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LEURRE OU SUBTERFUGE ? : LE 1er MINISTRE A FAIT UNE CONFÉRENCE DE PRESSE SUR LES PRÉSIDENTIELLES

« Présidentielle 2027 : Sébastien Lecornu évoque des « menaces lourdes » d’ingérences étrangères »

TITRE LE PARISIEN ( Alison Tassin  ) QUI POURSUIT :

Le Premier ministre a tenu ce jeudi une conférence de presse sur la protection du débat démocratique contre les ingérences. Il a estimé que « l’ensemble de la classe politique » peut être concerné.

C’est précisément dans la salle où se retrouvaient chaque semaine les acteurs de la lutte contre les ingérences étrangères que le Premier ministre, le secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale et le directeur de Viginum (service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères) ont présenté ce jeudi 11 juin leurs conclusions sur les tentatives de manipulation sur les élections municipales. Un compte rendu aux allures d’avertissement sur les échéances électorales à venir et en particulier sur la prochaine élection présidentielle.

« Si je devais qualifier le risque, il a été significatif sur les municipales, sans effet majeur. Il laisse à entrevoir les perspectives de menaces lourdes sur les élections présidentielles », a asséné d’entrée de jeu Sébastien Lecornu. Ce dernier a d’ailleurs réuni quelques heures plus tôt toutes les formations politiques pour leur faire part de ses conclusions.

Et pour cause, les services de l’État ont identifié quatre grandes opérations d’ingérence numérique pendant le scrutin municipal. Le mode opératoire de deux d’entre elles était déjà bien connu en provenance de Russie. L’une des cibles a été le candidat Horizons à la mairie de Paris Pierre-Yves Bournazel, avec la création d’un site Internet usurpant la charte graphique de sa campagne et son identité, amplifiée par des faux comptes sur X. « Nos analyses ont permis de dire que cette opération informationnelle visant le candidat Pierre-Yves Bournazel n’est jamais sortie de son écosystème de faux comptes et n’a atteint qu’une très faible visibilité », a précisé Marc-Antoine Brillant, qui dirige Viginum.

LFI visée

Mais l’opération qui semble avoir inquiété le plus les observateurs numériques de cette période est d’un genre nouveau. Intitulée Rokh Solis, elle avait pour but de viser la France insoumise. Trois candidats LFI ont été spécifiquement touchés : Sébastien Delogu, François Piquemal et David Guiraud, respectivement candidats à Marseille, Toulouse et Roubaix. Ils ont fait l’objet de diffusions de fausses informations, dont des accusations d’agressions sexuelles. L’autre pan de cette opération a consisté à créer deux écosystèmes numériques, dits antagonistes : un premier ayant une ligne éditoriale communautariste musulmane et le deuxième une ligne éditoriale ultraconservatrice catholique.

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« Ce mode opératoire structuré comprenait une grande diversité d’actifs numériques, des faux sites Internet, des faux comptes sur les plates-formes en ligne, une capacité à agir sur plusieurs plates-formes de réseaux sociaux en même temps et l’utilisation d’une grande diversité d’outils », détaille Marc-Antoine Brillant. Le parquet de Paris a d’ailleurs ouvert une enquête en mai.

Mais qui est à l’origine de cette large campagne d’ingérence ? « On ne sait pas quel est le commanditaire, on est en train d’assister à un mercenariat numérique », déplore Sébastien Lecornu. Néanmoins, les investigations ont permis d’orienter le regard vers Israël. Pour Viginum, « la présence de caractères en hébreu dans les métadonnées de certains sites Internet, la localisation en Israël de plusieurs faux comptes et l’activité passée de certains comptes impliqués à promouvoir des mots-clés d’appel promus depuis le 7 octobre 2023 » constituent un réseau d’indices suffisant.

Un projet de loi pourrait être présenté à l’automne au Parlement

Si l’État français a demandé des comptes et de l’aide à l’État hébreu, le locataire de Matignon a refusé de donner des détails sur les réponses apportées ou non. Devant ces constatations, la France insoumise demande la création d’une instance de surveillance de la campagne présidentielle de 2027 avec des représentants des candidats et la pénalisation des « ingérences électorales reposant sur des communications artificielles ».

Sébastien Lecornu est allé en partie dans ce sens : « Il y a déjà une commission qui permet de suivre l’élection présidentielle. Il faut sans doute la renforcer et il faut sans doute qu’on imagine le fait d’associer, évidemment, les représentants des candidats ».

Évoqué par Emmanuel Macron en avril, un projet de loi sur les ingérences étrangères pourrait voir le jour avant l’élection présidentielle et être présenté au Parlement à l’automne. Le Premier ministre se disant optimiste autour de la construction d’un compromis, voire d’un consensus sur cette question, devant l’ampleur de la menace. « Je pense qu’il y en aura pour tout le monde, tous les candidats, tous les partis. Tout ça donne un peu le vertige », résume le Premier ministre.

Reste que certains s’interrogent sur la volonté des plates-formes numériques de s’investir dans ce combat : « Elles manquent globalement de diligence pour la mise en œuvre de ces obligations qui leur sont imposées », précise Marc-Antoine Brillant, le patron de Viginum, même s’il admet qu’elles ont fait preuve de réactivité quand il s’agit d’une problématique électorale. La campagne de 2027 promet d’être inédite à tout point de vue.

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