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Inégalités et pauvreté: Poison mortel pour notre Démocratie et notre Prospérité individuelle et collective

BILLET

Une démocratie inclusive et épanouissante

Pour METAHODOS, la démocratie doit être inclusive. Elle est facteur de prospérité, et individuelle, et collective. Elle ne peut pas s’épanouir dans une pauvreté et des inégalités qui ne seraient pas combattues.

Ecrire cela un jour de Noël, c’est certainement donner une dimension humaine et universelle à cette vision.

L’inclusion est pour nous une condition constitutive de la démocratie. Et nous avons retenu la réduction des inégalités qui emporte celle de la pauvreté, et l’accroissement des connaissances et l’éducation, comme les deux objectifs majeurs de l’Action Publique au service d’une démocratie et d’une république.

Par ailleurs, l’accès à la vie démocratique, sous toutes ses formes, est lui même très inégalitaire. Le sujet des inégalités, dans le sens pluriel du terme – et non pas dans le sens purement financier ou statistique – est régulièrement abordé dans nos publications. récemment il s’agit des articles relatifs au Revenu de Base. Voir le dernier qui, en outre, liste les principaux articles précédents :

https://metahodos.fr/2020/12/24/le-revenu-universel-oui-mais-pas-sans-un-debat-sanctionne-par-un-referendum/

Ce qui ne se compte pas n’existe pas ?

Voici quelques un des articles plus particulièrement consacrés aux inégalités. Le dernier de la liste fait référence aux conclusions de l’Insee qui semble ne pas constater – au sens étroit du terme, c’est à dire financier – de dégradation !

C’est la même institution qui refuse de compatibiliser les sans logis au motif que l’outil statistique n’existe pas pour ce faire !

300.000 personnes seraient actuellement sans domicile fixe

Qui a promis de régler ce problème ?

Il est reproché au président de la République de n’avoir pas tenu un engagement de juillet 2017, selon lequel personne ne devrait dormir à la rue d’ici à la fin de cette année-là. Lui assure qu’il parlait des demandeurs d’asile.

Propos tenus en juillet 2017, E.Macron est alors déjà élu président : « La première bataille, c’est de loger tout le monde dignement. Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus. C’est une question de dignité, c’est une question d’humanité et d’efficacité là aussi (…) Je veux que partout où sont construits ces hébergements d’urgence qui permettent de les accueillir, il y ait les dispositions administratives qui permettent de traiter leur dossier (…) de déterminer si on peut aller vers une demande d’asile ou non. »

NB: cette déclaration concernait bien l’ensemble des SDF, car comment imaginer loger uniquement les migrants, et laisser les autres personnes à la rue ?

D’ailleurs, M Macron n’a jamais corrigé le propos dans une déclaration – ni même l’Elysée…qui régulièrement précise corrige ou infirme la pensée ou la parole de son locataire chef de l’Etat.

Mieux, M Macron confirmera cela quelques mois après.

Lors de ses vœux aux Français, le 31 décembre 2017, M. Macron confirme et élargit le propos à l’ensemble des SDF : «  Je veux que nous puissions apporter un toit à toutes celles et ceux qui sont aujourd’hui sans abri. Le gouvernement s’est beaucoup engagé ces derniers mois en cette direction et a beaucoup amélioré les choses mais il y a encore des situations qui ne sont pas acceptables et que je n’accepte pas davantage que vous. ».

Il y a urgence ! Sur les 300.000 personnes sans domicile, beaucoup se retrouvent à la rue et dorment par terre, dans les parkings, les métros, sous une tente, sur les trottoirs, dans un dénuement absolu… C’est atroce. Ces chiffres ont doublé depuis 2012, et la pandémie de Covid accroît la pauvreté. Depuis le premier confinement, en mars, le nombre de sollicitations pour obtenir des aides alimentaires a augmenté de 30 %, les demandes de revenu de solidarité active (RSA) se sont accrues de 9 %, et le nombre de chômeurs augmente tous les jours.

https://metahodos.fr/2020/12/18/blanche-gardin-et-agnes-b-labbe-pierre-nous-manque-on-avait-besoin-de-ses-gueulantes/

Dans l’article cité dans notre publication et commentant les travaux de l’INSEE, les inégalités ne s’accroitraient pas vraiment en France, extrait: « l’ensemble des indicateurs présentés ici semblent aller dans le sens d’une amélioration du niveau de vie pour la majorité des catégories de revenu« , c’est, encore une fois nier la nature des inégalités qui ne sont pas seulement financières.

C’est également ne pas savoir/vouloir analyser les effets financiers complexes, accélérateurs des inégalités ou freins à leur réduction.

Voici quelques uns de nos articles consacrés aux inégalités et à la pauvreté :

https://metahodos.fr/2020/04/12/les-inegalites-territoriales-cest-une-interiorisation-forte-du-sentiment-dechec-2/

https://metahodos.fr/2020/05/04/le-coronavirus-revelateur-des-inegalites-sociales-et-territoriales/

https://metahodos.fr/2020/06/27/le-logement-vecteur-sous-estime-des-inegalites/

https://metahodos.fr/2020/05/14/la-politique-du-logement-entrave-t-elle-a-la-solidarite-et-a-la-prosperite/

https://metahodos.fr/2020/09/01/legalite-des-chances-nest-pas-toute-la-justice/

https://metahodos.fr/2020/10/17/lire-legalite-un-fantasme-francais-une-promesse-que-la-republique-ne-tient-pas/

https://metahodos.fr/2020/06/05/l-etat-statistique-des-inegalites-en-france/

Selon l’Insee, les inégalités de patrimoine sont stables depuis 2015.

Une moitié des ménages français possède 92% du patrimoine, principalement constitué de biens immobiliers. 

Constantes et vertigineuses, tels sont les deux qualificatifs que l’on peut attribuer aux inégalités de patrimoine en France. L’Insee a publié les résultats d’une étude réalisée à partir de l’enquête “Histoire de vie et Patrimoine”. Les enquêtes “Patrimoine” de l’Insee “permettent, depuis 1986, d’évaluer la possession de tous les types d’actifs ou de passifs patrimoniaux et leur valeur, de décrire le patrimoine professionnel des indépendants, l’histoire patrimoniale, conjugale et professionnelle des ménages”, explique l’institut de statistiques. L’étude a lieu tous les trois ans. 

Le premier enseignement des études de l’Insee est que la fracture concernant le patrimoine est bien plus importante encore que celle concernant les revenus. “Le patrimoine brut des ménages est très inégalement réparti dans la population. Début 2018, la moitié la mieux dotée des ménages vivant en France concentre 92 % de la masse de patrimoine brut de l’ensemble des ménages, analyse l’Institut. Les 5 % les mieux dotés détiennent un tiers des avoirs patrimoniaux de l’ensemble des ménages et les 1 % les mieux dotés en concentrent 16 %. Cette répartition du patrimoine brut est stable par rapport à celle de 2015.”

1% des ménages possèdent près du tiers du patrimoine financier. Le patrimoine financier, qui concerne les actions, les placements et les obligations, est lui encore plus concentré : “Les 5 % des ménages les mieux dotés en patrimoine financier en détiennent plus de la moitié et 1 % des ménages en possèdent 31 %. Par comparaison, les 5 % des ménages les mieux dotés en patrimoine immobilier détiennent 28 % du patrimoine immobilier total.”

Le patrimoine des Français a stagné – compte tenu de l’inflation et sans parler de la bulle du logement – pendant les trois ans.

Nous ne suivons pas sur ce point le rapport qui parle d’une hausse: “Début 2018, le patrimoine brut moyen des ménages français s’élève à 276 000 euros, soit une hausse de 2,6 % par rapport à début 2015. Le patrimoine net moyen des ménages s’élève quant à lui à 239 900 euros. La moitié des ménages déclarent un patrimoine brut supérieur à 163 100 euros. Les 10 % de ménages les mieux dotés en patrimoine brut disposent d’au moins 607 700 euros d’actifs alors que les 10 % les plus modestes possèdent au maximum 3 800 euros chacun, soit 160 fois moins ; les 1 % de ménages les plus dotés possèdent au moins 1 941 600 euros de patrimoine brut”.

Les inégalités de patrimoine plus fortes que celles des revenus.

Les inégalités de patrimoine sont donc beaucoup plus marquées que celles des revenus. “À titre de comparaison, en 2017, le rapport interdécile est de 4,6, c’est-à-dire que le revenu maximal des 10 % de ménages les plus modestes est 4,6 fois moins élevé que le revenu minimum des 10 % les plus aisés”, relève l’Insee

Les inégalités de patrimoine brut sont stables entre 2015 et 2018. Après avoir fortement augmenté entre 2004 et 2010, puis légèrement diminué entre 2010 et 2015, l’indice de Gini, qui établit de 0 à 1 le niveau d’inégalité d’un pays, est stable entre 2015 et 2018. Il s’établit début 2018 à 0,637, contre 0,635 début 2015. Sachant que 0 indique une égalité parfaite. Comme si la France s’enlisait dans une inégale répartition des richesses…

Les (vrais?) chiffres de la pauvreté

L’Observatoire des inégalités publie tous les deux ans un rapport sur les inégalités (le prochain paraîtra en juin 2021). Au début de cette année, est parue une étude sur les riches. Fin novembre, était rendu public un rapport sur la pauvreté. 

Parce que l’état des revenus n’est connu qu’avec deux ans de décalage, l’étude de l’Observatoire porte sur des données qui précèdent la crise en cours, sachant qu’elle ne fera qu’accentuer les phénomènes constatés.

Les effets de la pandémie

En effet, on sait que plusieurs centaines de milliers de personnes ont déjà basculé sous le seuil de pauvreté. Si 80 % des Français ont subi peu sinon aucune conséquence en terme de baisse de revenus pendant les confinements (pensions de retraites, salaires des fonctionnaires, chômage partiel), les non-salariés se sont retrouvés du jour au lendemain sans ressources, de même que des personnes en emploi précaire qui n’avaient pas assez cotisé pour être indemnisés, en particulier chez les jeunes. 

Des bénéficiaires du RSA ou l’ASS ont perdu les petits boulots et la solidarité familiale ou de voisinage ne suffit pas. L’arrêt des cantines scolaires a renforcé l’appel à l’aide alimentaire. Le PIB va baisser cette année de 10 % et es conséquences seront considérables : à la fin de l’été, le nombre d’allocataires du RSA avait augmenté de 10 % par rapport au début de l’année 2020 (soit avec conjoints et enfants : 400 000 pauvres supplémentaires) et l’on peut s’attendre à ce que la hausse du nombre de chômeurs se situe entre 8 et 900 000. Les plus touchés: les quartiers pauvres et les jeunes.

Le rapport constate que le débat sur le sujet de la pauvreté est polarisé « entre ceux qui, pour alerter, exagèrent la pauvreté dans notre pays et ceux qui ne veulent pas voir les difficultés de certains de nos concitoyens ». C’est pourquoi, la référence retenue n’est pas le seuil de pauvreté à 60 % du revenu médian mais à 50 %, car dans le premier cas on mélange des milieux de grande pauvreté avec des milieux qu’on pourrait qualifier de « très modestes » : à 50 % du revenu médian, le taux de pauvreté est de 8,3 % (au lieu de 14,8), ce qui représente 5,3 millions de personnes (au lieu de 9,3). Les auteurs refusent de faire le buzz, démarche d’autant plus défendable qu’il paraît évident que plus l’on cherche à exagérer les chiffres plus les plus pauvres passent à la trappe et les améliorations possibles semblent inatteignables.

Entre 2002 et 2018, le nombre de pauvres a progressé de 1,4 million

Les auteurs constatent que, entre 2002 et 2018, le nombre de pauvres a progressé de 1,4 million (soit + 35 %, passant de 3,9 à 5,3 millions) et entre 2008 et 2018, le niveau de vie des 10 % les plus pauvres a baissé de 3 % . Cela « reflète bien la situation de la France, comme de nombreux pays riches : une croissance terne qui se traduit soit par du chômage, soit par la création de pseudo-emplois, et une pauvreté qui ne se résorbe plus. En face, les classes aisées dont les niveaux de vie continuent à progresser ».

Emmanuel Macron avait fait la promesse, en 2018, d’éradiquer la pauvreté

Jeudi 13 septembre 2018 , le président de la République a annoncé une stratégie de lutte contre la pauvreté basée sur la prévention et le retour à l’emploi. Les résultats se font attendre, ou plus précisément, la situation d=se dégrade ( même sans l’ « effet pandémie » ) .

Les allocataires de minima sociaux ne cessent d’augmenter : 1,9 millions de foyers au RSA, 1,2 avec AAH, 570 000 à l’ASPA, 380 000 avec l’ASS (l’allocation de solidarité spécifique, fin de droits au chômage), 200 000 autres (invalides, demandeurs d’asile ou chômeurs âgés) soit 4,25 millions de foyers (2018) ce qui représente avec conjoints et enfants 6,9 millions de personnes (10 % de la population de la France). Sans parler de l’ensemble des ménages qui perçoivent une allocation logement, la CMU, le chèque-énergie (prestations perçues pas seulement par les minima sociaux). 

M. Macron avait promis, en 2018, de bâtir un service public de l’insertion et de l’emploi efficace.

Le chantier, indispensable semble figé, comme l’engagement sur un revenu de base. Les titulaires du RSA semblent abandonnés à leur sort, faute d’un travail approfondi, notamment avec les parties prenantes, kes Départements, notamment.

Les différentes pauvretés

Un chapitre traite des différentes façons de mesurer la pauvreté. La pauvreté monétaire relative (en pourcentage du revenu médian), la pauvreté « légale » (comptage des allocataires de minima sociaux), la pauvreté en conditions de vie (avec bien d’autres critères que la seule question monétaire) et la pauvreté absolue (en se référant à ce qui est nécessaire pour vivre dignement, les biens absolument nécessaires, selon des budgets-types, sans dépendre d’une moyenne nationale, c’est cette pauvreté absolue qui est prise en compte dans les pays en voie de développement et… aux États-Unis

La pauvreté chez les personnes âgées s’est considérablement réduite par rapport à une époque où le pauvre était le vieux. Pour les plus de 65 ans, le taux de pauvreté ne dépasse pas 3 %. Alors qu’ils représentent 20 % de la population, ils ne sont « que » 7 % de l’ensemble de la population pauvre. Ce qui fait dire aux auteurs du rapport, plutôt que d’abonder dans un discours anti-vieux que l’on entend parfois selon lequel ils seraient les profiteurs du système, qu’il serait relativement facile pour le pouvoir d’éradiquer totalement la pauvreté des personnes âgées.


Aujourd’hui, les pauvres sont ceux qui ont une formation insuffisante, les célibataires et les familles mono-parentales, les personnes en situation de handicap. Et les jeunes, étudiants, en attente de trouver un emploi. Le rapport effectue un focus particulier sur cette question cruciale aujourd’hui, car 52 % des pauvres dans le pays ont moins de 30 ans : un travail a été réalisé pour déterminer quelles sont les ressources propres aux jeunes (travail, aides des parents)

D’autres dimensions de la pauvreté

sont abordées, qui se cumulent : la pauvreté scolaire, pauvreté du travail, du logement, pauvreté énergétique, des relations sociales, du temps libre, des nouvelles technologies (illectronisme, à l’image de l’illettrisme : « l’incapacité, pour des raisons matérielles ou le manque de compétences, d’utiliser les ressources et moyens de communication électronique », selon Insee).

Nous vous proposons – pour compléter – un article relatif aux inégalités de revenus

« LE CREUSEMENT DES INÉGALITÉS DE REVENUS, CE POISON MORTEL POUR NOTRE DÉMOCRATIE » de François Perret, Directeur général de Pacte PME, fondateur de l’Institut Anaxagore – 1 décembre 2020 – dans Forbes France

« Des écarts de revenus aux conséquences incalculables. Non seulement ils renforcent les inégalités dans l’accès au patrimoine, ce qui aggrave encore le fossé entre les plus aisés et les moins favorisés.

Mais ils reproduisent aussi des inégalités dans beaucoup de domaines clés de la vie, du risque de passage à l’acte délinquant, jusqu’à la santé et même la cohésion sociale. La précarité et le sentiment de désespoir à laquelle elle conduit font le lit des populismes. »

ARTICLE

Le Creusement Des Inégalités De Revenus, Ce Poison Mortel Pour Notre Démocratie

François Perret, Directeur général de Pacte PME, fondateur de l’Institut Anaxagore – – Forbes France

Des écarts de revenus aux conséquences incalculables. Non seulement ils renforcent les inégalités dans l’accès au patrimoine, ce qui aggrave encore le fossé entre les plus aisés et les moins favorisés.

Mais ils reproduisent aussi des inégalités dans beaucoup de domaines clés de la vie, du risque de passage à l’acte délinquant, jusqu’à la santé et même la cohésion sociale. La précarité et le sentiment de désespoir à laquelle elle conduit font le lit des populismes.

Alors, comment s’expliquer qu’on ne s’attaque pas résolument aux écarts de revenus au sein de la population française depuis tant d’années ? C’est que, comme l’a fait très justement observer Jean Pisani-Ferry dans une tribune récente du journal Le Monde (jeudi 26 novembre 2020, « Dans la mécanique des écarts de revenus »), le sujet oppose toujours de manière caricaturale les tenants de l’efficacité économique – insistant toujours sur le coût exorbitant de la réduction des inégalités- et ceux qui au nom de l’équité le minimisent.

Soit on ne fait rien, soit on se borne à des mesures un peu abruptes, ignorant par ailleurs ses impacts sur l’économie française. C’est dans ce piège qu’est tombée en juin dernier la proposition du PS à l’Assemblée nationale visant à limiter les écarts de revenus à 12 fois la moyenne du décile des salaires les plus bas. Mesure généreuse, mais qui sous-estime tout particulièrement l’enjeu « Attractivité » au niveau des rémunérations élevées à l’heure de la mondialisation et à laquelle ses partisans opposent  seulement les conclusions des travaux de Gaelle Giraudoux et Cécile Renouard (« Le facteur 12 : pourquoi il faut plafonner les revenus », 2012) indiquant qu’il est très peu probable qu’un employé puisse davantage apporter à son entreprise en un mois que tous les autres en un an. Que chacun se pose la question.

Car le choc sur les revenus des Français provoqué par la crise sanitaire frappe de plein fouet les plus modestes d’entre eux. Non seulement parce qu’ils travaillent en grand nombre dans les secteurs les plus touchés mais aussi parce que les contrats courts et autres missions d’intérim, qui leur sont le plus souvent confiés, sont presque à l’arrêt depuis plusieurs mois.

L’étude rendue publique le 16 novembre dernier par l’Institut des Politiques Publiques (IPP) et le Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP) montre bien que les mesures d’aide d’urgence ont certes permis d’atténuer ce choc de revenu, mais avec de fortes incertitudes sur la capacité des populations fragiles et même des classes moyennes à « tenir bon » très longtemps.

A court terme, ceux qui préféreront se rassurer feront valoir qu’au troisième trimestre 2020, les salaires dans le privé ont continué d’augmenter de +0,2% (et +1,4% sur un an) selon la DARES. Ce qui resssemble plus à une “pause” qu’à un effondrement.

Autre baume au cœur : les salariés au SMIC ayant conservé leur emploi ont jusqu’à présent préservé leur niveau de vie, avec un taux de remplacement de 100% de leur salaire grâce au dispositif de chômage partiel.

Mais ces éléments sont-ils suffisants pour considérer que le revenu des ménages, et tout particulièrement ceux des plus fragiles et de la classe moyenne, pourrait échapper à l’écroulement tant redouté pour 2021 ?

Des signaux très inquiétants suggèrent le contraire. Dès à présent, l’arbitrage des employeurs entre salaires et emplois, dans cette période de très forte baisse d’activité – plus élevée encore dans les services que dans l’industrie- se fait au détriment des premiers. Dans de nombreuses entreprises, grandes et moins grandes, comme chez Valeo, Lisi, STMicroelectronics ou encore Derichebourg, toutes soumises à d’importantes réductions de commandes de leurs donneurs d’ordres respectifs, les démarches entreprises par la direction pour conclure avec les syndicats un Accord de performance collective (APC) rencontrent déjà de la peur et de la résistance. Le refus d’une partie des représentants des salariés de signer un texte qui aboutirait à geler les salaires -même en contrepartie de garanties de préservation de l’emploi, comme chez Aéroports de Paris il y a quelques semaines- laisse présager un durcissement très net du climat social dans les prochaines semaines.

Si chacun a bien pris conscience du risque que son entreprise pourrait mettre la clé sous la porte en cas de nouveau prolongement des mesures de restrictions, tous redoutent que les adaptations se fassent au détriment de leur pouvoir d’achat. Une ligne rouge que peu de salariés sont prêts à franchir. L’étude conduite mi-novembre par Viavoice aboutit à une conclusion sans ambiguïté de ce point de vue : préserver l’emploi oui, consentir quelques ajustements pourquoi pas (comme l’assouplissement du temps de travail) mais certainement pas des coupes salariales : seuls 14% des répondants se déclarent disposés à y consentir.

Un refus catégorique qui s’inscrit déjà dans un contexte marqué par les réserves que beaucoup de collaborateurs ont émises sur le caractère proportionné de leur rémunération à leurs efforts. Selon CEGOS, moins d’un salarié sur deux (46%) interrogé pendant l’été considérait déjà son niveau de rémunération comme « équitable ». C’est peu.

Beaucoup digèrent d’ailleurs assez mal le creusement des inégalités de revenus observé dès avant la crise : en 2018, le revenu moyen des patrons du CAC 40 s’élevait à 5,77 millions d’euros selon Proxinvest, soit 277 fois le montant annuel du SMIC. Des écarts qui n’ont cessé de se creuser depuis deux décennies et qui ne sont pas en voie de dégonflement ces dernières années, puisqu’au sein du même groupe de très grandes entreprises privées, le dirigeant gagne en moyenne 90 fois plus que la moyenne de ses employés, contre 73 fois seulement quatre ans auparavant.

La réalité est implacable : les inégalités de revenus continuent de se creuser dans notre pays. Les premières données issues du premier rapport de l’Observatoire des inégalités paru en juin 2020 montrent qu’une part toujours plus restreinte de la population (8,2%) dispose de revenus au moins deux fois supérieurs au revenu médian (3 542 euros mensuels pour une personne après impôts et prestations sociales), tandis que plus de neuf Français sur dix (91,8% précisément) ont un niveau de vie inférieur au double du niveau de vie médian. Il faut agir.

Or, ce débat parfaitement stérile et vain entre « efficacité » (économique) et « équité » (sociale) n’en finit pas. La réalité de plus en plus admise, c’est pourtant que la réduction des inégalités de revenus est non seulement favorable à la cohésion sociale, comme on peut l’imaginer, mais comporte aussi un certain nombre de bénéfices économiques : elle favorise l’accès à l’emploi, à la santé, à l’éducation des moins aisés. Elle augmente aussi les chances de financer notre avenir. Car des classes moyennes endettées et vivant dans la précarité, c’est aussi un obstacle au financement des priorités de notre pays, au rang desquelles figure la transition énergétique et climatique.

Notre devoir c’est de protéger les travailleurs les plus précaires, bien sûr pour eux-mêmes et, s’il nous fallait une raison supplémentaire, dans l’intérêt même de notre économie et de notre contrat social. C’est pourquoi, il faut se réjouir de l’annonce faite par la ministre du Travail, Elisabeth Borne, de la création prochaine d’un revenu garanti de 900 euros par mois mis à disposition de plusieurs centaines de milliers de travailleurs précaires (saisonniers, permittents de l’événementiel, etc.) et ce jusqu’en février 2021.

Mais ne nous racontons pas d’histoire. Cette initiative n’est qu’une toute première marche. Pour des raisons idéologiques qui n’honorent pas ceux qui s’y sont rangées, nous fuyons depuis bientôt quatre ans le débat essentiel ouvert lors de la précédente Campagne présidentielle sur le revenu universel. Appelons-le d’ailleurs ainsi ou du terme qu’on voudra, comme celui de « socle citoyen » recommandé par la députée Valérie Petit (Agir ensemble) qui en a rappelé l’importance devant l’Assemblée nationale la semaine dernière.

La vérité est celle-ci: notre pays ne pourra pas durablement laisser sur le bord de la route des centaines de milliers de travailleurs précaires, ni donner le sentiment à la classe moyenne qu’elle restera à jamais exclue de l’accès aux richesses. Saviez-vous qu’une étude de l’OCDE a montré qu’il fallait parfois jusqu’à 6 générations en France pour des actifs du bas de l’échelle des revenus avant d’espérer atteindre le niveau supérieur, contre 4 à 5 dans les pays nordiques ?

Dans le pays étendard de la liberté et de l’égalité, dans le pays qui a érigé ces droits sur un piédestal en 1789, notre responsabilité à la fois sociale et économique, c’est de repenser le partage des richesses.

A très court terme, j’appelle à ce que la Loi de Finances pour 2021, actuellement en discussion au Parlement, soit plus que jamais protectrice à l’égard de ceux qui pourraient perdre leur emploi prochainement ou subir des baisses de revenus.

J’appelle aussi les employeurs à s’engager vis-à-vis de leurs collaborateurs dans un sincère « pacte salarial », qui associe mieux les salariés aux résultats et à la décision au sein de l’entreprise. Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes : la rémunération des Français – sous ses différentes formes (salaire mais aussi dispositifs d’intéressement et de participation inventés par le général de Gaulle) n’est pas l’ennemi de la croissance ou de l’emploi. Au-delà de  son objectif premier qui est d’offrir à nos concitoyens une vie digne et de fortifier la cohésion nationale, la progression de la rémunération des collaborateurs doit aussi servir les intérêts de la reprise économique en 2021 et contribuer à la préparation des mutations de notre économie et de notre société pour les années à venir.

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