
1. ARTICLE – Les révélations des «Intouchables de l’audiovisuel public» de Morillot et Goldtstein
BONNES FEUILLES. Hôtels de luxe, salaires élevés, privilèges, dérives idéologiques : dans « Les Intouchables de l’audiovisuel public », Michel Goldstein et Eric Morillot dressent un réquisitoire frontal contre un système qu’ils jugent opaque, coûteux et déconnecté.
Extraits sélectionnés par Louise Dugast 05/05/2026 JDD
Le Majestic, symbole d’une déconnexion
« Delphine Ernotte, plusieurs directeurs de France Télévisions et deux dirigeants de la société Together Media ont passé dix nuits au Majestic de Cannes lors du festival de cinéma, du 13 au 27 mai 2023. La facture s’est élevée à 112 123 euros. Ce moment de l’audition révèle un vrai malaise et démontre la déconnexion des membres de la Caste avec le réel. Les dirigeants de France Télévisions soutiennent qu’aucun argent public n’a été “dépensé” pour payer ces nuits. Mais le plus frappant n’est pas là.
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Aucun d’entre eux ne semble comprendre que l’on s’étonne qu’un service public loge dans un hôtel de luxe. Quelle nécessité de service y avait-il à dormir au Majestic plutôt que dans un hôtel plus modeste ? Comment est-il possible que personne n’ait anticipé la réaction de l’opinion ? Tout cela semble passer complètement au-dessus de la tête de la direction de France Télévisions. »
2. ARTICLE – « Il Faut en finir avec l’entre-soi dans l’audiovisuel public », déclare Michel Goldstein
Un article rédigé par Mélanie Niemiec – RCF, le 11 mai 2026 –
Michel Goldstein, co-auteur des Intouchables de l’audiovisuel public – les révélations chocs de la commission d’enquête, alerte sur le poids de « l’entre-soi » au détriment des compétences dans les instances gouvernantes de France Télévisions.
« Je suis contre la privatisation du service public ». C’est ce qu’affirme Michel Goldstein, ancien rédacteur en chef à France Télévisions. N’en déplaise à ceux qui accusent Charles Alloncle d’être pour la privatisation de l’audiovisuel public, Michel Goldstein, qui a assisté à toutes les auditions, affirme qu’il « n’a jamais entendu le rapporteur tenir ce genre de propos ».
« Les copains d’abord »
Michel Goldstein qualifie le travail fourni par Charles Alloncle de « précis et minutieux », donnant à cette commission d’enquête un caractère « unique ». Étalée sur 6 mois, 200 heures d’enregistrements, 234 personnes auditionnées pour 67 auditions. Toutes les vidéos sont disponibles en intégralité sur le site internet de l’Assemblée nationale. Il estime que les révélations de cette commission sont « le miroir du fonctionnement de notre société ». Cela n’est pas sans rappeler les conclusions que tire Jérôme Fourquet, le directeur du pôle « opinion et stratégies d’entreprise » de l’IFOP, dans son ouvrage L’archipel français. La France n’est plus une société unifiée par de grands repères communs, mais un pays fragmenté en groupes qui vivent de plus en plus séparément, comme les îles d’un même archipel. Le lien social s’est affaibli au point de laisser apparaître une société éclatée et politiquement plus difficile à rassembler. Pour Michel Goldstein, l’entre-soi prime et la « société des copains d’abord » fonctionne « grâce à l’argent de tous les français ».
Il est temps de revenir à un service public fort et impartial, capable de proposer des programmes de qualité.
La présidence de France Télévisions
Et pour cause, ce ne sont pas les compétences des individus qui sont considérées. Selon Michel Goldstein, Delphine Ernotte « n’aurait jamais dû être élue présidente » de France Télévisions, parce qu’elle « n’avait aucune connaissance des médias ». À son arrivée en 2015, après avoir travaillé 26 ans chez Orange, un « tuteur » lui est assigné. Pendant deux ans, Rodolphe Belmer, l’actuel PDG du groupe TF1, aide Delphine Ernotte à acquérir « une certaine culture des médias ». Michel Goldstein dénonce ce qu’il appelle la « caste » des décideurs au sein des médias publics. Il prône une réforme pour plus de transparence et de diversité dans les productions. Il critique également le climat interne à France Télévisions, marqué par « un mal-être total » des employés. Pointant des salaires « disproportionnés » entre les cadres supérieurs et les journalistes, les 72 000€ de revenus annuels ne concernent en réalité « qu’une trentaine de directeurs ». Lui-même candidat à la présidence de France TV en 2020, Michel Goldstein insiste : son livre « n’est pas une revanche » sur Delphine Ernotte, puisqu’il « n’appartient pas à la caste » qu’il dénonce.
Une guerre avant 2029 ?
Lors de sa deuxième audition le 8 avril, Delphine Ernotte a tenu des propos passés largement inaperçus. Elle évoque une perspective de conflit armé à l’horizon 2029. « Les militaires prévoient une guerre avant 2029 », affirme-t-elle, soulignant qu’en temps de guerre, « la capacité de parler avec la population » devient un « élément très précieux ». Cela nécessite « un média de confiance ». Des déclarations qui s’inscrivent dans un contexte d’échanges avec des responsables militaires européens, notamment suédois et allemands. Malgré la portée de ses propos, peu de réactions politiques ou médiatiques ont émergé.
3. ARTICLE – « Une forteresse devenue intouchable » : Éric Morillot relance la polémique sur France Télévisions
À quelques heures de l’ouverture du Festival de Cannes, un livre fait déjà beaucoup parler dans le paysage audiovisuel français. Dans Les Intouchables de l’audiovisuel public, publié aux éditions L’Artilleur, Éric Morillot et Michel Goldstein s’attaquent aux coulisses de France Télévisions et de Radio France, dénonçant un système mêlant privilèges, entre-soi et dérives idéologiques. Dans un entretien accordé à Entrevue, Éric Morillot est revenu longuement sur les révélations de son ouvrage.
Au cœur des accusations figure notamment l’affaire du Majestic, ce palace emblématique de Cannes où plusieurs dirigeants de France Télévisions auraient séjourné durant le Festival 2023. Dans cette interview, l’auteur affirme que les justifications avancées autour d’un système de « barter » soulèvent aujourd’hui de nombreuses questions, alors qu’une enquête judiciaire a été ouverte. Il évoque également le départ des équipes de France Télévisions du Majestic vers un autre palace cannois, le Gray d’Albion.
Le livre revient aussi sur plusieurs auditions marquantes de la commission d’enquête parlementaire consacrée à l’audiovisuel public. Nagui, Léa Salamé, Élise Lucet ou encore Patrick Cohen y apparaissent régulièrement. Selon Éric Morillot, ces séquences ont profondément marqué l’opinion publique et renforcé le sentiment d’un fossé entre certaines figures médiatiques et une partie des Français.
Delphine Ernotte occupe une place centrale dans l’ouvrage. L’auteur estime qu’elle symbolise une transformation idéologique du service public audiovisuel. Certaines déclarations de la dirigeante, mais aussi de Stéphane Sitbon-Gomès, sont présentées comme révélatrices d’une vision assumée du rôle culturel et politique des médias publics.
Dans son entretien à Entrevue, Éric Morillot évoque également des rémunérations élevées, des avantages sociaux jugés disproportionnés et un puissant entre-soi au sein des grandes directions du service public. Selon lui, les polémiques autour des hôtels de luxe, des salaires ou encore des liens supposés entre journalistes et responsables politiques alimentent une défiance croissante envers l’audiovisuel public.
Porté par un démarrage très remarqué en librairie, Les Intouchables de l’audiovisuel public s’impose déjà comme l’un des livres médiatiques de ce printemps. Et alors que le Festival de Cannes s’apprête à monopoliser l’attention médiatique, les révélations autour du Majestic pourraient continuer à provoquer de nouvelles secousses dans les prochaines semaines.