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RETAILLEAU COMBAT L’ENTRISME ISLAMISTE, NÛNEZ EN NIE LA SPÉCIFICITÉ

Lutte contre le séparatisme : elle a commencé contre l’islamisme, elle finira dans le vide ?

MARIANNE : Le projet de loi de Laurent Nuñez contre l’entrisme devrait être bientôt présenté, alors que le Sénat a adopté la proposition de loi de Bruno Retailleau contre l’entrisme… islamiste. Une bataille des sensibilités pour combler les trous qu’a laissés la loi de 2021.

D’un côté, Bruno Retailleau. Sa vision, maintes fois réaffirmée, repose sur celle d’un danger qui prend sa source au sein de l’islam. Il a pour nom l’islamisme, et comme organisation principale, les Frères musulmans. Ministre de l’Intérieur, il avait d’ailleurs commandé un rapport sur cette confrérie, fondée par l’Égyptien Hassan al-Banna en 1928 et qui a depuis essaimé.

De l’autre, Laurent Nuñez. Même si l’actuel ministre de l’Intérieur a tenté d’interdire le rassemblement organisé en avril 2026 par l’association Musulmans de France, dont les dirigeants dénient, sans convaincre, tout lien de filiation avec les Frères musulmans, sa vision diverge de celle de son prédécesseur au ministère. Il le répète, il veut éviter que la lutte contre le fondamentalisme apparaisse comme une lutte contre l’islam.

Validée à 208 voix contre 124, le projet de l’ancien ministre de l’Intérieur entend s’attaquer à une «mouvance qui se répand à bas bruit» et aurait selon lui comme «objectif final» d’«installer à terme sur notre territoire un État islamique».

C’est sans conteste une victoire. Bruno Retailleau a fait adopter mardi au Sénat son projet contre «l’entrisme islamiste», espérant incarner ce marqueur politique sur la route de l’Élysée en damant le pion à Laurent Nuñez, qui promet un texte gouvernemental plus «rigoureux» prochainement. Passée à 208 voix contre 124 malgré l’hostilité de la gauche et l’abstention de plusieurs macronistes, la proposition de loi du sénateur de Vendée entend s’attaquer à une «mouvance qui se répand à bas bruit» et aurait selon lui comme «objectif final» d’«installer à terme sur notre territoire un État islamique».

Son contenu ? Une batterie de mesures pour faciliter la dissolution d’associations, durcir les sanctions pour atteinte aux «principes de la République», encadrer plus strictement la construction d’édifices religieux ou geler les avoirs des groupes séparatistes. «Il faut être absolument ferme, intraitable avec ces mouvances qui veulent atteindre notre cohésion sociale et la forme républicaine de nos institutions», a plaidé le candidat LR à la présidentielle. Autant de mesures qu’il puise tout droit d’un rapport – rendu public lorsqu’il était ministre de l’Intérieur en 2025 – sur «l’entrisme» en France des Frères musulmans, mouvement pan-islamiste sunnite fondé en 1928 en Égypte.

Un «marqueur» pour Retailleau

Tout en assumant défendre un «marqueur» de son engagement politique, Bruno Retailleau réfute agir dans le cadre de sa campagne. «Ce n’est pas un caprice. J’ai observé six mois de silence sur le sujet pour voir si le gouvernement agissait. Je n’ai rien vu venir. Je ne veux pas que ce rapport reste lettre morte», insiste-t-il. Difficile néanmoins d’imaginer ce texte assez volumineux aller beaucoup plus loin au Parlement, faute de majorité à l’Assemblée nationale où l’agenda est surchargé. D’autant que le gouvernement prône une autre voie : celle d’un futur projet de loi contre le séparatisme et l’entrisme, annoncé début avril par Laurent Nuñez et en cours d’examen au Conseil d’État.

Le ministre de l’Intérieur, qui cultive depuis son arrivée à Beauvau ses différences avec son prédécesseur – relations avec l’Algérie, immigration… -, n’a pas manqué cette nouvelle occasion. Après avoir épinglé dans Le Monde «une œuvre inachevée», il a jugé devant le Sénat «extrêmement complexe» de «définir l’entrisme», alertant Bruno Retailleau sur le risque de «donner l’impression qu’on stigmatise» les musulmans. Le texte gouvernemental sera «plus rigoureux juridiquement», a-t-il promis, comptant notamment sur l’éclairage à venir du Conseil d’État, dont le candidat LR à l’Élysée a refusé la saisine sur sa proposition de loi.

Laurent Nuñez a aussi promis que son projet concernerait «toutes les formes d’entrisme», évoquant notamment une mesure de «police des ouvrages» pour s’opposer à certaines publications ou le renforcement d’un dispositif de retrait des contenus haineux en ligne. Sans s’avancer sur la date d’examen de son texte au Parlement, le ministre a néanmoins reconnu que la quasi-totalité des mesures du Sénat figuraient bien dans son projet, bien que «réécrites». Au point de froisser la droite sénatoriale, qui l’accuse de temporiser inutilement.

EMISSION – Lutte contre l’entrisme islamiste : comment Laurent Nuñez manœuvre contre la proposition de loi de son prédécesseur Bruno Retailleau

Arthur de Laborde Publié le 07/05/2026 EUROPE 1

Avant-hier soir, le Sénat a adopté une proposition de loi LR contre l’entrisme islamiste. Un texte par l’ancien ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. En face, Laurent Nuñez, son successeur, prépare lui aussi son propre projet de loi sur le sujet.

Officiellement, « il n’y a pas de concurrence ». Mais en coulisses, la bataille politique est bien réelle. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez prépare un projet de loi contre l’entrisme islamiste. Pourtant, avant-hier soir, le Sénat avait déjà adopté une proposition de loi LR signée de la main de Bruno Retailleau portant sur le même thème et la même promesse de fermeté.

Derrière le consensus affiché, Laurent Nuñez cherche surtout à reprendre la main pour ne pas offrir à son prédécesseur un boulevard politique sur un dossier régalien.

Aucune garantie d’adoption d’un côté ou de l’autre

Mais l’ancien locataire de Beauvau vient de prendre de vitesse son successeur. Sa proposition de loi a été adoptée largement au Sénat, comprenant une dissolution facilitée des associations, des sanctions durcies, un contrôle renforcé des financements liés au séparatisme.

Laurent Nuñez, lui, manœuvre pour ne pas se laisser enfermer. Le ministre prépare son propre texte pour lequel il attend toujours l’avis du Conseil d’État. Toutefois, il temporise encore. « Définir juridiquement l’entrisme n’est pas facile », prévient-il. En réalité, ni l’un, ni l’autre ne sont certains d’aller jusqu’au bout.

Le texte du gouvernement attend encore une place dans un agenda parlementaire saturé. Et la proposition de loi LR n’a, elle non plus, aucune garantie d’arriver un jour à l’Assemblée. Dans cette bataille, Bruno Retailleau a marqué le premier point, mais n’est pas encore décisif.

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