

1. Les limites des mesures de la « pauvreté monétaire » et du « niveau de vie »
Pour m’Insee juger du niveau de vie d’une personne, il faut la replacer au sein de son ménage. Si elle vit seule, le niveau de vie d’une personne seule, c’est tout simplement son revenu disponible : revenus d’activité, revenus du patrimoine, prestations monétaires (allocations familiales, RSA, etc.), moins les prélèvements obligatoires (cotisations sociales, CSG, impôt sur le revenu).
2. HAUSSE DE LA PAUVRETÉ DE 2016 À 2021 : DE 8,47 À 9,12 MILLIONS – 13,7 MILLIONS SELON L’INSEE (20%)
En 2023, la France a enregistré un taux de pauvreté monétaire record, atteignant 15,4 %, soit un niveau inédit depuis 1996. La question de la soutenabilité du modèle socio-économique des démocraties occidentales revient au premier plan. Cette progression de la pauvreté ne relève pas uniquement d’un choc conjoncturel, mais témoigne d’une mutation plus profonde du rapport entre croissance, redistribution et cohésion sociale. Le retour de la pauvreté de masse, y compris dans des catégories jusqu’ici intégrées au salariat protégé, signale une possible rupture de régime dans la promesse implicite d’ascension sociale et de protection des plus vulnérables.
Les propos du DG de l’Insee méritent d’être mis en exergue – les lire pour les croire ?
« Mesurer la pauvreté monétaire prend du temps car il faut apparier enquêtes et données fiscales et sociales. Ainsi, le taux de pauvreté 2024 ne sera connu qu’à la mi-2026. »
3. LES TRANSFERTS SOCIAUX AMORTISSENT FE MOINS DE MOINS
LES TAUX DE NON RECOURS AU RSA ET AU MINIMUM VIEILLESSE : 34% ET 50% – LES « SANS LOGEMENT » NON DÉCOMPTÉS PAR L’INSEE ET L’ÉTAT
Si les transferts sociaux jouent encore un rôle crucial dans la réduction de la pauvreté (le taux brut atteindrait 21,7 % sans redistribution), leur efficacité relative diminue. Non seulement ils ne parviennent plus à enrayer la montée tendancielle de la pauvreté, mais ils peinent aussi à répondre à la complexité des situations contemporaines : travailleurs pauvres, jeunes diplômés sous-employés, femmes seules avec enfants ou encore retraités vivant sous le seuil de pauvreté (1288 euros).
4. La privation matérielle
Il existe une autre façon de mesurer la pauvreté : la privation matérielle. On mène des enquêtes auprès de la population et on demande aux personnes si, sur un certain nombre d’aspects de la vie quotidienne, elles rencontrent des difficultés (faire face à une dépense imprévue de 1 000 €, partir en vacances, manger certains aliments régulièrement, remplacer du mobilier, etc.).
5. Étroitesse de la statistique : l’accès aux services essentiels est ignoré
L’accès aux services essentiels ( santé, éducation, culture, social…) est ignoré qu’il est très inégalement « distribué « auprès des populations.
Ces privations amputent la qualité de vie et constituent bien des privations matérielles.
6. LE COÛT DU LOGEMENT MAL PRIS EN COMPTE DANS LA MESURE DE LA PAUVRETÉ MONÉTAIRE
L’Insee ne prend pas directement en compte le coût du logement dans sa mesure principale de la pauvreté monétaire, qui repose sur le niveau de vie calculé après impôts et prestations sociales, mais avant déduction des loyers ou charges locatives.
Le logement intervient indirectement via les prestations, représentant jusqu’à 17% du revenu pour les locataires sociaux pauvres, sans soustraire les loyers effectifs.
7. LA QUALITÉ DU LOGEMENT PAS DAVANTAGE PRISE EN COMPTE
L’Insee publie par ailleurs un indicateur de privation matérielle et sociale (12,7% en 2024), incluant des critères comme l’arriéré de paiement pour le logement ou la capacité à chauffer le logement.
Cette méthode sous-estime la pauvreté des locataires (28% du budget en secteur privé), car les loyers réels ne sont pas déduits, contrairement à des approches “après loyers” proposées par certains observatoires.
Elle analyse séparément les conditions de logement des ménages pauvres (surface réduite, surreprésentation en HLM à 35%, … ).
8. Les 3 millions de français touchés par la précarité énergétique
La précarité énergétique est un fléau qui concerne de plus en plus de personnes du fait de la volatilité des prix de l’énergie. Elle a des répercussions sur la santé physique et mentale, sur la vie sociale et même sur la scolarité des enfants.
Alors que l’hiver s’installe, environ 3 millions de ménages en France sont de nouveau confrontés à une difficulté majeure : celle de la précarité énergétique.
Elle se matérialise par des privations, mais également par un sentiment de honte et une exclusion sociale qui en résultent. Ses effets peuvent être multiples, allant même jusqu’à augmenter l’absentéisme scolaire.
L’Insee exclut par ailleurs les sans-logis ou résidents en institutions (environ 300 000 pauvres supplémentaires estimés).
9. L’ASENCE DE LOGEMENT (SDF et SANS ABRIS ) NON PRISE EN COMPTE
Le logement qui représente en moyenne 1/3 des dépenses ( secteur privé) n’est pas évoqué par le DG de l’INSEE. C’est véritablement une faute de sa part. Peut être ignoré t il ce phénomène du fait de la carence de l’INSEE en la matière.
Il n’évoque pas davantage les sans abris et sans domicile fixe. L’Insee exclut effectivement les sans-logis ou résidents en institutions (environ 300 000 pauvres supplémentaires estimés) de ses statistiques et enquêtes.
10. L’INSEE AU DESSUS DE TOUT SOUPSON ? NON
STATISTIQUES, LIMITES ET RENONCEMENTS ?
Metahodos.fr a régulièrement traité de la pauvreté et desinégalités en commentant les travaux Insuffisants de l’Insee.
Nous avons, en effet, déjà traité de l’incapacité ou de la non volonté de l’Insee d’analyser la pauvreté et les inégalités (et leurs évolutions) sur un autre plan que financier.
En rappelant de surcroît de graves insuffisances sur certains aspects techniques comme l’estimation et la prise en compte du coût de la vie – mobilité et logement, en particulier – des coûts de l’épargne, de l’évaluation de l’inflation et de sa prise compte, par exemple.
De même en ce qui concerne les sans abris et sans domiciles fixes que cette administration refuse de dénombrer. On rappellera également les modifications de la comptabilisation du chômage, des insuffisances de comptabilisation des emplois administratifs (Etat, collectivités territoriales, établissements…)
Rappelons également les graves insuffisances du recensement qu’une réforme bâclée n’a fait que renforcer.
Nous évoquions par ailleurs la frilosité de l’Institut des statistiques à prendre en compte les éléments territoriaux et les économies locales et régionales – et à travailler avec les collectivités territoriales – est à rappeler (données démographiques, emplois, bassins d’emploi/bassins de vie/zone urbaine…).
Par ailleurs, on rappellera l’insuffisance en matière d’analyse de la création de richesses et d’emplois sur un territoire – par exemple l’impact de la fréquentation touristique sur un territoire. Cela ne doit pas être effacé par de nouvelles notions comme le « Pib ressenti ».
11. LE DOSSIER PAUVRETE DE METAHODOS : LIRE CERTAINES DE NOS PUBLICATIONS :
PAUVRETÉ : LES TAUX DE NON RECOURS AU RSA ET AU MINIMUM VIEILLESSE : 34% ET 50% – LES « SANS LOGEMENT » NON DÉCOMPTÉS PAR L’INSEE ET L’ÉTAT
LA PAUVRETÉ – EN HAUSSE – SIGNE-T-ELLE LES GRAVES DÉFAILLANCES DES POLITIQUES SOCIÉTALES, ÉCONOMIQUES ET SOCIALES ?
https://metahodos.fr/2025/08/19/pauvrete-2/
LA PAUVRETÉ, HIER ET AUJOURD’HUI. QUELLES RÉALITÉS ?
https://metahodos.fr/2025/11/09/la-pauvrete-hier-et-aujourdhui-quelles-realites/
LA PAUVRETÉ DOUBLEMENT PÉNALISÉE : DES ACHATS PLUS COÛTEUX
https://metahodos.fr/2024/07/02/seconde-penalite-de-la-pauvrete-des-achats-plus-couteux/
MISES À JOUR 2 – DES SANS ABRIS (SUITE 6) MORTS DE FROID DANS LA RUE – SYMBOLE DES PROMESSES (252) OUBLIÉES ( «0 SDF DANS LA RUE» ) – VŒUX 2017 / 2026
Inégalités et pauvreté: Poison mortel pour notre Démocratie et notre Prospérité individuelle et collective
1 FRANÇAIS SUR 5 TOUCHÉ PAR LA PAUVRETÉ : QUAND FR.STRATÉGIE CORRIGE UNE NOUVELLE FOIS L’INSEE
https://metahodos.fr/2021/09/07/un-francais-sur-cinq-concerne-par-la-pauvrete/
L’INSEE ET LES SANS DOMICILE : SÉGRÉGATION ET ARCHAÏSME ?
https://metahodos.fr/2025/08/04/linsee-et-les-personnes-sans-domiciles-segregation-et-archaisme/
SDF : L’INSEE ET L’ÉTAT REFUSANT DE LES DÉCOMPTER, LES VILLES Y SERONT ELLES CONTRAINTES ?
https://metahodos.fr/2024/02/21/chaque-ville-devra-t-elle-compter-ses-sdf/
LES #AIDES SOCIALES (PARTIE 2) COMBATTENT ELLES VRAIMENT LA PAUVRETE ? LES CONDITIONS DU BIEN VIVRE DEPASSENT L’ARYTHMETIQUE ADMINISTRATIVE.
https://metahodos.fr/2022/01/10/les-aides-sociales-diminuent-elles-vraiment-la-pauvrete/
L’ état statistique des inégalités en France
https://metahodos.fr/2020/06/05/l-etat-statistique-des-inegalites-en-france/
INFRASTRUCTURES ET SERVICES ESSENTIELS DANS LA CRISE
https://metahodos.fr/2020/05/19/infrastructures-et-services-essentiels-dans-la-crise/
12. ARTICLE – Comment mesurer la pauvreté ?
Entretien avec Fabrice Lenglart
par Nicolas Duvoux , le 19 décembre 2025 LA VIE DES IDÉES
La statistique publique constitue un repère indispensable pour le débat et l’information au service de la société, Fabrice Lenglart, directeur général de l’Insee, montre sa contribution à la mesure de la pauvreté et à l’analyse de ses tendances récentes.
Après avoir occupé divers postes au sein de la statistique publique, et exercé également à la direction générale du trésor entre 1999 et 2005, il a été nommé commissaire général adjoint de France Stratégie en 2016 en en 2019 rapporteur général de la réforme du revenu universel d’activité. De 2020 à 2025 il dirige la DREES. Il est directeur général de l’Insee depuis le 30 juin 2025.
Extraits de l’entretien
La Vie des idées : Qui êtes-vous ?
Fabrice Lenglart : Je suis actuellement directeur général de l’INSEE, l’institution qui en France produit les statistiques de référence sur la vie économique et sociale et sur la société française d’une façon générale. L’INSEE, c’est un institut mais c’est aussi une véritable institution, parce que produire l’information statistique de référence sur l’ensemble de la société et de l’économie françaises, c’est offrir un véritable service public, c’est-à-dire offrir de l’information au grand public et aux décideurs sur beaucoup de sujets différents, afin qu’on puisse débattre des sujets et éventuellement en tirer des conclusions et agir sur le réel, notamment en matière de politique publique.
On peut peut-être ajouter que l’INSEE n’est pas le seul producteur de statistiques publiques en France. En fait, il existe ce qu’on appelle un système de statistiques publiques, qui est constitué par l’INSEE d’une part, mais également par un certain nombre d’entités dans chaque ministère, qu’on appelle des services statistiques ministériels. Par exemple, avant de prendre la tête de l’INSEE, j’étais responsable de la DREES, qui est le service statistique ministériel au sein du ministère en charge de la santé et des politiques de solidarité.
On parle bien d’un véritable système statistique public. Il fait système parce que d’abord les hommes et les femmes qui le composent ont en général le même type de formation. Ils se connaissent bien souvent et circulent dans ce système. J’en suis un exemple mais il y en a de nombreux autres. Et l’INSEE, au fond, est un peu le navire amiral, c’est-à-dire qu’il coordonne l’action des services statistiques ministériels et il porte la voix de ce système statistique français au niveau européen, parce que le système statistique français lui-même fait partie de ce qu’on appelle le système statistique européen, qui lui-même est coordonné par une direction de la Commission européenne, Eurostat. Le métier de statisticien public suit une certaine éthique, il a des valeurs, et en particulier l’indépendance professionnelle des statisticiens publics est inscrite dans le droit, à la fois le droit français et le droit européen§.
La vie des idées : Qu’est-ce que l’indépendance professionnelle ?
Fabrice Lenglart : Cela veut dire qu’en tant que directeur général de l’INSEE, je suis responsable de l’ensemble du processus de production des statistiques publiques : leur conception, la façon dont on va construire les chiffres, en faisant des enquêtes, en utilisant des données administratives, et également la façon dont on les diffuse et dont on les fait parler. De ce point de vue-là, je réponds de la qualité, en tant que directeur général de l’INSEE, de l’ensemble de ces statistiques et donc je ne réponds pas au ministre. L’INSEE, lorsqu’il publie des statistiques, a un calendrier de diffusion qui est publié à l’avance, et ces statistiques sont sous embargo : en général, lorsqu’on publie une statistique pour un jour donné, le ministre n’est informé au mieux que la veille au soir.
La vie des idées : Comment définir la pauvreté ?
Fabrice Lenglart : Comme beaucoup de notions utilisées par tout le monde, lorsqu’il s’agit de mesurer un phénomène d’un point de vue statistique, il faut d’abord convenir de la façon dont on va s’en emparer. Cela suppose de discuter avec les personnes qui connaissent le phénomène en question. Prenons le cas de la pauvreté : on va discuter en particulier avec des associations qui sont aux côtés des personnes de condition modeste, éventuellement aussi avec ces personnes elles-mêmes, et on essaie de définir des critères qui vont permettre d’apporter une mesure. Un phénomène dont tout le monde parle doit, à un moment donné, être encadré par un système d’information et une convention de mesure. C’est valable pour la pauvreté, comme pour le pouvoir d’achat par exemple.
S’agissant de la pauvreté, la première chose à dire, c’est que c’est un concept évidemment très important et une réalité très importante. Il y a plusieurs façons dont les statisticiens cherchent à l’appréhender.
La première, c’est ce qu’on appelle la pauvreté monétaire. Les statisticiens cherchent à convenir d’un seuil de niveau de vie monétaire en dessous duquel une personne va être qualifiée comme pauvre. En France, comme en Europe, puisqu’il s’agit d’une définition harmonisée, on considère qu’une personne vit sous le seuil de pauvreté si son niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian.
Pour comprendre, il faut d’abord s’entendre sur ce qu’on appelle le niveau de vie. Pour juger du niveau de vie d’une personne, il faut la replacer au sein de son ménage. Si elle vit seule, le niveau de vie d’une personne seule, c’est tout simplement son revenu disponible : revenus d’activité, revenus du patrimoine, prestations monétaires (allocations familiales, RSA, etc.), moins les prélèvements obligatoires (cotisations sociales, CSG, impôt sur le revenu). Lorsque la personne vit dans un ménage à plusieurs, par exemple en couple, on définit le revenu du ménage puis on le divise non pas par le nombre d’individus, mais par ce qu’on appelle des unités de consommation, car certaines dépenses sont mutualisées. Le premier adulte compte pour 1, le second pour 0,5, les enfants de moins de 14 ans pour 0,3 et ceux de plus de 14 ans pour 0,5. Cela permet de rendre les niveaux de vie comparables et de classer la population.
On cherche ensuite le niveau de vie médian, c’est-à-dire celui qui coupe la population en deux. En France, il est un peu au-dessus de 2 000 €. Le seuil de pauvreté correspond à 60 % de ce niveau, soit environ 1 250 € par mois en 2023. Une personne seule dont le revenu est inférieur à ce montant est comptée comme pauvre d’un point de vue monétaire ; pour un couple, il faut multiplier ce seuil par 1,5, soit environ 1 900 €. C’est ainsi que l’INSEEmesure le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, comme dans les autres pays européens.
En 2023, on estime que 9,8 millions de personnes en France métropolitaine vivent sous ce seuil, soit environ 15,4 % de la population, un peu plus d’une personne sur sept. J’insiste sur le fait qu’il y a une part conventionnelle dans ce seuil de 60 %, on aurait pu en choisir un autre, mais c’est celui qui a été retenu au niveau européen.
Il existe une autre façon de mesurer la pauvreté : la privation matérielle. On mène des enquêtes auprès de la population et on demande aux personnes si, sur un certain nombre d’aspects de la vie quotidienne, elles rencontrent des difficultés (faire face à une dépense imprévue de 1 000 €, partir en vacances, manger certains aliments régulièrement, remplacer du mobilier, etc.).
Il existe une liste harmonisée au niveau européen, et au-delà d’un certain nombre de difficultés cumulées, la personne est considérée comme pauvre en conditions de vie matérielle. En France, cet indicateur tourne autour de 13–14 %, proche de la pauvreté monétaire, mais les deux populations ne coïncident pas totalement.
On peut également regarder la pauvreté à travers les prestations sociales. Par exemple, une personne sur dix vit dans un foyer qui touche un minimum social (RSA, minimum vieillesse, AAH, etc.). Ces statistiques sont notamment produites par la DREES.
Mesurer la pauvreté monétaire prend du temps car il faut apparier enquêtes et données fiscales et sociales. Ainsi, le taux de pauvreté 2024 ne sera connu qu’à la mi-2026. En 2023, le taux de pauvreté était de 15,4 %, en hausse de 0,9 point par rapport à 2022, à son niveau le plus élevé depuis près de trente ans. Cela s’explique en partie par la fin des dispositifs exceptionnels de soutien liés au Covid. Sur les vingt dernières années, il était plutôt stable autour de 13–14 %, avec un point bas au début des années 2000, alors qu’il dépasse aujourd’hui 15 %.
par Nicolas Duvoux, le 19 décembre 2025