
1. La France sollicite – devant l’absence de maitrise des feux – l’armée et l’Europe
LA VEILLE : « LES MOYENS SONT SUFFISANTS » ( NUNEZ ) – LE LENDEMAIN : L’APPEL TARDIF A L’EUROPE ET A L’ARMÉE
C’est tres tardivment – et devant l’incapacite à maitriser la situation – que la France a demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’Union européenne (UE) et recevra « rapidement » des renforts aériens européens pour lutter contre les incendies, notamment ceux qui ravagent la Gironde et les Landes, a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi 24 juillet Emmanuel Macron sur X.
Macron a annoncé dans la nuit attendre des renforts aériens européens
« Nous allons pouvoir compter rapidement sur le renfort de deux Canadair croates, de deux Air Tractor portugais ainsi que de deux hélicoptères lourds Black Hawk tchèque et slovaque », a précisé le président français. « La situation reste sous très forte tension face aux incendies qui frappent le pays, en particulier en Gironde », a-t-il souligné.
L’avion A400M ne sera déployé qu’ aujourd’hui en Gironde à la demande du Premier ministre
LE MECANISME EUROPEEN MOBILISE APRÈS QUE LA SITUATION SOIT DEVENUE CATASTROPHIQUE
Créé en 2001, le mécanisme européen de protection civile (MEPC) a pour but d’organiser une coopération entre les autorités nationales de protection civile des pays européens. Concrètement, n’importe quel pays de l’Union européenne peut demander l’aide de ses voisins pour faire face à un sinistre qui le concerne (à l’intérieur ou à l’extérieur de l’UE), dans la mesure où ses ressources nationales ne suffisent plus.https://www.youtube.com/embed/EoNkuRwgFIQ
Ce système englobe l’ensemble des 27 pays de l’UE, auxquels s’ajoutent l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, l’Islande, le Monténégro, la Macédoine du Nord, la Norvège, la Serbie, la Turquie, l’Ukraine et la Moldavie. Et pour en faire la demande, tout passe par Bruxelles : le pays demandeur – c’est le cas de la France depuis cette nuit – doit faire une demande au Centre de coordination de la réaction d’urgence (ERCC). Après une évaluation de la situation, des moyens sont ensuite alloués sur les zones du sinistre.
MALGRE LA PETITE MUSIQUE DES MINISTRES ET DES PRÉFETS, LES POMPIERS INDIQUENT QUE LORSQU’IL FAUT PROTÉGER LES POPULATIONS LES MOYENS – INSUFFISANTS – SONT RETIRÉS DU FEU
Si le mécanisme européen de protection civile demeure insuffisant, une réserve supplémentaire de matériel financée par l’UE, appelée « rescUE », regroupe des moyens mis à disposition par les pays du 1er mai au 31 octobre et financé à 75 % par l’UE. Avions et des hélicoptères de lutte contre les incendies, équipements de protection, générateurs ou encore équipes médicales d’urgence sont stockés sur le territoire des pays participants et peuvent intervenir dans diverses situations d’urgence. À ce jour, le dispositif compte 23 aéronefs (avions et hélicoptères), dont deux Canadair et un hélicoptère français.
Déclenché en Gironde lors de la série d’incendies dévastateurs à l’été 2022, le mécanisme européen de protection civile permet de proposer une réponse d’urgence à un pays dont les capacités de réaction en cas de catastrophe sont dépassées. Chaque été, une cellule européenne dédiée aux incendies de forêt est activée dans le cadre de ce mécanisme. Revue d’effectif
Si la France a donc demandé à bénéficier du dispositif pour lutter contre les incendies qui ravagent le pays, le MEPC ne sert pas qu’à éteindre les incendies. Il peut être utilisé contre tout type de situation d’urgence : séismes, inondations, épidémies, tremblements de terre, conflits… Et s’il a été ces dernières années particulièrement mobilisé dans le cadre de la guerre en Ukraine, le mécanisme de protection civile de l’Union européenne a été activé plus de 830 fois depuis sa mise en place en 2001 (63 fois en 2025), d’après la Commission européenne.
2. LES AFFIRMATIONS MENSONGERES DU MINITRE DE L’INTERIEUR : LA VEILLE, « LES MOYENS SONT SUFFISANTS » ET « ONT DOUBLÉ » , LE LENDEMAIN, APPEL EN URGENCE À L’ARMÉE ET À L’EUROPE
Le nombre de Canadairs n’a pas augmenté entre l’été 2022 et 2026., ni depuis 2017 : il est resté identique
« VRAI OU FAUX. Incendies : la flotte aérienne pour lutter contre le feu a-t-elle vraiment été « multipliée par deux » comme l’affirme Laurent Nuñez ? »
TITRE LA DÉPÊCHE 25/07/2026 Hugo Raynaud
Alors que plus de 44 000 hectares sont déjà partis en fumée depuis le début de l’année, le gouvernement assure avoir considérablement renforcé ses moyens aériens de lutte contre les feux de forêt. Laurent Nuñez assure même que la flotte a été « multipliée par deux » depuis 2022. Une affirmation qui masque une réalité bien plus nuancée.
Depuis le début de l’année, le gouvernement a recensé 12 500 départs de feu et 44 000 hectares brûlés. Soit davantage qu’en 2022 quand des brasiers avaient ravagé le Sud-Ouest de la France. Une situation qui a ravivé les critiques de l’opposition sur les moyens consacrés à la lutte contre les feux de forêt.
Face à ces attaques, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a défendu le bilan du gouvernement. « Les moyens aériens sont suffisants. Depuis 2022, notre flotte a été multipliée par deux », a déclaré le ministre de l’Intérieur devant la presse, mercredi 22 juillet. Est-ce vrai ? La Dépêche fait le point pour vous.
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« Nous avons 12 Canadair, 10 hélicoptères bombardiers d’eau, 6 avions AirTractor bombardiers d’eau, 8 Dash qui projettent surtout du produit retardant », a détaillé le ministre de l’Intérieur, évoquant la commande d’autres Canadair qui doivent être livrés en 2028 et 2032. « Et nous allons expérimenter dans les jours qui viennent l’utilisation de l’A400M qui pourra projeter 20 000 litres de produit retardant« , a-t-il ajouté, mentionnant aussi « 27 moyens aériens » dont disposent certains services départementaux de secours. « Nous faisons face. Donc il y en a un peu assez de ces polémiques […] Le ‘France bashing’, ça suffit. On est un pays qui sait aussi gérer des crises. On l’a démontré », a conclu le ministre…
Sur le papier, les chiffres avancés par Laurent Nuñez sont vrais. Depuis les incendies historiques de 2022, la France a renforcé ses moyens aériens en intégrant des Dash (des avions régionaux de transport de passagers transformés), des hélicoptères bombardiers d’eau, des Air Tractor (des avions agricoles légers convertis), tandis que plusieurs SDIS ont développé leurs propres flottes. En additionnant tous ces appareils, le nombre de moyens aériens dédiés à la lutte contre les incendies a bien été multiplié par près de deux.
Mais pour Xavier Tytelman, expert aéronautique et ancien membre de la Direction générale de la Sécurité civile, cette comparaison reste toutefois trompeuse. « Ce n’est pas un mensonge, mais c’est une façon de tourner la vérité à leur avantage », résume-t-il. « Un Canadair n’est pas un petit avion agricole converti. » Selon lui, les appareils n’ont aucunement les mêmes capacités d’emport et ils ne peuvent pas remplir les mêmes missions. Les Air Tractor interviennent rapidement sur les départs de feu, les Dash larguent principalement du retardant, tandis que les Canadair restent les appareils les plus efficaces sur les grands incendies comme ceux qui sévissent actuellement en Gironde.
« La capacité de largage n’a pas doublé »
Cette distinction est au cœur des critiques formulées par Bruno Menard, secrétaire général du Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France. « Le nombre d’appareils a peut-être doublé, mais la capacité de largage, pas du tout », affirme-t-il. À ses yeux, les incendies de cet été montrent que « la taille de la flotte n’est bien sûr pas satisfaisante » face à un risque qui s’aggrave d’année en année. « Les feux de 2026 vont devenir une normalité. Pour les années futures, ça craint. »
Le responsable syndical estime également que le recours aux A400M ou au mécanisme européen de protection civile illustre les limites des moyens nationaux. « Si on est obligé d’utiliser des avions militaires ou de demander de l’aide à l’Europe, c’est bien que nous sommes en rupture capacitaire », juge-t-il. Selon lui, les alertes répétées des sapeurs-pompiers sur le manque de moyens ne sont pas suffisamment entendues.
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Xavier Tytelman partage le constat selon lequel la flotte devra encore être renforcée, mais se montre moins sévère sur la stratégie suivie depuis 2022. Selon lui, l’État « a fait son maximum » dans un contexte où il est impossible d’acheter rapidement de nouveaux Canadair, dont les délais de livraison se comptent en années.
D’autres solutions pour les prochaines années ?
L’expert plaide désormais pour anticiper les prochaines commandes et soutenir des solutions complémentaires, comme le système Caylym, qui permet de transformer rapidement des avions de transport en appareils d’épandage de retardant. « Il faut commander tout de suite pour être parmi les premiers livrés », insiste-t-il.
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Il cite notamment le système américain Caylym, qui permet de transformer rapidement des avions militaires de transport en appareils capables d’épandre du retardant, ainsi que le projet français Kepplair, qui développe un nouvel avion bombardier d’eau. Xavier Tytelman souligne que « les pompiers y croient tellement qu’ils participent eux-mêmes à son financement ». « À un moment, il faudra que l’État passe commande. C’est ce qui permettra au projet d’aboutir et de renforcer durablement les capacités françaises », conclut-il.