est cette France qui a alimenté les « gilets jaunes », qui est descendue dans la rue pour protester contre les retraites et qui gonfle les rangs des partis extrêmes.

Et c’est cette France qui pourrait coûter cher à Emmanuel Macron, car, que la réforme des retraites soit finalement adoptée ou pas, qu’elle donne lieu à de nouveaux mouvements de protestation ou pas, elle a attisé la fracture entre les plus nantis et les classes populaires.

Et condamné le président à une impopularité durable. Qu’importe qu’il ait injecté 10 milliards dans ces territoires, lancé une politique de revitalisation des centres-villes, amorcé un processus de réindustrialisation, qu’importe si la différence de revenus entre cette France-là n’est pas si dégradée comparée à celle des métropoles, comme le souligne France Stratégie, car la fracture est sociologique, psychologique, voire anthropologique.

LIRE AUSSIRetraites : gilets jaunes ou mobilisation massive, Macron sous pression

D’un côté, une France qui a vu l’activité se rétracter, les services publics disparaître, et s’est repliée sur elle-même. De l’autre, une France prospère qui a profité de la mondialisation, et vu ses revenus exploser. La jalousie, la haine se sont installées. L’émancipation prônée par le chef de l’Etat au début de son premier mandat était une belle idée, mais elle a manqué de souffle et les quelques actions bénéfiques, comme la revitalisation de la formation, ont été éclipsées par des mesures phares, comme la suppression de l’ISF, la flat tax pour les dividendes ou la réforme des retraites.

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